22 Av 5780‎ | 12 août 2020

Voir plus clair avec le Rav Lionel Cohn : Anxiété et espoir

Si l’on veut connaître les ressorts de la Création, on sait qu’à partir de l’Un, Infini, apparaît le Multiple, le Fini. Cette dualité apparaît au niveau de la créature à tous les échelons. Le Fini se définit lui-même par la pluralité, qui est la base du créé. Le pluriel n’était pas l’Un, son action dans le monde, dès l’origine, n’est pas marquée positivement : c’est pourquoi l’expression טוב כי » – que c’était bien » – employée le premier jour n’est pas utilisée le second jour. Elle sera, par contre, utilisée tous les autres jours, car après avoir été créée par le Tout-Puissant, cette expression s’inscrit dans le sens de la création : c’est le négatif qui donne une signification au positif. Sans le mauvais penchant – la tentation du mal, le הרע יצר – la tentation du bien, le הטוב יצר , serait dépourvue de valeur, car elle ne serait pas la conséquence d’un effort de l’homme. Cela se vérifie à tous les étages de la création : le négatif est nécessaire pour comprendre le positif : c’est la mort qui donne son prix à la vie, c’est le sommeil qui donne un sens à l’état éveillé, la maladie qui permet d’apprécier la santé. Dans le domaine psychologique, se révèle le même balancement : anxiété et espoir sont deux volets antagonistes d’une même attitude devant les circonstances de l’existence, et il est bien évident que le caractère de l’individu – ainsi que la puissance des événements – fera pencher la balance dans une direction plutôt que dans une autre. Ici s’opposent le pessimiste et l’optimiste. L’anxiété traduit une angoisse, une inquiétude face au devenir, alors que l’espoir est chargé de permettre d’envisager le futur de façon encourageante.

Telles sont les perspectives auxquelles nous devons réfléchir ces jours-ci, à l’échelle de l’individu comme de la collectivité. On connaît la prière de Rav Amnon de Mayence – תוקף ונתנה – récitée à Roch Hachana comme à Yom Kippour, évoquant la puissance spirituelle de ces Jours Redoutables durant lesquels l’humanité entière passe devant le Tout-Puissant, comme le troupeau face au berger. A Roch Hachana, les bulletins concernant l’année à venir sont inscrits, mais c’est à Yom Kippour qu’ils sont ratifiés. Cela nous invite à nous rapprocher du Créateur, à améliorer notre conduite, pendant les 10 Jours qui s’étendent du 1er au 10 Tichri. Le texte liturgique souligne de façon précise les deux options contrastées qui sont proposées et offertes à la créature. La conclusion du texte affirme que la Techouva (amélioration de la conduite personnelle), la Prière (dimension verticale envers le Tout-Puissant) et la Tsédaka (dimension horizontale face à autrui) peuvent faire pencher la balance de façon positive.

Remarquons, au passage, que les conséquences possibles de nos actes ne s’inscrivent pas obligatoirement dans le cadre de ce monde ci, mais peuvent impliquer aussi notre situation spirituelle, au moment de nous présenter devant le Tribunal Céleste. Quoi qu’il en soit, c’est un verdict qui nous attend en fin de parcours. Faisons des efforts, utilisons les armes qui nous sont offertes, mais disposons-nous à être prêts au jugement du Juge suprême. Ici apparaissent l’espoir et l’anxiété devant le verdict qui sera rendu. N’avons-nous pas l’impression – au lendemain d’un second tour d’élections décisif – de balancer entre l’inquiétude devant les dangers qui risquent de menacer l’avenir de la Torah, en Erets Israël – menaces malheureusement trop clairement exprimées – et l’espoir que le Tout-Puissant aura pitié de ce « reste d’Israël ». Après avoir supporté et vaincu spirituellement les forces ennemies qui ont toujours menacé depuis 2000 ans l’avenir de la Torah, espérons qu’en Terre Sainte, l’avenir sera plus positif. De la sorte, devant les perspectives d’avenir en Erets Israël réapparaissent l’inquiétude et l’espoir, mais soyons assurés que le Protecteur d’Israël ne saurait l’abandonner. Restons dans le registre de l’espoir, en souhaitant un jugement favorable et l’avènement prochain du Royaume divin sur terre.