6 Shevat 5781‎ | 19 janvier 2021

Voir plus clair avec le Rav Lionel Cohn : Réveillons-nous. Où est l’ennemi ?

Dans la Parachat Behaalotekha dans le livre Bamidbar (10,35), un texte spécial exprime ce que dit Moché Rabbénou, au moment où l’Arche d’Alliance sort du camp avec tout le peuple d’Israël : « Lève-Toi, ô Eternel, que Tes ennemis soient dispersés, que Tes adversaires fuient devant Toi ». Dans toutes les communautés d’Israël, on récite ce verset au moment où l’on sort le Séfer Torah de l’Arche Sainte ; cela prouve la solennité de cette proclamation formulée juste avant la lecture de la Torah. Une question se pose immédiatement : que signifie cet appel contre les ennemis, contre les adversaires, en ce moment de la prière ? De plus, qui sont ces ennemis du Tout-Puissant, ces adversaires de l’Eternel ? Rachi explique que les ennemis d’Hachem, ce sont ceux qui poursuivent Israël, les adversaires de D.ieu sont ceux qui s’opposent à Celui Qui a dit : « Que le monde soit » (Rachi sur le verset 10, 35). La violence de ceux qui ont attaqué, durant cette campagne électorale, les « ‘harédim », c’est-à-dire les orthodoxes, dont la règle est l’observance fidèle des mitsvot de la Torah, cette violence surprend et inquiète. Elle surprend d’abord, car elle se situe, en définitive, sur le sol sacré de la Terre Sainte. Quel peut et doit être le socle de la sainteté sinon le lieu privilégié de la sainteté, sinon Erets-Israël ? Le texte liturgique ajoute d’ailleurs à ce verset de la Torah, un verset des Prophètes : « Car c’est de Sion que sort la Torah, et la parole de l’Eternel de Jérusalem » (Mikha, 4, 2). Pourquoi cette hargne, pourquoi cette haine ? Cela surprend, parce que l’on peut malheureusement retrouver dans les pamphlets anti-religieux parus durant cette campagne des expressions semblables à celles des antisémites dans la diaspora : même haine, même arguments : intérêt pour l’argent, tentative d’exercer une influence sur les tenants du pouvoir. Bref, c’est un vrai florilège de l’antisémitisme et, s’il avait été utilisé, par exemple en France, contre les Juifs, on aurait invité la justice pour dénoncer ces calomnies. Alors, on s’interroge : pourquoi est-il nécessaire d’exhiber ainsi un sentiment qui ne peut être utilisé que contre des ennemis ?

Mais au-delà de la surprise, il y a un aspect encore plus grave : c’est l’inquiétude. Il y a lieu de s’inquiéter de voir des descendants du peuple d’Israël s’attaquer si violemment à tout ce qui a maintenu le peuple juif depuis 2000 ans, dans tous les pays de la diaspora. S’attaquer à ce qui est le plus sacré pour les Juifs : le chabbat, la halakha, la sainteté du foyer juif. Un des pamphlets a souligné que seul leur leader (son nom ne mérite pas d’être mentionné dans un journal religieux) pourra éliminer l’Etat conforme à la halakha. Cela inquiète pour la permanence de l’existence juive. Comment de tels énergumènes peuvent-ils s’inscrire dans la lignée du peuple juif ? Cette adversité, ce refus de reconnaître que c’est Celui Qui nous a donné la Torah Qui continue à garder et à protéger les descendants d’Avraham, Its’hak et Yaakov.

Allons ! Réveillons-nous et sachons quels sont les vrais ennemis : les peuples qui veulent nous détruire, qui n’acceptent pas l’existence d’un Etat juif sur la Terre Sainte. Il nous appartient de rapprocher ces « adversaires », de les considérer comme des frères qui sont aveuglés par les sirènes du monde moderne.

Quand les enfants d’Israël ont reçu la Torah au Mont Sinaï, le texte dit : « Israël campa en face de la montagne » (Chemot 19, 2). Les commentaires expliquent que le singulier est employé car le peuple un comme » (« כאיש אחד בלב אחד » uni était seul homme, d’un seul cœur »). Le peuple d’Israël doit être uni pour recevoir la Torah. Le terme אהבה) amour) a la même valeur numérique que le terme אחד) Un). La pérennité d’Israël est fondée sur l’unité du peuple et non sur l’affrontement entre les diverses parties du peuple. C’est la condition de la survie. Il y a assez d’ennemis de l’extérieur, pour ne pas en découvrir au sein du peuple. Quand le peuple, par manque de foi en D.ieu, a demandé à Moché Rabbénou d’envoyer des explorateurs explorer Erets Israël, ils étaient « en désordre », « non unis », et les conséquences négatives de ce désordre ont entraîné la destruction du Temple. Il en fut de même pour la « haine gratuite » qui a causé la destruction du Second Temple. Sachons être unis, sans ennemis de l’intérieur, et nous rapprocherons la reconstruction du Temple de Jérusalem, bientôt, de nos jours.

(Cet article a été écrit avant la tenue des élections et donc sans aucun lien avec le résultat des élections.)