19 Av 5779‎ | 20 août 2019

La visite discrète et en demi-teinte du président Reouven Rivlin à Paris

Le président de l’Etat Reouven Rivlin a effectué la semaine dernière une
visite officielle de deux jours à Paris afin de marquer le 70e anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre la France et Israël. Le président israélien a certes été chaleureusement accueilli par le président Macron ainsi que par les responsables de la communauté mais le moins que l’on puisse dire c’est que ce déplacement n’a pas suscité d’intérêt débordant… Cela faisait plus de 10 ans qu’un président de l’Etat d’Israël ne s’était pas rendu en visite officielle à Paris puisque le dernier déplacement
solennel, celui du 9e président Shimon Pérès remontait au mois de mars
2008 alors que Nicolas Sarkozy était en poste à l’Elysée. Et pourtant, force est de constater que la visite effectuée mercredi et jeudi derniers (23 et 24 janvier) par le président Reouven Rivlin à Paris n’a pas soulevé l’enthousiasme des médias israéliens. En effet il est quasiment impossible de trouver plus de trois ou quatre articles en hébreu retraçant ne serait-ce qu’une partie de ces deux journées pourtant très chargées. Evidemment, les médias israéliens sont actuellement plus préoccupés par la campagne électorale que par la visite sans impact véritable d’un président aux fonctions « honorifiques » mais tout de même… Quoi qu’il en soit le président israélien a été accueilli mercredi matin avec tous les honneurs dus à son rang dans la cour des Invalides par le Secrétaire d’Etat à l’Education Nationale, Gabriel Attal, qui est le plus jeune membre d’un gouvernement français de la Ve République ! Après avoir passé en revue un détachement des forces françaises, le président israélien s’est rendu à son hôtel. Première étape marquante de ce séjour parisien : une rencontre initiée par le président israélien avec des imams musulmans et des rabbins français. Reouven Rivlin en a profité pour rappeler que son père le professeur Yossef Rivlin avait été le premier traducteur du Coran en hébreu. Le président a prôné le dialogue entre les deux religions monothéistes dénonçant l’idée préconçue selon lui, selon laquelle les religions sont sources de tensions et même de conflits. Cette rencontre a tout de même froissé certains responsables du Consistoire Central qui n’ont pas particulièrement apprécié que le président ait souhaité accorder une même représentation aux courants libéraux qu’aux représentants du courant orthodoxe consistorial. Ce ne sera pas d’ailleurs le seul accroc durant de cette visite. En effet, il s’est avéré que le président Rivlin a refusé
d’être reçu par la communauté juive dans l’enceinte de la Grande Synagogue de la Victoire préférant que ce rendez-vous incontournable
se déroule à l’Hôtel de Ville qui n’est pas, il faut l’avouer, à proprement
parler un lieu communautaire… La première journée du président s’est poursuivie par une conférence de presse conjointe donnée avec Emmanuel Macron au cours de laquelle les deux leaders ont donc célébré le 70e anniversaire de l’instauration des relations diplomatiques entre la France et Israël. Le Président Macron a évoqué plusieurs dossiers y compris ceux qui peuvent fâcher, comme l’Iran, la Syrie, la situation à Gaza et le processus de paix israélo-palestinien. Il a affirmé « qu’au cours des 70 dernières années, la France n’a jamais démenti son attachement profond
à la sécurité d’Israël qui est pour la France d’une importance stratégique ». Comme nous l’a indiqué ensuite Francis Khalifat, président du CRIF, « le président français a expliqué que la France et Israël étaient d’accord sur leurs désaccords. Le président Macron a également insisté sur l’importance avec laquelle son gouvernement lutte contre toute expression d’antisémitisme en France soulignant que la communauté juive française était l’une de plus importantes au monde et qu’elle faisait partie intégrante de l’histoire de France. Quant au président Rivlin, il a insisté, d’abord, sur la nécessité de lutter ensemble contre le terrorisme international et ensuite, sur la menace que représentait l’Iran en particulier pour la stabilité au
Proche-Orient. Il a également promis que si le Hezbollah menaçait la sécurité d’Israël à partir du Liban, «nous ne resterons pas les bras croisés» ». Reouven Rivlin a également déploré que l’antisémitisme relève la
tête en France. La première journée de cette visite présidentielle s’est terminée à l’Elysée par une dîner de gala offert par le président français
en l’honneur de son homologue israélien et de son épouse Né’hama Rivlin. La journée de jeudi a débuté pour le président par un passage inhabituel au Quai d’Orsay, qui demeure en France le bastion de la politique pro-arabe de la République. Pourtant, ce matin-là, le ministre des Affaires Etrangères Jean Yves le Drian avait invité le président israélien à inaugurer une exposition organisée conjointement par le Yad Vashem et par le ministère israélien des Affaires Etrangères en l’honneur de 36 diplomates du monde entier qui ont reçu le titre de Juste des Nations pour avoir sauvé près de 200 000 Juifs durant la Shoah ! A cette occasion le président Rivlin a affirmé : « On ne peut pas aimer Israël et haïr les Juifs, comme on ne peut pas aimer les Juifs et haïr Israël. La haine des Juifs et l’antisionisme sont de l’antisémitisme ». La journée s’est poursuivie par une visite de la base de l’armée de l’air française de Villacoubray. Il convient de souligner que parmi les personnalités qui ont accompagné le président Rivlin en France, se trouvait le commandant en chef de l’armée de l’air israélienne, le général Amikam Norkin. Ils ont tous deux étaient accueillis dans cette base par le commandant de l’armée de l’air française le général Philippe Lavigne. Le président Rivlin a déclaré que l’armée française jouait un rôle déterminant dans le maintien de la paix dans le bassin méditerranéen : « La coopération entre nos deux armées nous renforce dans la lutte contre le terrorisme et la préservation de la stabilité régionale. » a-t-il ajouté. Enfin dernière étape de la visite officielle du président israélien en France, la rencontre avec les responsables de la communauté juive de France qui s’est tenue sous les excellents auspices de la maire de Paris Anne Hidalgo dans les salons de l’Hôtel de Ville. Le président a été accueilli par les présidents du CRIF, Francis Khalifiat, du Consistoire Joël Mergui et du FSJU Ariel Goldmann ainsi que par Anne Hidalgo qui dans son intervention a couvert d’éloges l’Etat d’Israël. Le président Rivlin a rendu un hommage appuyé à la communauté juive de France : « La relation de la France avec le peuple juif est bien plus ancienne et plus profonde que ces 70 ans qui se sont écoulés depuis la fondation de l’Etat d’Israël mais au coeur de la relation entre Israël et la France, il y a vous tous – qui formez la merveilleuse communauté juive de France… Je suis venu vous dire que l’Etat d’Israël défendra toujours la communauté juive de France comme il défend les communautés juives du monde entier dans le combat sans compromis contre l’antisémitisme… A Toulouse, à Paris, à Strasbourg et à Pittsburgh, nous sommes tous frères et soeurs. Les Juifs doivent être libres de porter la kippa, partout où ils le veulent. Aller à la synagogue, se rendre dans les écoles juives sans avoir peur », a affirmé le président avant toutefois de prendre congé très tôt vers 20 heures, de ses hôtes. C’est le chanteur franco-israélien Ichaï Ribo qui a animé cette soirée de clôture d’une visite intéressante et importante mais qui ne laissera pas de souvenirs impérissables…
Daniel Haïk