2 Tishri 5781‎ | 20 septembre 2020

Pourquoi Trump est-il si fâché contre les Palestiniens ?

U.S. President Donald Trump meets with Palestinian President Mahmoud Abbas during the U.N. General Assembly in New York, U.S., September 20, 2017. REUTERS/Kevin Lamarque - RC1BCBBBAA10

Après avoir annoncé récemment l’arrêt de l’aide économique américaine à l’UNWRA, l’administration Trump a décidé de fermer durant la fête de Roch Hachana la représentation diplomatique de l’OLP à Washington. Cette décision, saluée par Binyamin Netanyaou mais très vivement critiquée par les Palestiniens serait liée à la campagne que les Américains entendent mener contre l’Iran.

Pourquoi tant de colère et de sanctions ? Que recherche vraiment le président américain en tentant de faire fléchir Mahmoud Abbas ? On peut tenter d’apporter plusieurs réponses à ces deux questions : la première est que le président américain a, depuis le début de son mandat le sentiment de se faire duper par les Palestiniens. Nous l’avons expliqué à plusieurs reprises : Binyamin Netanyaou a fait, il y a 18 mois, des gestes tangibles en contenant l’instinct de construction en Judée-Samarie, qui démange certains de ses ministres(Benett, Ariel, Reguev). Par contre, les Palestiniens qui n’ont probablement pas compris qu’un nouveau locataire s’était installé à la Maison-Blanche après Obama, eux, n’ont pas jugé nécessaire de donner suite aux appels des responsables américains qui, par exemple, les sommaient de geler le versement des salaires aux terroristes détenus en Israël et à leurs familles. Première raisonpour le président de ne pas être satisfait. La récompense offerte par Donald Trump à Netnayaou est intervenue le 6 décembre dernier avec l’annonce de la reconnaissance par les Etats-Unis de Jérusalem comme capitale d’Israël. La colère, à chaud, des Palestiniens était compréhensible mais à Washington on a cru que le bon sens allait l’emporter et qu’Abbas assimilerait plus vite le langage peu diplomatique du président Trump. Mais non, le raïs palestinien s’est conforté dans la position qu’il préfère: celle du refus. Ce qui n’a fait qu’augmenter la tension avec la Maison-Blanche. Et c’est fort de sa logique simpliste que Trump a également décidé, d’abord, de geler l’aide économique à l’Autorité Palestinienne, puis de diminuer massivement la subvention à l’UNWRA, dans l’espoir, donc, de raisonner Abbas. Mais ce dernier a persisté dans son refus de tout dialogue. Pire : il a initié une démarche contre Israël auprès du Tribunal International de La Haye, démarche qui aeu pour effet de pousser les Américains à menacer ce tribunal de sanctions économiques. Bref, les Américains ont choisi de se servir de leurs subventions comme levier de pression. C’est alors qu’est intervenu un nouveau paramètre : la position jusqu’au-boutiste deMahmoud Abbas dans la crise à Gaza. Pour beaucoup et pour les Américains, le vieux raïs est pour beaucoup dans la situation de chaos qui règne dans cette région. C’est lui qui a refusé de payer les salaires des fonctionnaires. C’est lui qui a refusé de régler l’ardoise de l’électricité et c’est lui qui fait tout, ces dernières semaines, pour torpiller un accord d’apaisement entre le Hamas et Israël. Pour Abbas, ce chaos est devenu le meilleur moyen d’espérer reprendre le pouvoir tôt au tard dans la Bande de gaza. Seul problème de taille: cette instabilité prolongée sert les intérêts de l’ennemi juré des Américains : le régime iranien. Le Hamas,  allié de l’Iran, l’a d’ailleurs compris et cela explique pourquoi il a décidé de reprendre les manifestations populaires le long de la frontière. Voilà pourquoi l’administration Trump est si en colère après Abbas. Les Américains ont obtenu, ces derniers jours, la présidence
du Conseil de sécurité de l’ONU et ils ont la ferme intention de profiter de ce statut pour lutter efficacement contre Téhéran. Face à des Palestiniens qui ne font que recevoir mais ne donnent rien en contrepartie, ils ont donc décidé d’utiliser la méthode ferme. Certains, coté israélien, diront « trop ferme »  car à Jérusalem on comprend que même s’il n’y a pas de dialogue diplomatique, la coopération sécuritaire en Judée-Samarie reste un intérêt commun pour les deux parties. Il est d’ailleurs probable que certains dirigeants israéliens qui vantent en public les démarches de Trump oseront lui expliquer les dangers de cette approche binaire…

Daniel Haïk