8 Kislev 5779‎ | 16 novembre 2018

Les 80 ans de « la nuit de cristal »

En Allemagne, les 9 et 10 novembre 1938, des membres de l’aile paramilitaire du parti nazi au pouvoir depuis 1933, les SA (détachements d’assaut) ainsi que les Jeunesses hitlériennes, la SS (Schutzstaffel), le SD (service de renseignement et de maintien de l’ordre de la SS) et la Gestapo lancent un violent pogrom
visant 7 500 magasins et bâtiments juifs ainsi que les synagogues, écoles et centres communautaires à travers tout le Reich (Allemagne, Autriche et Sudètes). Lors de cette nuit, la magnifique synagogue d’Augsbourg est pillée et incendiée par les nazis. Comme celle de Wuppertal, Ratisbonne, Königsberg, Fribourg et bien d’autres. Au total, 267 lieux de cultes partent en fumée. Des cimetières juifs sont
profanés dans plusieurs régions. La population allemande, excitée par le vieux fond d’antisémitisme qui règne dans la contrée depuis des décennies, détourne le regard lors de cette nuit de violence. Certains sont même insidieusement invités à participer à la chasse aux Juifs. Ce sont les innombrables éclats de vitres jonchant les rues qui donnent son nom à « la Nuit des Cristal » (Kristallnacht) au cours de laquelle le nombre de victimes est estimé à au moins 90 morts et à quelque 30 000 arrestations de Juifs, transférés dans des camps de concentration notamment Dachau, Buchenwald et Sachsenhausen. Ils sont ensuite, pour la plupart, libérés contre rançon et sous réserve de présenter un visa d’émigration. Ce pogrom s’avère particulièrement violent à Berlin et à Vienne où vivent alors les deux communautés juives les plus importantes du Reich. La police rapporte beaucoup de cas de viols, ainsi que de suicides survenus à la suite des violences. Ces événements représentent l’un des moments les plus importants de la politique nationale-socialiste antisémite. La Kristallanacht démontre par-là la montée des brutalités orchestrées par l’hitlérisme contre les Juifs avant le déclenchement de la guerre. Elle constitue donc un tournant  essentiel dans la persécution des Juifs par les nazis, ouvrant la voie à la Shoah. Pourtant, la Nuit de Cristal est présentée par les autorités allemandes de l’époque comme une explosion de colère spontanée et populaire en réaction à l’assassinat du jeune Ernst von Rath, troisième secrétaire
de l’ambassade d’Allemagne à Paris, assassiné le 7 novembre 1938 par Herschel Grynszpan, un Juif polonais âgé de 17 ans. Le mobile de son acte diverge suivant les historiens. Certains pensent que l’adolescent avait appris quelques jours auparavant que ses parents faisaient partie des milliers de Juifs de nationalité polonaise vivant en Allemagne à être expulsés du Reich. D’autres, que von Rath lui aurait
refusé un visa pour quitter la France et regagner l’Allemagne. Quoi qu’il en soit, les dirigeants nazis décident d’utiliser l’événement comme prétexte pour déclencher des hostilités antisémites.
Le ministre de la Propagande, Joseph Goebbels, un des principaux instigateurs du pogrom, laisse entendre que l’assassinat résulte d’un complot de la « communauté juive mondiale » et annonce que « le Führer a décidé que les… manifestations ne devaient pas être préparées ou organisées par le Parti mais ne devaient pas être entravées si elles éclataient spontanément ». Les ordres centraux relayés par Reinhard Heydrich, chef de la Police de Sécurité, donnent des instructions spécifiques : les émeutiers « spontanés » ne doivent pas prendre de mesures mettant en danger la vie ou les biens des Allemands non juifs, ni exercer de violences sur les étrangers (même Juifs). Le comble : suite au pogrom, la communauté juive est taxée d’une énorme amende – un milliard de marks – pour cause de tapage nocturne et pour payer les dégâts ! Jusqu’en 1978, cet événement dramatique n’est que rarement mentionné en Allemagne. Depuis, il est commémoré chaque année à la date anniversaire.
Noémie Grynberg

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