22 Av 5780‎ | 12 août 2020

Les liens potentiels d’Israël avec la Somaliland

Muse Bihi Abdi, of Somaliland speaks during a news conference in his office in Hargeysa, in northern Somalia's semi-autonomous Somaliland region, October 10, 2018. Picture taken October 10, 2018. REUTERS/Tiksa Negeri - RC171591A880

Phénomène géopolitique unique mais souvent ignoré dans la tumultueuse Corne de l’Afrique : l’émergence d’une République autonome de Somalie, avec laquelle Israël a commencé à entretenir de bonnes relations. Alors que la Somalie a sombré voilà trois décennies dans une guerre civile violente de nature religieuse ainsi que dans la corruption et la famine, la région autonome nommée République de Somalie (RDS) – l’ex-Protectorat situé dans le Golfe d’Aden (au sud de la mer Rouge et à l’entrée de l’Océan Indien) aux confins de l’Ethiopie, de Djibouti et de la Somalie – constitue depuis le début des années 2000 un îlot de démocratie parlementaire et de stabilité avec une constitution respectée par sa classe politique, une monnaie à elle, et pas moins de quatre scrutins électoraux successifs tenus à partir de Quant à son armée et sa marine, elles aussi respectueuses de Droits de l’homme, elles sont parvenues – avec l’aide des forces navales de l’Union européenne – à repousser avec succès les trafics de cocaïne et les nombreux actes de piraterie perpétrés depuis de longues années dans tout le Golfe d’Aden. Un décollage technologique presque « à l’Israélienne » Signes de la prospérité économique actuelle de la RDS : le fait que le consortium DP World, un opérateur portuaire des Emirats Arabes Unis ait investi 400 millions de dollars dans le développement et l’extension d’un grand port régional et aussi que le groupe londonien Genel-Energy a remporté une OPA pour entreprendre dès 2019 des travaux de forage de pétrole. Autre aspect original de ce successstory souvent méconnu : les deux
start-ups locaux de télécoms Telesom et Somtel ont créé la monnaie virtuelle la plus avancée d’Afrique permettant d’importantes transactions d’affaires et d’échanges de type Forex à partir de flux monétaires transmis par téléphones mobiles, pendant que la compagnie de câbles Somcable a mis sur pied, grâce à un investissement de plusieurs millions de dollars, une connexion sous-marine Internet-rapide avec Djibouti ouvrant la RDS au monde du business international. Par ailleurs, les lycées et les universités
locales forment chaque année des milliers de jeunes gens bien éduqués dont les meilleurs éléments sont envoyés poursuivre leurs études dans les grands campus des USA. Israël, un partenaire naturel… Alors que les pays arabo-musulmans voisins – dont l’Arabie Saoudite – veulent empêcher toute expansion de l’économie de la RDS (à 65 % basée sur ses exportations de bétail) et qu’il existe sur place quelque 300 000 hectares de terres arabes facilement exploitables, Israël pourrait bientôt devenir son partenaire privilégié notamment en aidant à mécaniser, « technologiser » et rentabiliser l’agriculture locale. Et aussi en réalisant – comme l’Etat hébreu le fait déjà dans plusieurs autres pays africains – le montage « clés et infrastructures en main » de nouvelles collectivités agricoles somaliennes
sur le modèle des moshavim. D’autant que le nouveau gouvernement vient de lancer un « Programme national pour la jeunesse » calqué sur celui de la Gadna israélienne afin d’orienter le service national des jeunes vers le développement agricole. En échange, Israël pourrait bénéficier entre autres – de l’établissement sur place d’une base militaire tout à fait stratégique qui serait située au coeur de cette région au carrefour de la mer Rouge et de la Corne de l’Afrique…
R. D.