15 Adar II 5779‎ | 22 mars 2019

Comment respecter la halakha et chabbat dans un tel projet spatial ?

Le rav Shraga Dahan est rav et ingénieur (Ma’hon Lev). Il a été sollicité
par son ami Ariel Gomez et par d’autres ingénieurs religieux impliqués
dans le projet SpaceIL pour répondre aux questions inédites qui peuvent se poser sur le plan de la halakha dans l’espace : « Alors que le projet progressait, Ariel Gomez m’a demandé d’en mesurer les implications religieuses. La première question nous nous sommes posée était de savoir s’il était possible de participer à un projet qui se poursuit bien évidemment
24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Nous avons donc posé la question au Rishon Letsion, le grand rabbin sépharade d’Israël le gaon Rav Its’hak Yossef. Celuici a rédigé une responsa de 8 pages dans laquelle il indique tout d’abord que le statut du Chabbat dans l’espace est tout à fait spécifique. De facto, dans l’espace il n’y a pas de Chabbat ! Et dans l’absolu il n’est
pas nécessaire de le respecter. Mais le rav Yossef a précisé que le respect du chabbat dans l’Espace doit être maintenu «Chélo tichaka’h», afin qu’il ne soit pas oublié. Ce qui signifie que le respect du chabbat dans l’espace n’est que «Midérabanan» et non «Midéoraïta». Le cas s’est d’ailleurs posé à
l’époque lors de la mission de la navette Columbia qui comptait à son bord le premier astronaute israélien Ilan Ramon zal. Ce dernier se considérait comme le représentant de l’ensemble du peuple juif dans l’espace et il avait demandé aux rabbanim comment respecter chabbat dans l’Espace. Les rabbanim lui avaient expliqué qu’il devait respecter chabbat en fonction de l’heure du chabbat au site de décollage de Cap Canaveral en Floride. Ilan Ramon leur avait répondu qu’il était israélien et donc qu’il voulait respecter chabbat selon l’heure d’entrée et de sortie de la journée en Israël. Et c’est ce qu’il a fait allant même jusqu’à faire le kidouch dans la navette… Pour revenir à Berechit, le rav Yossef a également expliqué qu’il y avait là une notion de Hefsed Meroubé, de perte considérable d’argent si l’on arrêtait le programme durant le chabbat (ce qui est matériellement impossible). Et il nous a finalement donné son autorisation dans la mesure où il n’y avait pas d’intervention humaine sur le parcours de la sonde spatiale durant le chabbat. Et c’est d’ailleurs très précisément ce qui s’est produit durant
le premier chabbat qui a suivi le lancement de Berechit. Tout était automatisé et il n’y a pas eu de transgression. Il faut préciser qu’Alex Fridman l’un des ingénieurs en charge du projet qui est ‘hassid ‘Habad, a lui aussi veillé à ce qu’il n’y ait pas la moindre transgression du chabbat depuis l’origine du projet. Ainsi lors de la signature du contrat avec la compagnie Space X d’Elon Musk qui a fourni le lanceur, il a été mentionné que le lancement ne se déroulera pas durant le chabbat. Ils ont eu du mal à comprendre cela, mais c’est finalement la raison pour laquelle le lancement a eu lieu dans la nuit de jeudi à vendredi. » D.H.