7 Elul 5778‎ | 18 août 2018

Nétanyahou va-t-il vers de nouvelles élections anticipées ?

Il est l'homme de la situation en Israël, mais il est décrié sur le plan international : Binyamin Nétanyaou a-t-il intérêt à déclencher de nouvelles élections ? Face à une gauche absente, ses alliés au sein de la coalition peuvent-ils se retourner contre lui ? Même si tous les sondages le montrent gagnant, le Premier ministre n'entend pas prendre de risques inutiles.

Encensé pour sa gestion de la crise avec les Palestiniens, ses relations personnelles avec les présidents Poutine et Trump lui valent les grâces de l’opinion. Donc pas d’élections à l’horizon, même si Nétanyaou n’a jamais été aussi fort. Tous les sujets sur la table, le nucléaire iranien, la Syrie, l’ambassade ou encore la Naqba, font presque l’unanimité au sein de la population israélienne. Comme l’a justement fait comprendre l’un des journalistes politiques israéliens : « Ses ennemis ont deux choix bien cruels, ou soutenir le Premier ministre et disparaître, ou l’attaquer et s’évaporer. »
Malgré une conjoncture plus que favorable, Nétanyaou hésite à repartir en campagne, d’abord parce que les petits partis de droite perdent des électeurs. Le Likoud pourrait bien battre le record de mandats mais il pourrait alors se retrouver privé de formations de droite capables de l’épauler pour former une coalition. Or, l’important est le bloc de droite et pas seulement le Likoud. Ensuite, le temps manque. Les sujets brûlants de l’actualité accaparent tout le temps nécessaire à une campagne électorale, longue et épuisante. Et puis personne ne veut réellement d’élections, Lieberman est un ministre heureux, Kahlon aussi, et même si Benett est un peu frustré, il n’a jamais été en meilleure position. Quant à Yaïr Lapid, après son attaque de Nétanyaou sur sa conférence de presse sur l’Iran, il a bien été contraint de soutenir le président Trump lorsque ce dernier a annoncé la sortie des États-Unis de l’accord iranien sur le nucléaire. Le dirigeant de Yesh Atid, a compris qu’il n’avait aucun intérêt à des élections prochaines. Du côté des Travaillistes, Gabaï n’a eu d’autre choix que de soutenir Nétanyaou sur le dossier iranien.

Nétanyaou est présent partout sur la scène internationale, alors que l’opposition joue un petit jeu local qui ne fait aucune ombre au Premier ministre. Sur le plan sécuritaire, Nétanyaou occupe tout le terrain. Alors lorsque tout va bien, pourquoi déclencher des élections durant lesquelles tout peut se retourner ? Souvent opposé à Lieberman, aujourd’hui les deux hommes travaillent main dans la main et en harmonie sur tous les sujets, et en parfaite coordination avec le chef d’état-major, Gadi Azencot. Lieberman et Nétanyaou semblent de plus en plus proches. Et le Likoud devrait avoir du mal, en cas d’élections, à s’opposer à une alliance avec Israël Beitenou, le parti de Lieberman. Pour les deux leaders, cette alliance est gagnante à tout point de vue, pour Nétanyaou qui peut s’appuyer sur Lieberman pour soutenir sa coalition, et pour Lieberman, incertain d’atteindre le nombre de voix suffisant, seul à la tête de son parti. Malgré des relations chaotiques entre les deux hommes, et des déclarations assassines l’un sur l’autre, depuis la nomination d’Avigdor Lieberman comme ministre de la Défense, les deux hommes surprennent par leur entente.

