22 Av 5780‎ | 12 août 2020

La genèse de la Synagogue de la rue Pavée à Paris

Pour faire face aux nouveaux besoins religieux des Juifs ashkénazes arrivés à Paris depuis la fin du 19e siècle comme réfugiés d’Europe centrale, l’association russo- polonaise Agoudas Hakehilos (l’Union des communautés présidée par Joseph Landau et issue de 9 amicales juives orthodoxes d’origine surtout russe) décida en 1912 de construire une nouvelle synagogue sur un étroit terrain de la rue Pavée
dans le quartier du Marais, tout près de la rue des Rosiers qui se transformait déjà en véritable « pletzl » des immigrants juifs du yiddishland. C’est l’architecte Hector Guimard, alors maître parisien de l’Art nouveau, qui conçut ce bâtiment édifié en pierres agglomérées avec, sur sa façade, d’élégantes courbes et contrecourbes recouvrant des armatures de béton armé. Guimard dessina aussi son mobilier dépouillé et doublé d’un décor stylisé. Faisant partie des Beit-Knesset orthodoxes non consistoriales toujours en activité et financée par des fonds privés, cette synagogue commença à fonctionner dès octobre 1913 et fut inaugurée le 7 juin 1914 sans représentant officiel du Consistoire central, mais en présence du célèbre ‘hazan (chantre) de l’époque venu de Varsovie, Guershon Sirota. Son premier rabbin en titre fut de 1914 à 1934, le célèbre rav Yoël Leib HaLevi Hertzog, originaire de Pologne. Il fut le père du rav Its’hak HaLevi Hertzog, premier grand rabbin de l’Etat d’Israël, le grand père du général ‘Haïm Hertzog président de l’Etat d’Israël et l’arrière-grand-père d’Its’hak Hertzog actuel président de l’Agence juive. Lui succédèrent : le rav Chmouel Yaacov Rubinstein, puis le rav ‘Haïm Yaakov Rottenberg, et enfin son fils, le rav Mordekhaï Rottenberg. Des ‘hazanim connus y ont officié avant 1939, dont Elinke Hirschin (1870-1960) et Simon Pessine qui fut déporté à Auschwitz. Lors de la veillée de Yom Kippour en
1941, le bâtiment fut dynamité avec six autres synagogues parisiennes par des pronazis français d’un parti d’extrême-droite, le Mouvement social révolutionnaire. Resté l’une des rares traces institutionnelle et architecturale de l’immigration juive d’Europe orientale, cet édifice cultuel a été classé, avec tous ses composants liturgiques, au registre des Monuments historiques par un arrêté du 4 juillet 1989.
R. D.