19 Av 5779‎ | 20 août 2019

La Révolution islamique iranienne a quarante ans…

L’Iran a lancé le vendredi 1er février de fastueuses cérémonies s’étalant sur dix jours pour célébrer le 40e anniversaire de la Révolution islamique. Retour sur ce soulèvement populaire et religieux chiite qui a bouleversé depuis 1979 la face du Moyen-Orient et de la scène internationale. Alors que depuis plusieurs semaines, la télévision d’État multiplie les émissions consacrées aux 40 ans d’histoire de la République islamique et que les rues de Téhéran sont recouvertes d’affiches commémoratives en tous genres
et de guirlandes lumineuses, la date du 1er février entame la Décade de l’Aube, la période de dix jours démarrant avec le retour de l’ayatollah Khomeiny et la victoire finale de la Révolution survenue le 11 février 1979 (le 22 du mois de Bahman 1357 du calendrier iranien), jour où la radio de
Téhéran, rebaptisée Voix de la Révolution, annonce « la fin de 2 500 ans de despotisme ». Le renversement du régime autoritaire du Shah C’est en 1979 que disparaît en Iran le régime mis en place en 1941 en Iran par Muhammad Reza Pahlavi qui, à la manière des princes perses de l’Antiquité, prit en 1967 le titre de Shahinshah (Roi des rois). Son régime autoritaire est aussitôt soutenu par les États-Unis, pendant qu’une police politique (la Savak) réprime durement toute opposition. Le Shah bénéficie alors des royalties que lui versent les compagnies occidentales à qui il a confié l’extraction du pétrole national. Or son pouvoir est peu à peu remis
en cause par l’apparition d’une bourgeoisie d’affaires aux exigences politiques et économiques croissantes et les activités d’une opposition d’inspiration religieuse chiite et populaire. A cela s’ajoute la propagande orchestrée de l’étranger par l’ayatollah Khomeiny où il vit en exil depuis 15 ans, laquelle reçoit un écho de plus en plus favorable dans la société iranienne. En septembre 1978, la contestation du régime du Shah d’Iran s’intensifie, pendant que l’armée et la Savak répriment dans le sang les émeutes qui éclatent aux quatre coins du pays, mais en vain… Car le mouvement prend de plus en plus d’ampleur jusqu’à la proclamation en décembre de la grève générale. Le chaos s’installe alors partout et des grèves paralysent le pays. C’est le 16 janvier 1979 que la rue contraint le Shah à renoncer au pouvoir et à s’exiler aux USA. Le 1er février, l’ayatollah Khomeiny rentre de Neauphle-le-Château dans la banlieue parisienne où il vivait en exil. Accueilli triomphalement à Téhéran, il instaure devant une foule en délire de plusieurs millions de personnes une République islamique nationaliste, anticapitaliste, antisioniste et anti-impérialiste dont la législation s’inspire de la charia (la loi coranique), laquelle sera officiellement proclamée le 1er avril. Un 40e anniversaire célébré en pleine crise économique Alors que les retombées commerciales et financières tant
escomptées après la signature en juillet 2015 du fameux Accord de Vienne sur le nucléaire passé avec les six puissances mondiales – qui clôt 12 ans de contentieux en garantissant le caractère civil du programme iranien contre une levée sur 10 ans des sanctions internationales – sont loin de s’être concrétisées, le pays pâtit de plus en plus du rétablissement des sanctions
américaines consécutif au retrait unilatéral des USA de ce pacte décidé en mai 2018 par le président Trump. Réinstaurées en novembre dernier, ces sanctions économico-financières pénalisent les secteurs pétrolier et financier iraniens, ainsi que les sociétés étrangères ayant des liens avec la République islamique. Conséquence : du 28 décembre au 1er janvier dernier, des dizaines de villes sont secouées dans tout le pays par des troubles et des manifestations non autorisées contre la situation socio-économique et contre le pouvoir qui font au moins 25 morts… Il n’empêche, un proche de l’ayatollah Khamenei, l’ayatollah Ahmad Jannati pressenti comme son successeur et élu en 2016 président du Conseil des Experts, l’organe religieux chiite jouant un rôle proéminent dans la vie politique
du pays – l’assure : « Le peuple iranien est prêt à sacrifier sa vie, quels que soient ses moyens de subsistance, mais il n’abandonnera jamais sa religion !» Ainsi, dans le nord de Téhéran, les fresques murales à la gloire des « Martyrs de la Révolution » et de la guerre Iran-Irak ont été décorées, pendant qu’au Mausolée de l’ayatollah Khomeiny, une foule de milliers d’Iraniens arborant des drapeaux vert-blanc-rouge ont scandé en ce 1er février les slogans habituels de « Mort à l’Amérique ! », « Mort à Israël ! », « Mort aux Saouds ! », tout en entonnant des chants à la gloire de l’islam et de la nationiranienne… Richard Darmon