8 Tammuz 5778‎ | 21 juin 2018

La bénédiction des Cohanim

La formule prononcée par les Cohanim est l’une des rares bénédictions qui figurent explicitement dans le Texte de la Torah. De fait, ces trois versets renferment des messages remarquables…

Jewish worshippers cover themselves with prayer shawls as they pray in front of the Western Wall, Judaism's holiest prayer site, in Jerusalem's Old City, during the Cohen Benediction priestly blessing during the Jewish holiday of Passover, on April 2, 2018. Photo by Hadas Parush/Flash90 *** Local Caption *** כתל דת כהנים יהדות טלית טליתות רחבת הכותל המערבי ברכת כוהנים חג פסח חול המועד

Être protégé… de la bénédiction
Le premier verset de la bénédiction des Cohanim est le suivant : « Que D.ieu te bénisse et te garde ! » (Bamidbar6, 24). De prime abord, quelle « garde » est encore nécessaire après avoir reçu la bénédiction de D.ieu ? En vérité, c’est précisément de cette bénédiction qu’il convient parfois d’être préservé… En effet, nous trouvons à de multiples reprises qu’une grande opulence conduit parfois les hommes à se comporter de façon égoïste, et peu à peu à rejeter le joug divin. La Torah relate ainsi : « Yéchouroun [le peuple hébreu] s’est engraissé, il a regimbé ! » (Dévarim32, 15). C’est pourquoi les Cohanim, juste après avoir transmis la bénédiction divine au peuple, prient pour que celui-ci reste « gardé » de ses effets préjudiciables…
Des lettres scintillantes
Le Zohar enseigne que les quatre lettres du Nom divin [le Tétragramme] gravées sur le fronteau du Cohen Gadol, brillaient et étincelaient. Aussi, toute personne qui regardait cette plaque d’or et ses lettres qui illuminaient était saisie d’une crainte profonde, son cœur se brisait et toutes ses fautes lui étaient ainsi pardonnées.
C’est donc ce que disent les Cohanimdans cette deuxième bénédiction : « Que D.ieu fasse rayonner Sa Face sur toi, et qu’Il t’accorde la grâce ! » (v. 25). Autrement dit, il suffit d’entrevoir la « Face de D.ieu » – notamment à travers Son Nom sacré gravé dans le fronteau du Cohen Gadol – pour mériter d’obtenir Sa grâce et l’expiation de toutes nos fautes…
Une tolérance justifiée
La troisième bénédiction commence ainsi : « Que D.ieu lève Sa Face vers toi ! » (v. 26). L’expression nessiyatpanim – « lever la face » – signifie en hébreu également « favoriser quelqu’un », c’est-à-dire faire preuve de tolérance, voire de partialité. Autrement dit, D.ieu ne juge pas Son peuple avec toute la rigueur qu’exigerait la stricte justice, mais Il fait au contraire preuve d’une grande tolérance à son égard.
Selon le Talmud, cette attitude suscita l’indignation des anges : « Comment peux-Tu les avantager de la sorte, alors qu’il est écrit dans la Torah : “Ce D.ieu souverain […] qui ne fait pas acception de personnes !” (Dévarim10, 17). » D.ieu leur répondit ainsi : « Comment pourrais-Je ne pas les favoriser ?! En effet, J’ai écrit dans la Torah : “Tu mangeras, tu te rassasieras et tu béniras l’Éternel…” Or, eux s’appliqueront à [prononcer une bénédiction] même pour [un bout de pain de] la taille d’une olive ou d’un œuf ! » (Bérakhot20/b).
La question se pose toutefois : pourquoi l’attitude rigoureuse des enfants d’Israël justifie-t-elle une telle indulgence divine, qui semble aller à l’encontre de la justice stricte ?
En vérité, nous savons qu’un présent peut avoir une valeur soit intrinsèque, soit extrinsèque. Par exemple, si un personnage de grande importance nous gratifie d’une faveur même minime, la dignité de cet individu fait décupler la valeur du présent et celui-ci paraît à nos yeux aussi précieux qu’un joyau rare. Ainsi en est-il de la nourriture que nous recevons du Maître du monde : dans l’absolu, seule la consommation d’une quantité appréciable de pain nous rend redevables d’une bénédiction de gratitude. Cependant, le peuple juif chérit tellement les bienfaits divins qu’à ses yeux, même un simple quignon de pain justifie une bénédiction. Eu égard à cet ineffable amour qu’Israël manifeste à D.ieu, Lui-même, en retour, leur exprime une affection tout aussi grande. Voilà pourquoi l’application avec laquelle le peuple juif bénit D.ieu même pour des mesures de pain minimes, justifie qu’en retour, il bénéficie d’une faveur particulière et réciproque de Sa part.
Les trois paix
Cette troisième bénédiction se conclut ainsi : « Que D.ieu lève Sa Face vers toi et qu’Il t’accorde la paix ! » Le Midrach rapporte à ce sujet : « Qu’il t’accorde la paix quand tu entres, la paix quand tu sors, et la paix avec tous les hommes ! » Selon le KtavSofer, cela fait écho à un fameux enseignement talmudique (Bérakhot56/b), selon lequel il existe trois types de paix : l’un symbolisé par la vision d’une marmite qui apparaîtrait en rêve, le second par celle d’un fleuve et le troisième par celle d’un oiseau. Ces trois sortes de paix sont les suivantes : il y a tout d’abord celle que l’on a à l’intérieur de son foyer – illustrée par une marmite, dans laquelle les membres de la maisonnée prennent ensemble leur repas. Il y a ensuite la paix qui règne entre les hommes d’une même ville et d’une même communauté : c’est le symbole du fleuve, qui s’écoule sur de longues distances et qui dessert tous les habitants d’une contrée. Il y a enfin le symbole de l’oiseau – cet animal qui parcourt de grandes distances en volant – qui représente la paix avec l’ensemble des peuples de la terre.
Ce sont ces trois types de paix que nos Sages décèlent à travers la dernière bénédiction des Cohanim : une paix lorsqu’on « entre » chez soi, dans son foyer ; une paix lorsqu’on « sort » dans les rues de sa ville et auprès de son proche entourage ; et enfin une paix « avec tous les hommes » – vis-à-vis de tous les peuples de l’univers…

Yonathan Bendennoune

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*