15 Iyyar 5779‎ | 20 mai 2019

Le retour de l’Etat islamique en Irak et en Syrie

Iraqi security forces hold an Islamist State flag which they pulled down at the University of Anbar, in Anbar province July 26, 2015. Iraqi security forces entered the University of Anbar in the western city of Ramadi on Sunday and clashed with Islamic State militants inside the compound, the joint operations command said in a statement. REUTERS/Stringer - GF10000170466

 Malgré les déclarations actuelles des dirigeants irakiens et syriens sur la « victoire miraculeuse » qu’ils auraient remportée – avec l’aide de la coalition internationale – entre 2013 et 2017 contre l’Etat islamique, Daësh est toujours présent dans ces deux pays… où il se réorganise.                              On se souvient comment les grands bastions urbains de l’Etat islamique (EI) – tels ceux de Mosul en Irak et de Raqqa en Syrie – étaient tombés l’un après l’autre depuis 2015. Et ce, sous les coups de butoir combinés des bombardements aériens massifs de la coalition arabo- occidentale menée par les USA, et ceux de l’aviation russe, ainsi que grâce aux assauts ultérieurs au sol par les brigades reformées et bien entraînées des troupes restées loyales aux gouvernements de Bagdad et de Damas. Puis, les autres défaites militaires successives subies par l’EI tout au long de l’année 2017 semblèrent consacrer cette « victoire » sans doute un peu trop vite proclamée contre lui… Or, même si son « Grand Califat » – proclamé en juin 2014 à la mosquée de Mosul par son chef, Abou Baqr al-Baghdadi – sur les nombreux territoires qu’il contrôlait en Irak et en Syrie a été battu en brèche depuis un an, l’EI est toutefois bien loin d’avoir dit son dernier mot ! En effet, non seulement ses combattants djihadistes continuent de mener ici et là des actions très sanglantes, mais encore Daësh, telle une hydre réapparaissant sans cesse hors de ses sanctuaires pourtant conquis, est carrément reparti à l’offensive dans certaines régions de l’immense désert syroirakien échappant au contrôle des troupes de Bagdad et de Damas. Après s’être replié, Daësh regroupe ses forces Ainsi, lors d’un raid effectué début novembre dernier dans la Vallée syrienne orientale de l’Euphrate autour de son exrepère dans la ville de Hadjin (une cité de 38 000 habitants située au sud de la province de Déïr Ez-Zor comprenant 4 villes surtout peuplées par la tribu Al- Shaïtat d’une population totale de 100 000 âmes ), l’EI a tué 68 soldats et fait de nombreux blessés parmi les Forces syriennes
démocratiques (FSD) liées à la coalition. Ce qui a obligé cette dernière à dépêcher d’urgence sur place un renfort d’un millier de Peshmergas kurdes du YPG soutenus par des bombardements aériens et de lourds pilonnages d’artillerie. C’est que les rapports de force politico-militaires demeurent sur place souvent complexes et sophistiqués car liés de très près à la mosaïque bigarrée de certaines réalités ethniques, géographiques et socio économiques de terrain, elles-mêmes peu maîtrisables depuis les centres de décision de Bagdad et Damas… Ayant réussi au dernier moment à évacuer
vers diverses zones désertiques – assez peuplées et s’étendant de l’Irak à la
Syrie – de nombreux cadres, combattants  et armements hors de ses principaux bastions avant qu’ils ne chutent, Daësh n’a en fait pas été détruit, contrairement à ce qu’on a dit à Bagdad et Damas où l’on
n’a pas manqué ces derniers jours de fêter dans l’euphorie « le 1er anniversaire du triomphe » contre l’EI. Car après s’être replié courant 2017 en emportant avec lui un trésor de guerre d’environ 500 millions de $, voilà maintenant que Daësh se réorganise en tissant un large réseau social, politique et militaire de quelque 30 000 combattants « à l’aise comme des poissons dans l’eau » au sein des populations sunnites locales où il relance ses cellules dormantes : en Irak dans les montagnes d’Hamrin (province de Diyala), dans la région de Hawdja (au sud de la province Salah al-Din), ainsi qu’au sud de Mosul, de Dakuk et dans la région de Sinjar et des Plaines de Ninive ; mais aussi au sein de la tribu bédouine d’Al- Shammar (est-syrien et ouest-irakien), et en Syrie dans le Grand désert à l’est de Damas.
Son Califat détruit, l’EI renaît donc de ses cendres et tente même de se procurer des drones par la Libye, son nouveau sanctuaire, pour commettre des mégas-attentats en Europe… Richard Darmon