18 Iyyar 5779‎ | 23 mai 2019

Hiloula du Or Ha’haïmHakadoch, Rabbi ‘Haïm Ben Attar (1696-1743)

C’est à Salé, ville du Maroc située au bord de l’Océan Atlantique, qu’est néle Or Ha’haïmHakadoch, membre de l’illustre famille Ben Attar originaire de l’Espagne arabe, qui deviendra un célèbre commentateur, kabbaliste et décisionnaire halakhique. Dès son jeune âge, Rav’Haïm Ben Attar étudia avec son grand-père dont il portait le nom. Puis,jeune homme, Rabbi ‘Haïmentreprit une activité manuelle pour obtenir son gagne-pain.Doué et minutieux, il se spécialisa dans le tissage et la broderie de vêtements de luxe ornés de fils d’or et d’argent. Néanmoins, Rabbi ‘Haïm ne travaillait que pour subvenir à ses besoins élémentaires et dès qu’il gagnait la somme dont il avait besoin pour la semaine, il retournait à son étude.
Un miracle parmi tant d’autres…
A cette époque, le gouverneur de Salé fiança sa fille et ayant eu vent du travail remarquable du Or Ha’haïm, il souhaitait que le Rav se charge de confectionner les tenuesde la mariée à condition qu’elles soient prêtes au courant de la même semaine. Toutefois,à cette date, le Or Ha’haïm avait déjà obtenu le salaire hebdomadaire requis et n’acceptait plus d’autre commande. Ainsi, les serviteurs du gouverneurfurent stupéfaits d’entendre le refus du Or Ha’haïm. Puis, sur l’ordre de leur gouverneur, ils se présentèrent chez le Rav une deuxième fois en le menaçant de peine de mort s’il ne s’exécutait pas. Loin de se laisser impressionner, notre maître resta ferme sur sa position. N’admettant pas qu’un Juif refuse de lui obéir, le gouverneur le fit jeter dans la fosse aux lions. Mais quelle ne fut pas la surprise des serviteurs face au merveilleux accueil que les lions réservèrent au OrHa’haïm ! Ils se rangèrent face au Tsaddik en faisant honneur au Or Ha’haïm quipénétra dans la fosse en récitant des Psaumes. Le gouverneur s’empressa de se rendre sur les lieux pour assister à cette scène miraculeuse. Il regretta amèrement d’avoir porté atteinte à ce saint homme, ordonna aussitôt de le libérer et lui offrit de nombreux cadeaux.
L’étude de la Torah et sa diffusion
Depuis sa jeunesse, le Or Ha’haïm ne cessa de s’élever dans la Torah. Puis, il fonda une Yéchiva chez lui et y enseignait sans recevoir la moindre rémunération. En 1732, il fit imprimer à Amsterdam son livre ‘HéfetsHachem (commentaires sur la Guemara) et, la même année, en raison des persécutions qui sévissaient à Salé, il fut contraint de quitter sa ville natale. Il s’installa d’abord à Meknès puis à Fès. Sa maison était ouverte à tous et les fidèles s’y pressaient pour s’imprégner des riches enseignements de ce grand maître. En outre, le Ravaidait les pauvres et soutenait les Talmidé ‘Hakhamim. Chaque semaine, il achetait un veau et lui faisait la Che’hita pour leur distribuer de la viande en l’honneur du Chabbat.
Une année d’exil
Il arriva qu’une épidémie frappa le bétail de Salé et toutes les bêtes qui furent égorgées cette semaine-là, s’avérèrent être « treiffot », à l’exception du veau égorgé par le Or Ha’haïm. Un juif riche se présenta alors chez le Or Ha’haïmpourlui acheter un morceau de viande à n’importe quel prix. Mais, le Or ha’Haïm refusa car cette viande était destinée aux Talmidé ‘Hakhamim. Et voilà qu’à ce même moment, l’un des pauvres que le Rav aidait régulièrement, vint récupérer sa part. Le riche en fut si blessé qu’il s’emporta et méprisa le pauvre érudit. Ne voulant pas poursuivre la discussion avec le riche, le Rav n’intervint pas et…cette même nuit, le Or Ha’haïm rêva qu’il était condamné à une année d’exil pour ne pas avoir pris la défense duTalmid ‘Hakham qui s’était fait insulter.Il accepta ce décret divin, ne dormant pas plus d’une seule nuit au même endroit, et se trouvant souvent assailli par la faim.
Départ pour Erets-Israël
Au terme de cet exil pénible, notre maître décida de se rendre en Terre sainte.En 1741, s’armant de courage pour affronter les dangers du voyage et accompagné d’une trentaine de disciples, il embarqua à Livourne à destination de l’Egypte. Il devait rejoindre Jaffa puis Jérusalem mais le bateau qui les avait pris d’Alexandrie les conduisit à Accoau lieu de Jaffa… manifestation remarquable de la Providence Divine qui avait protégé le Tsaddik de la forte épidémie quifaisait ravage à Jaffa et à Jérusalem. Ainsi, pendant près d’un an, il vécut à Accooù il installa sa Yéchiva. Lors de ses pèlerinages sur les tombes de Tsaddikim dont celle de Rabbi Chimon bar Yo’haïil descendit de son âne dès qu’il aperçut la montagne de Méron et commença à grimper à quatre pattesen disant : « Comment moi, qui ne suis rien, pourrais-je entrer dans un lieu oùréside la Chekhina ?! »Le Or Ha’haïm s’installa ensuite à Jérusalem, il y établit la Yéchiva« Knesset Israël » et une seconde Yéchiva secrète pour l’étude de la Kabbale. L’un de ses disciples était le ‘Hida, Rabbi Yossef ‘Haïm David Azoulay.
Le 15 Tamouz 1743, le Or Ha’haïm décéda à Jérusalem et fut enterré sur le Mont des Oliviers. Le jour de sa mort, le Baal ChemTov avait déclaré: « La lumière du Maghreb vient de s’éteindre !» Le Or Ha’haïm ne laissa pas d’enfants mais nous légua ses précieux écrits dont son célèbre commentaire sur la Torah. Que son mérite nous protège !
Yokheved Levy