18 Adar I 5779‎ | 23 février 2019

Les risques stratégiques pour Israël de la confrontation en Syrie

Après celui de mai dernier, le 2e round du face-à-face militaire direct entre l’Iran et Israël survenu en Syrie le 21 janvier a scellé la nouvelle tactique de Tsahal dans cette confrontation assez sophistiquée où l’armée israélienne doit aussi prendre en compte l’important déploiement des forces russes protégeant le régime local d’Assad… Même si les événements survenus
voilà dix jours en Syrie ressemblent d’assez près à une réédition de ce qui s’était passé au début mai 2018 quand Israël, qui avait fait un 1er raid contre des positions iraniennes, a attendu que les Gardes de la Révolution islamique (GRI) tentent de riposter en tirant une vingtaine de missiles en direction du territoire israélien pour frapper à nouveau leurs QG., leurs bases et leurs arsenaux, mais cette fois très massivement, la réutilisation de ce stratagème en forme de piège tendu aux Iraniens constitue un véritable
tournant dans cette confrontation : un switch bel et bien confirmé voilà
quelques jours. Deux changements majeurs confirmés par Tsahal Or, le second switch opéré par Tsahal lors de ce 2e round a consisté à revendiquer
ouvertement ses raids de ripostes très énergiques contre les infrastructures iraniennes basées en Syrie, ce qui n’avait pas été le cas lors des affrontements de mai 2018 : « En réponse au missile sol-sol tiré vers le plateau du Golan par les forces iraniennes près de Damas, nous avons
commencé à frapper des cibles iraniennes de la Brigade Al-Qods sur
le territoire syrien avec nos avions de combat, a écrit sur Twitter le
porte-parole de l’armée israélienne, notamment des entrepôts d’armes,
un site situé à l’aéroport international de Damas, un QG. des Renseignements et un camp d’entraînement iraniens. Nous mettons aussi
en garde les forces armées syriennes contre toute tentative de nuire aux
forces ou au territoire israéliens ». Dans un communiqué ultérieur, le
porte-parole de Tsahal devait ajouter en déclinant cette fois l’équation révisée de la tactique israélienne : « Cette attaque iranienne contre le
territoire israélien est une preuve supplémentaire des objectifs réels
de la tentative de déploiement de l’Iran en Syrie et des dangers qu’ils représentent pour l’État d’Israël et la stabilité de la région. Tsahal continuera donc à agir fermement et énergiquement contre l’établissement
iranien en Syrie » Israël a trois objectifs en Syrie Les trois piliers de cette campagne israélienne de raids aériens et de tirs à distance en Syrie appelée « Campagne d’entre deux-guerres » – afin justement de repousser
au maximum la date de la prochaine confrontation centrale régionale sont les suivants : empêcher la constitution d’un front Iran-Hezbollah-miliciens chiites irakiens sur le versant syrien du Plateau du Golan ; saper à la base le déploiement iranien en Syrie ; dissuader le Hezbollah et les autres milices chiites pro-iraniennes d’acquérir des missiles et roquettes à longue portée. Des objectifs sur la viabilité desquels il existe un large consensus en Israël, aussi bien dans l’establishment sécuritaire, que dans la classe politique et
dans l’opinion publique. Toutefois, l’escalade actuelle à laquelle se livrent les Iraniens – qui tente aussi les Syriens (ils ont menacé de tirer des missiles
sur l’aéroport Ben Gourion d’où le déploiement, en fin de semaine dernière, de plusieurs batteries du système antiroquettes Dôme de fer dans la région du Goush Dan) – suscite quelques inquiétudes sur la poursuite de cette campagne, du moins sous sa forme actuelle. D’autant que selon certains experts en stratégie (qui rappellent comment la série de raids
israéliens anti-syriens de 1964 à 1967 punissant Damas pour ses pilonnages des localités israéliennes autour du lac de Tibériade avaient débouché en fin de compte sur la Guerre des Six-Jours), cette tactique de fermeté et, à présent, de publicité de la campagne israélienne actuelle pourrait
pousser Téhéran et ses supplétifs en Syrie et au Liban à une fuite en avant belliciste incontrôlée contre l’Etat hébreu… Comme le montrent les dernières menaces apocalyptiques du Sheikh Nasrallah, le N°1 du Hezbollah sorti brièvement de son bunker de Beyrouth, d’« arroser Tel-Aviv et toute la Palestine » avec ses missiles fournis par l’Iran. S’il est évidemment crucial pour Israël d’enrayer au maximum la présence perse en Syrie et de rester attaché à ses trois objectifs précités, il est donc tout aussi crucial de préparer à fond Tsahal et aussi la population civile du pays aux implications, qui pourraient s’avérer assez proches, de l’ouverture d’un conflit généralisé contre le Hezbollah, la Syrie et les forces iraniennes…
C’est sans doute ce soupçon d’inquiétude et cette crainte de voir la situation régionale déraper qui ont poussé la Russie, pour la 1ère fois depuis le déploiement de son armée en Syrie en septembre 2015, à demander publiquement à Israël de « stopper ses raids arbitraires » dans ce pays.
Richard Darmon