Ce qui est sûr, c’est qu’une question rassemble tout l’échiquier politique en Israël : à gauche comme à droite, l’Iran est bien la première préoccupation en Israël, avant le conflit avec les Palestiniens. Il s’agit bien là, d’une victoire de Nétanyaou. Il a non seulement convaincu le président américain Trump de sortir de l’accord sur le nucléaire iranien, mais également ses ennemis en politique de la menace prépondérante de l’Iran. Le règlement du conflit avec les Palestiniens est passé en second plan. La Bande de Gaza peut exploser à tout moment, les Israéliens ne savent même pas ce qui distingue Yaïr Lapid, Avi Gabaï et Binyamin Nétanyaou sur la question palestinienne. Si les deux premiers soutiennent clairement la solution des deux Etats, que Nétanyaou semble aussi adopter, elle n’occupe pas vraiment ni les uns ni les autres. Même à droite, tout semble pouvoir évoluer d’un jour à l’autre. Alors pourquoi courir pour des élections où les idéologies semblent se mêler, sans qu’aucune ne sorte son épingle du jeu.
Comment des politiques qui passent leur temps à se tirer les uns sur les autres sont-ils censés apporter la réconciliation au sein du peuple ? Les partis sont si nombreux et si critiques les uns envers les autres, que personne ne s’y retrouve réellement.

Nétanyaou donne le ton de l’agenda politique du pays et impose ses vues à tous ceux qui tentent de s’opposer à lui, à une exception près : Naftali Benett. Celui-ci semble être un élément déterminant dans les choix du Premier ministre. Premier adversaire de Nétanyaou, ce dernier fait tout pour le maintenir sous son aile pour éviter qu’il ne soit attiré vers une droite plus radicale. Benett sait qu’il ne doit pas être celui qui fera tomber un gouvernement de droite, mais il veut tout de même marquer son territoire et sait obtenir ce qu’il veut. Il s’est opposé à la libération de terroristes palestiniens et a torpillé les négociations avec Obama ; il a exigé et obtenu le poste de la Justice, il a fait changer d’avis Nétanyaou concernant le soldat Elor Azaria, et il a forcé Nétanyaou à faire passer la loi sur l’annexion de la Judée et Samarie.
Nétanyaou parvient à limiter la casse, et reste le leader incontesté de la droite, et Benett reste loin derrière. Mais ce dernier reste le maillon faible de Nétanyaou : il parvient à lui faire faire des choses contre son gré, en menaçant le Premier ministre de se positionner plus à droite que lui, ce que ne permet pas Nétanyaou.
Les deux hommes se sont encore opposés ces dernières semaines, concernant le gendre du président Trump, Jared Kuchner, l’un de ses conseillers les plus proches. Kuchner a été éclaboussé par plusieurs affaires qui l’éloignent de la gestion du dossier israélo-palestinien. Il a été publiquement humilié et mis en cause dans l’affaire de l’implication russe dans les élections américaines et même si le porte-parole de la Maison Blanche affirme que Kuchner est concentré sur sa tâche, Bennet semble émettre quelques réserves sur le gendre de Trump. Jared Kuchner, mari d’Ivanka, la fille du président Trump, a été qualifié d’enfant prodige du gouvernement Trump et d’architecte de la victoire de son beau-père. Les premières semaines, il a contribué à réparer les dommages que pouvaient causer les messages impulsifs de Trump. Mais dès l’accession de Trump au pouvoir, Kuchner s’est directement confronté avec plusieurs personnalités de l’administration : il a été accusé, alors qu’il était novice en politique étrangère, de s’immiscer dans les décisions des ministres des Affaires Étrangères et de la Défense. Il a été critiqué d’avoir choisi des conseiller financiers issus de grandes banques qui s’opposent au programme populiste de Trump durant la campagne électorale. Si Kuchner semblait indissociable de l’administration Trump lors de sa mise en place, quatre mois plus tard, il semble de plus en plus controversé et critiqué pour son influence trop importante sur le président. Faisant l’objet d’une enquête du Département d’État, Jared Kuchner ne peut plus avoir accès aux documents classifiés du Renseignement. Est-il encore capable, dans ces conditions de gérer le dossier du conflit israélo-palestinien, alors que tous les pays concernés savent qu’il ne peut avoir accès aux informations les plus critiques et les plus secrètes concernant ce dossier ? Si sa crédibilité à régler le conflit israélo-palestinien, comme il s’y est engagé, est mise à mal par cette enquête, Israël se dit toujours prêt à accueillir le jeune homme en toute circonstance.
M. Carmeli