21 Tammuz 5779‎ | 24 juillet 2019

Rav Binyamin Beressi Au fil des semaines… Les « bonnes intentions » de Yossef

Bedouin and bird near pyramids in desert

« Yossef ne put se contenir, devant tous ceux qui se tenaient là. Il s’écria : Faites sortir tout le monde d’ici ! (…) Il éleva la voix en pleurant (…) Il dit à ses frères : “Je suis Yossef…”» (Béréchit XLV, 1-3). Jusqu’ici, Yossef s’était
efforcé de maîtriser ses émotions, comme le relève le Rachbam au verset
31 du chap. XLIII : « Il se contint et dit : “Servez le repas !” » –toute la conduite de Yossef était sous le sceau de la retenue. S’il se retient ainsi vis-à vis de ses frères, c’est parce que Yossef est convaincu que les desseins de D.ieu lui ont été révélés dans ses rêves. Ceux-ci doivent donc se réaliser, et ses onze frères doivent venir se prosterner devant lui. Mais pendant toute la période où il est seul en Egypte, il comprend aussi qu’il doit vivre en exil et que telle est la volonté de D.ieu. C’est aussi pourquoi il n’envoie pas de message à son père, pour lui annoncer qu’il est encore en vie. Le Midrach, à propos du verset (Téhilim 112, 4) : « Il est bienveillant, miséricordieux, vertueux », affirme qu’il fait référence à Yossef. Etait-il donc «miséricordieux » ? Affirmation surprenante, compte tenu des souffrances qu’il a infligées à ses frères avant de se révéler à eux… En fait Yossef est allé à l’encontre de sa nature. Quiconque accède à une position élevée se précipite généralement auprès des siens pour leur raconter ce qui lui arrive. Or, Yossef resta quant à lui réservé, dans la discrétion. Nos Sages louent également la conduite de Chaoul qui, après avoir été oint roi d’Israël par Chmouel, n’en fit nullement part à sa propre famille (Chmouel I, X, 16). Inversement, Haman, invité au festin du roi par Esther, rentra chez lui et fit venir ses amis et sa femme Zerech dans le seul but de « leur exposer la splendeur de sa fortune et (…) comment le roi l’avait distingué et élevé audessus des grands et des officiers royaux » (Esther V, 11). Comme l’explique le Tsror Hamor, Yossef voulait faire expier la faute de ses frères dans ce monde-ci. Il devait pour ce faire agir avec discernement, de sorte que leur souffrance soit à la mesure de chacune de leurs mauvaises actions envers lui. C’est ainsi qu’il en vint à les confronter, avec Binyamin, à une situation analogue à la sienne, au moment de sa vente. C’est pourquoi il s’était interdit de se dévoiler à eux. Il craignit aussi le choc que subiraient ses frères à la découverte prématurée de la vérité. Mais dans le même temps, il souffrait de savoir son père et ses frères en difficulté. C’est pour cela que, d’après le Sforno, « il avait besoin de pleurer, il entrait dans sa chambre et il pleurait » (Béréchit XLIII, 30), ne pouvant supporter la souffrance et la douleur de ses frères et de son père. En tout cela, Yossef était bel et bien « bienveillant, miséricordieux ». Contrairement aux apparences, il a dû beaucoup se contenir, avec grande force, et pour le seul bienêtre de ses frères dans le Monde futur. Cependant nos Sages nous apprennent que Yossef fut puni « mesure pour mesure ». A cause de lui, ses frères « déchirèrent leurs vêtements » (id. XLIV, 13) – lorsque la coupe fut trouvée dans le sac de Binyamin. En retour, son petit-fils Yéhochoua déchirera lui aussi ses habits après la première défaite essuyée à Aï (Yéhochoua VII, 6). Pour avoir entendu dix fois (cinq fois de la bouche de ses
frères et cinq fois de celle du traducteur) les mots : « ton serviteur, notre père », sans émettre la moindre protestation, D.ieu lui enlèvera dix années de sa vie. Rav Zeitchik explique que, quand bien même Yossef désirait agir
pour le bien de ses frères, il aurait dû s’annuler devant leur souffrance (dès lors qu’ils confessaient leurs fautes) et face au respect dû à son père. Un homme peut être animé de bons sentiments, mais il se doit de respecter son prochain et d’éviter sa souffrance lorsqu’elle n’est pas indispensable.