Meyer Habib, député des Français de l’Etranger (8e circonscription) « Il faut savoir pourquoi un Français d’Israël sur quatre a disparu des listes consulaires ! » – Haguesher
30 Shevat 5780‎ | 25 février 2020

Meyer Habib, député des Français de l’Etranger (8e circonscription) « Il faut savoir pourquoi un Français d’Israël sur quatre a disparu des listes consulaires ! »

C’est presque par hasard que le député (UDI) Meyer Habib a mis le doigt ces derniers jours sur ce fait stupéfiant : près de 20 000 Français d’Israël ont disparu des listes consulaires ! Un phénomène sans précédent qui l’a conduit à interpeler le Quai d’Orsay et à demander aux Français d’Israël de le contacter au plus vite. Dans cet entretien le député réagit également à l’attribution du prix des Droits de l’Homme aux ONG B’Tselem et El Hak et aux relents antisémites d’une partie de la révolte des gilets jaunes.    Haguesher: Meyer Habib, vous avez récemment dénoncé la radiation de près de 20 000 Français d’Israël des listes consulaires. Comment vous êtes-vous rendu compte du phénomène ?
Meyer Habib : Comme chaque année, j’ai demandé au ministère des affaires étrangères la communication des listes électorales consulaires de ma circonscription. C’est avec stupéfaction que j’ai noté pour Israël un écart de 19 568 noms entre 2017 et 2018 ! Plus d’un Français sur quatre a disparu – du jour au lendemain – des registres officiels ! Consterné par ces chiffres, j’ai étudié l’évolution des listes ailleurs dans le monde. Là encore, le cas
israélien est unique au monde. Cette évolution est d’autant plus invraisemblable que 15 000 Français ont fait leur alya depuis . Logiquement, le nombre d’inscrits aurait dû bondir et non chuter de 27 % ! C’est pourquoi j’ai écrit au Ministre des Affaires étrangères avec copie au Président de la République. J’ai été reçu le 27 novembre par son directeur de cabinet Emmanuel Bonne. Lui aussi m’a confirmé être étonné par ces chiffres. J’ai demandé la réintégration immédiate de tous les Français radiés, qu’il a refusé à ce stade pour ne pas, je cite, « désavouer les services de l’Ambassade ». Il s’est engagé cependant à procéder « à des vérifications approfondies » et à réintégrer tous ceux qui signaleraient qu’ils résident toujours en Israël. C’est insuffisant. En effet, être radié des listes consulaires n’est pas anodin ! Sur le plan symbolique, cela revient à mettre au ban de la communauté nationale. Mais cela a aussi des conséquences pratiques, notamment en privant ces 20 000 Français d’Israël du droit de vote. Ironique alors que le Chef de l’Etat a évoqué dans son allocution la prise en compte du vote blanc… Enfin, cela complique toute une série de démarches administratives essentielles comme le renouvellement des papiers d’identité ou l’accès aux bourses. Comment expliquez-vous ce phénomène et quelle réponse entendez-vous apporter aux Français d’Israël et aux autorités ? Je n’explique pas ce phénomène. Peutêtre est-ce le cadeau de départ de l’Ambassadrice Le Gal, qui va quitter ses fonctions à l’été prochain ? En tout cas, c’est inadmissible. On veut manifestement réduire le poids politique d’Israël dans la circonscription. Les Français qui ont fait le choix légitime d’aller vivre en Israël n’ont pas vocation à devenir des compatriotes en sursis ou des citoyens de seconde zone ! Le 6 décembre j’ai adressé un message vidéo aux 20 000 radiés, dont 6 000 seulement possèdent un email. J’ai reçu à ce jour des centaines de retours : des familles entières effacées du registre alors qu’elles résident toujours en Israël et ne souhaitaient pas l’être. Je ne compte pas en rester là et saisirai directement le Président de la République pour faire reconnaître pleinement les droits des Français d’Israël. C’est mon devoir et, comptez sur moi, je n’y dérogerai pas. Meyer Habib, la France