8 Tammuz 5778‎ | 21 juin 2018

Les Bikourim

Chaque juif a reçu en terre d’Israël une parcelle de terrain qu’il laboure, sème et cultive. Lorsque les premiers fruits apparaissent, il les désigne comme Bikourim, les apporte au Temple et les donne au Cohen : « Tu prendras lesréchit – les prémices – de tous les fruits que tu retireras du sol dans le pays que D.ieu te donne, tu les mettras dans une corbeille, et tu iras au lieu que choisira D.ieu pour y faire résider Son nom…Le Cohen recevra la corbeille de ta main, et la déposera devant l’autel de D.ieu…Tu diras devant D.ieu : “L’Araméen (Lavan) chercha à détruire mon père [Yaacov], et [ce dernier] descendit en Égypte avec peu de gens, et il y fixa son séjour…Les Égyptiens nous maltraitèrent…Nous criâmes à D.ieu… Il vit notre oppression…Il nous fit sortir d’Égypteavec une main forte et un bras étendu… Il nous conduisit dans ce lieu, et nous donna ce pays, pays où coulent le lait et le miel. Maintenant voici, j’apporte les prémices des fruits du sol que Tu m’as donnés… » (Dévarim 26, 1-11).
Les dons des Cohanim
La période durant laquelle on amène les Bikourim débute avec la fête de Chavouot. « Comment prélève-t-on les prémices ? Un homme qui descend dans son champ et aperçoit une figue, une grappe de raisins ou une grenade arrivées à maturité, les attache avec de l’osier et dit : “Ce sont les prémices !” » (Bikourim 3, 1). Leur transport jusqu’au Cohen est célébré par une fête : « Comment apportait-on les prémices à Jérusalem ? Les habitants de toutes les villes du district se rassemblaient… Le bœuf marchait devant eux avec les cornes couvertes d’or et une couronne d’olivier sur la tête, la flûte retentissait jusqu’à ce qu’ils arrivent à proximité de Jérusalem… et ils ornaient les prémices et les embellissaient… Tous les artisans de Jérusalem se tenaient devant eux et les saluaient… Ils marchaient à Jérusalem et la flûte continuait à retentir devant eux jusqu’à ce qu’ils aient atteint l’esplanade du Temple… Parvenus à l’enceinte, les Lévites entonnaient le chant… » (Bikourim 3, 2-4).
Outre les Bikourim, le Cohen reçoit aussi la Térouma : « Tu lui donneras le réchit – les prémices – de ton blé, de ton moût et de ton huile, et les prémices de la toison de tes brebis.Car c’est lui que D.ieu a choisi entre toutes les tribus, pour qu’il fasse le service au nom de D.ieu »(Dévarim 18, 4-5).La ‘hala, prélevéesur chaque pâte, lui revient également :« Le réchit – les prémices – de ton pétrin, la ‘hala, vous prélèverez » (Bamidbar 15, 20). Tous ces prélèvements sont appelés réchit –prémices. Avant qu’on ait prélevé ces dons, larécolte est interdite à la consommation, laquelle peut entraîner un châtiment de peine de mort céleste. Pourquoi la Torah est-elle tellement sévère sur cet interdit ?
Participer au but ultime
En fait : « Tout ce que D.ieu créa, Il le créa pour Son honneur » (fin d’Avot). Les humains, les astres, la faune, la flore et toutes les autres créatures agissent, chacun à son niveau, pour L’honorer. Le juste qui connaît D.ieu profondément et qui agituniquement pour L’honorer, Le sertde la meilleure manière qui soit. Celui qui Le connaît moins,Le sert en mêlant ses propres intérêtsà Son honneur. Même l’homme qui ignore D.ieu, ou encore les animaux ou les autres créatures, tous participent au but ultime qui est de glorifier D.ieu.
Lorsqu’un homme bâtit une maison et la vend ensuite à un juif qui y placera une Mézouza, le constructeur aura contribuéà l’honneur divin, et c’est un grand mérite que d’aider lejuste et de participer à ses bonnes actions : « Le monde entier fut créé pour venir en aideau juste »(Bérakhot 6/b). Ce thème est admirablement expliqué par le Rambam (Introduction à la Michna).
