8 Tevet 5779‎ | 16 décembre 2018

Nantes : un nouveau rabbin pour une ville en plein essor

Le rav Ariel Bendavid a été nommé officiellement le 29 mai au cours d’une cérémonie à la synagogue de cette métropole économiquement dynamique et bien sécurisée. Il n’empêche que le kahal est vieillissant. Le président René Gambin pourrait-il inverser la tendance ?

Le rav Ariel Bendavid, nouveau rabbin consistorial de Nantes (Loire-Atlantique), est entré officiellement en fonction le 29 mai, au cours d’une cérémonie qui a rassemblé une centaine de personnes. Le grand rabbin Haïm Korsia était présent, ainsi que la préfète Nicole Klein et l’ancien maire PS (et ex-Premier ministre) Jean-Marc Ayrault, qui a toujours entretenu d’excellentes relations avec les quelque mille Juifs de l’agglomération. Ce n’est pas le cas de Johanna Rolland qui lui a succédé. Socialiste elle aussi, elle a soutenu le très radical Benoît Hamon lors de la présidentielle et partage semble-t-il ses positions pro-palestiniennes… non moins radicales. Elle s’est contentée d’envoyer un membre du conseil municipal à la synagogue et ne fréquente jamais la communauté organisée nantaise, présidée depuis juin 2017 par René Gambin, un psychologue à la retraite originaire de Tunisie (« de La Goulette », précise-t-il) installé ici depuis les années 60.
Cela dit, les relations avec l’Hôtel de Ville restent cordiales et le judaïsme local bénéficie des atouts de la métropole : tranquillité, économie dynamique… « Les Juifs n’ont pas dû quitter les zones sensibles de l’agglomération car ils n’y ont jamais vécu, explique René Gambin. Ils résident dans le centre, près de la choule, ou en secteur pavillonnaire. Les actes antisémites sont rarissimes. Comme chacun sait, nous disposons d’un contingent de gauchistes assez remuants et trois centsmanifestants ont protesté le 19 avril contre les ‘massacres’ de Tsahal à Gaza. Mais il n’y a eu, comme d’habitude, aucun incident… sinon des slogans outranciers ». La synagogue est d’ailleurs parfaitement sécurisée car située dans une impasse discrète et bien surveillée par la police et des patrouilles du dispositif Sentinelle.
Le ravBendavid, un quadragénaire qui officiait alors à Colombes, près de Paris, a été appelé en renfort pour les fêtes de Tichri de l’année civile 2016 et a posé vraiment ses valises à Nantes en mars 2017. Le rav Yoni Krief venait en effet de partir après dix années d’activité. Si sa nomination formelle date d’il y a quelques jours, c’est pour une simple raison administrative ou plutôt technique et contractuelle.
René Gambin insiste sur « l’orthodoxie » du nouveau rabbin mais aussi sur son ouverture d’esprit et son sens de l’accueil. Quant à sa communauté, elle serait surtout caractérisée par son dévouement. « Nous ne sommes que trente à cinquante fidèles le Chabbat matin dans la salle de prière, dit-il, mais chacun est mobilisable à tout moment : pour préparer un événement, un repas ou le kiddouchhebdomadaire… Et lorsqu’une personne décède, nous n’avons aucun mal à réunir un minyan au domicile du défunt – ce qui est impossible à la synagogue, sauf exception, en semaine ! »
Le kahal est composé de gens plutôt âgés, comme partout en province. Néanmoins, des étudiants se joignent à eux (Nantes est une ville universitaire), le nombre de Juifs reste globalement stable depuis longtemps et notre interlocuteur espère attirer de jeunes couples, en profitant de l’essor démographique dont bénéficie cette région à l’avenir prometteur.
Le Centre culturel André Neher, près de la choule, s’étend sur trois cents mètres carrés, est doté d’une cuisine pour les séoudot collectives et propose des cours de danses israéliennes, de théâtre, des conférences et expositions. L’oulpan compte trente inscrits répartis en trois classes. Le ravBendavid assure les chiourim pour adultes (le jeudi soir) et s’occupe du talmud Torah qui accueille pas moins de vingt-cinq élèves. Un chiffre assez élevé lié à l’absence d’école confessionnelle.
Les pratiquants désirant consommer systématiquement casher se font livrer à domicile et depuis Pessa’h dernier, la communauté organise elle-même un arrivage de produits en provenance de Paris, en vertu d’un accord récent avec un grossiste. Sarah Levi, épouse d’Avi Levi, l’ancien président, a même créé il y a un an sa propre enseigne de traiteur, première de la région en matière de casherout. Cela devrait multiplier les repas en commun et autres occasions de réjouissances, qui peuvent rassembler jusqu’à cent convives au Centre Neher.
Enfin, un mikvé jouxte la synagogue.

Axel Gantz