a remis hier, 10 décembre, le « Prix des Droits de l’homme de la République française » à deux ONG, l’une issue de l’extrême gauche antisioniste israélienne B’Tselem, l’autre palestinienne, dénommée El Hak, qui promeuvent toutes deux le boycott d’Israël. Comment expliquez- vous cette décision et comment avezvous réagi ? Ce prix est un véritable scandale ! Alors que le pays est au bord de la guerre civile, que le Hamas lance des roquettes aveugles sur la population civile israélienne, que des tunnels du Hezbollah ont été découverts au nord d’Israël pour lancer des attaques terroristes et que l’autorité palestinienne apparaît au grand jour comme une structure corrompue pratiquant massivement la torture et les violations des droits humains, la France ne trouve rien  de mieux que les droits de l’homme de la République » à des militants du boycott d’Israël ! Pire encore, Shawan Jabarin, le dirigeant d’El Haq est un membre éminent du FPLP, organisation inscrite sur la liste des organisations terroristes de l’Union européenne, plusieurs fois incarcéré en Israël. C’est le monde à l’envers ! J’ai honte. Imaginez qu’initialement, c’est Nicole Belloubet, la Garde des Sceaux en personne qui était censée remettre ce prix alors que l’appel au boycott d’Israël est totalement illégal en France. Sous la pression, elle a renoncé, mais il demeure que la cérémonie a eu lieu au Ministère de la Justice, orchestrée par l’Ambassadeur des Droits de l’Homme François Croquette… J’avais été très clair : le 6 décembre, sur le plateau d’i24 News, j’ai déclaré que si la Garde des Sceaux remettait
le prix, je demanderais sa démission. Pourquoi la France agit-elle ainsi envers Israël ? Ce nouvel affront à Israël, un Etat ami, allié, qui partage nos valeurs, n’est que le énième épisode d’une trop longue série. Entre les votes honteux à l’UNESCO islamisant Jérusalem, les violentes condamnations du Quai d’Orsay dès qu’Israël protège sa frontière face aux hordes du Hamas, les livraisons de roquettes au Liban, dont l’armée est sous l’emprise du Hezbollah, récemment, le refus de voter à l’ONU la résolution américaine condamnant le Hamas, la France multiplie les gestes inamicaux et se discrédite. On peut ajouter à la liste, les reports incessants de la visite du Premier ministre Edouard Philippe, qui n’a pas trouvé mieux, la veille d’un quatrième week-end de violence, à appeler Israël à « lever le blocus de Gaza» … Vous comprenez que, sans être paranoïaque, dans ce contexte l’affaire des listes consulaires a de quoi interroger. Meyer Habib, la France est secouée par la révolte des « gilets jaunes », dont certaines composantes exhalent d’inquiétants relents antisémites. Cette tension est-elle susceptible de menacer la communauté juive ? Plus généralement, êtes-vous inquiet pour l’avenir de la communauté en France ? Depuis un mois la révolte des « gilets jaunes » fait trembler la France. Au départ, les revendications concernaient la fiscalité écologique avant de s’étendre au pouvoir d’achat. Les Français n’en peuvent plus de ce matraquage fiscal, que je dénonce depuis des années. Cependant, on a assisté à des débordements de violence et des dérives inacceptables. Il faut arrêter de faire la fine bouche, les mesures annoncées hier par le Président de la République vont dans le bon sens mais il faudra les financer – c’est compliqué. La priorité est maintenant de restaurer l’ordre républicain. Parmi les dérives, la tentative de récupération par une minorité d’activistes antisémites. Se  sont ainsi multipliés affiches, tracts, caricatures, tribunes, vidéos nauséabondes. On a vu fleurir des slogans comme « Macron = Rothschild », « Macron = youpins ». On retrouve là tous les codes de l’antisémitisme traditionnel – nez crochus, banque, dictature financière, complot juif – mais aussi du « nouvel antisémitisme », rebaptisé « antisionisme ». Dans le flot, on m’a signalé une vidéo anonyme délirante de près de 45 minutes publiée sur YouTube sous le titre « pourquoi les sionistes en veulent aux gilets jaunes ? » Vue près de 13 000 fois, cette publication, suintant la haine et l’obsession antisioniste, est intégralement dirigée contre ma personne et comporte des menaces directes. J’ai évidemment porté plainte. A la convergence de l’ultra-droite, de l’islamo- gauchisme et de la mouvance Dieudonné- Soral, les auteurs de ces torchons sont les héritiers du poujadisme. Ils exploitent le mouvement et tentent d’instrumentaliser les angoisses des Français pour recycler les bonnes vieilles recettes antisémites. Pour eux, un seul responsable de tous les maux : le Juif. Chassez le naturel, il revient au galop… J’ai appelé solennellement les « gilets jaunes » à se désolidariser sans ambiguïté de ces dérives qui souillent le mouvement. Si l’islamisme reste la première menace, antisémitisme traditionnel et haine d’Israël continuent à faire des émules sur fond de théories du complot, en particulier sur Internet. C’est très inquiétant et la réponse du gouvernement reste trop faible. C’est une menace pour les Juifs évidemment mais, plus généralement, pour la France. L’antisémitisme est le symptôme d’une société malade, une variante de la haine de la République. Le Premier ministre israélien Binyamin Nétanyaou vient de missionner son ministre de l’éducation Naftali Bennett pour élaborer un plan visant à favoriser l’alya des Français juifs. En tant que député des Français d’Israël, quelle est votre réaction et pensez-vous que cette annonce résulte de la situation actuelle en France ? Je suis un député sioniste et approuve le choix de tout Juif qui décide de participer à ce projet magnifique qu’est Israël. Pour les Français, ce choix doit aller de pair avec le maintien d’un lien unique et très fort avec la France, dont ils restent à jamais les enfants. Représentant des Français d’Israël, je soutiens naturellement toute mesure prise par les autorités israéliennes pour améliorer leur condition. Je constate en effet qu’après une véritable explosion de l’alya française en 2014-15, on assiste à une nette décélération depuis deux ans. Le problème est qu’en ce moment, l’alya, plutôt qu’être une démarche positive et choisie devient une fuite. C’est vrai, le statut des français juifs s’est dégradé ces dernières années en France malgré la volonté réelle des derniers gouvernements de lutter contre l’antisémitisme et le terrorisme islamiste. Depuis 2003, sans parler des innombrables agressions antisémites, 13 Français ont été tués parce que juifs, notamment récemment Sarah Halimi en 2017 et Mireille Knoll en 2018. Dans ce climat, je note qu’une minorité a du mal à concevoir un avenir en France… L’Etat d’Israël est et restera le certificat d’assurance-vie du peuple juif ! Mais après la joie de l’alya, l’intégration en Israël est parfois compliquée. L’adaptation à l’école pour les plus jeunes, trouver un emploi digne, se loger correctement relève trop souvent du parcours du combattant. Depuis des années, le Premier ministre Nétanyaou est particulièrement sensible à l’alya de France. Pour en parler très souvent avec lui, il est conscient qu’elle se caractérise pour l’essentiel par une grande fidélité aux valeurs juives et un vibrant sionisme. Par nos échanges réguliers, j’ai modestement contribué à la réalisation d’avancées ces dernières années, que ce soit au niveau des équivalences de diplômes ou la reconnaissance des permis de conduire. Beaucoup reste à faire. Aujourd’hui, il est temps que chaque Olé bénéficie, à l’instar de ce qui a été fait pour les Russes ou les Ethiopiens, d’un véritable programme d’intégration, notamment sur trois priorités : emploi, logement, éducation.   Propos recueillis par Daniel Haïk