Concernant le Chabbat consécutif à la création du monde, voici ce que la Torah énonce : « Ainsi furent achevés les cieux et la terre, et toute leur armée. D.ieu acheva au septième jour Son œuvre qu’Il avait faite, D.ieu bénit le septième jour et le sanctifia… » (Beréchit 2, 1-3). Rabbi ChlomoAlkabetzcommente à travers son LékhaDodi : « Venez et allons à la rencontre de la reine Chabbat, car elle est source de bénédictions, choisie depuis les premiers temps, l’aboutissement de la pensée originelle ». Le Jour saint arriveà la fin, il est l’aboutissement de la création, et les autres jours existent ainsi pour le servir.
Le peuple juif est composé de Cohanim, de rang supérieur, de Léviim, de niveau moindre et enfin, des Israélites. Ces derniers, en cultivant leur récolte et offrant les différentes dîmes au Cohen et Lévi, s’associent aux actions de ceux qui sont les plus proches de D.ieu. Pour souligner l’importance de ce que cela implique, il est interdit de consommer la récolte avant les prélèvements.Toutes les prémices, ‘halaet autres dîmessont appelées réchit, littéralement « les premiers » vis-à-vis du reste de la récolte.La Torah elle-même est nommée réchit, vis-à-vis des autres sciences (Michlé 8, 22).Enfin,le prophète qualifie le peuple juif deréchit, vis-à-vis des autres nations (Jérémie 2, 3). Si la Torah débute par le mot Beréchit, au commencement, ce n’est pas uniquement pour nous renseigner sur le temps, mais aussi pour dire : « Bé-réchit » –c’est pour ce qui est appelé réchitque le ciel et la terre furent créés : le peuple juif, la Torah, et les prémices données au Cohen. De cette manière, la création entière participe au but ultime :l’honneur de D.ieu.
Un complot retors
Comme cité plus haut, en apportant les Bikourimau Temple, le juif narre l’histoire de Lavan, qui voulut tuer Yaacov. Pourquoi relate-t-il ce complot ? En réalité, lorsqu’Isaac bénit Yaacov, il lui promet la terre d’Israël,et le bénit pour que ses frères [sa famille]le servent : « Que tes frères se prosternent devant toi ! » (Beréchit 27, 29).
Lavan espérait qu’Essav reçoive la terre ; considérant sa fille aînée Léa comme une fille impie, il la destinaà Essav. Lorsqu’il entendit que c’est Yaacovqui avait acquis le droit d’aînesse et les bénédictions de son père, et craignant qu’il doive servirYaacovle juste, Lavan monta un complot. Il marierait Léa à Yaacov, et ce dernier la détesterait sans doute, ainsi que le fils aîné de cette dernière.Jacob préfèrerait sans doute l’aîné de Ra’hel et,éveillant la jalousie de ses frères, ces derniers le tueraient, et leur père Yaacovsuccomberait alors suite à la peine causée. Or, presque toutes les pensées de ce fourbe se réalisèrent ! Sauf que Léaétait totalement intègre, et c’est justement son fils aîné, Réouven, qui sauva Yossef de la mort, et Yaacov et sa famille héritèrent de la terre d’Israël !
La Torah met cette histoire dans la bouche de celui qui apporte les Bikourim au Cohen, afin de lui faire comprendre l’importance capitale de ce dernier. En fait à l’origine, ce sont les fils aînés qui étaient destinés à servir au Temple. Mais à cause de la faute du veau d’or, ils furent remplacés par le Cohen et le Lévi. Ceci est un parallèle à ce qui arriva à Essavl’aîné d’Its’hak : ilaurait dû servir au Temple et hériter la bénédiction et la terre, mais en fautant, il perdit ces droits. En prenant conscience de ces faits, le juif se réjouira d’offrir les Bikourim au Cohen, et ainsi de participer à son service divin.

Rav Yéhiel Brand

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