8 Tammuz 5778‎ | 21 juin 2018

La paracha au féminin : La règle des 5 secondes, vous connaissez ?

La tartine de Murphy
Votre chérubin a fait tomber sa tartine par terre. Du côté confiture. (Évidemment, mon cher Murphy !) Question indiscrète : allez-vous la ramasser ni vu ni connu ? Ou allez-vous plutôt la déposer, non sans un soupir agacé, dans la corbeille de pain rassis ?
Tout dépend si vous croyez ou non en la fameuse « règle des cinq secondes ».Cette dernièreprétenden effet que la nourriture tombée au sol reste consommable à condition d’être ramassée dans les cinq secondes suivant sa chute. Pourquoi cinq secondes ? Eh bien parce qu’il s’agirait du laps de temps précis qui s’écoule avant que ces méchantes bactéries s’en donnent à cœur joie pour contaminer ladite tartine.
Cette croyance fort populaire, surtout parmi les mamans d’enfants nés avec deux mains gauches, a même fait l’objet d’une étude scientifique par le très réputé College of Agricultural, Consumer and Environmental Sciences de l’université de l’Illinois. Ses résultats ? Ils n’importent que peu ; l’essentiel est que nous ayons de quoi calmer notre conscience de mère juive torturée (la conscience, pas la mère juive) quand ce genre d’incidents se produit le matin, quelques minutes avant l’arrivée du car de ramassage scolaire.

Une vie gâchée ?
Mel Robbins, une Américaine comme une autre, ne croyait peut-être pas à la véracité de la règle des cinq secondes. Mais une chose est sûre. Lorsque, arrivée à la quarantaine, elle eut l’impression d’avoir raté sa vie, elle finit par lui découvrir un champ d’application bien plus vaste que celui des tartines beurre-confiture échouées au sol. Avant d’en arriver là, commençons par lire les confidences d’une honnêteté brutale qu’elle nous livre dans son blog :
« Bonjour, je m’appelle Mel Robbins. À l’âge de 41 ans, sa vie était sens-dessus-dessous. J’étais sans-emploi. J’étais au bord de la ruine. Mon couple bâtait de l’aile. Ma confiance en moi était à son plus bas point.Le simple fait de m’extirper de mon lit me demandait un effort surhumain. Chaque matin, le réveil sonnait. Je savais que je devais me lever et agir mais mon anxiété prenait le dessus et j’appuyais à la place sur le bouton de veille. Je voulais sincèrement changer. Mais je n’arrivais tout simplement pas à me prendre en main. La plus petite des tâches me paraissait tout bonnement impossible. Je lisais des livres et achetais des journaux. Rien n’y faisait. Je me trouvais toujours une excuse pour me dérober à mes obligations. »

5 secondes qui changèrent toute une vie
Puis un soir, alors qu’elle était vautrée devant le petit écran, un spot publicitaire attira son attention. On y voyait une fusée sur le point de décoller sur fond sonore d’un compte à rebours : 5…4…3…2…1… GO ! C’est alors qu’une idée saugrenue lui vint à l’esprit : « Et si, quand mon réveil sonnait, au lieu de tergiverser, je décollais de mon lit comme une fusée ?! »
Dès le lendemain matin, Robbins mit son idée à exécution. Au lieu d’appuyer les yeux fermés sur la touche« répéter », elle compta 5 secondes à rebours puis se leva d’un seul bond. Ce fut la première fois depuis plusieurs mois qu’elle se leva à temps !
Elle ne tarda pas à se rendre compte qu’en appliquant cette technique à tous les domaines de la vie où elle avait du mal à passer à l’action, elle pourrait réaliser de formidables progrès.
Son principe était le suivant : à chaque fois qu’elle éprouvait l’envie d’atteindre un objectif valable, elle comptait cinq secondes puis passait immédiatement à l’action. Mettant à profit cette règle, elle parvint à faire plus d’exercice, rechercher un emploi, retrouver sa sobriété et même… sauver son couple. Et comme le disent les Américains, the restishistory… Robbins commercialisa sa méthode, aidant des millions de personnes à opérer des changements exceptionnels dans leur vie. Inutile de le préciser, l’ex « loser sans le sou » est aujourd’hui à la tête d’une industrie de plusieurs millions de dollars, travaille à la CNN et est l’auteure de plusieurs ouvrages à succès.

American Dream ou réalité scientifique ?
Tout cela est bien trop beau pour être vrai ? arguerons-nous en bonnes Gauloises pétries de scepticisme. Pas si sûr… Ce qui a tout l’air d’un simple rêve à l’Américaine est en réalité fondé sur des réalités scientifiques. Tout d’abord, ces fameuses 5 secondes correspondent au laps de temps précis qu’il faut à notre cerveau avant de se mettre à émettre tout un tasd’objections, à trouver mille et un prétextes pour ne pas agir.(Un peu comme ces bactéries qui hésitent un peu avant de s’en prendre à nos tartines…) En outre, le compte à rebours agit comme un « rituel d’initiation » qui neutralise nos mauvaises habitudes et attire l’attention vers notre cortex préfrontal, lequel est connecté à d’autres régions du cerveau impliquées dans la régulation de l’humeur et la mise en place d’habitudes positives.
Mais ce n’est pas tout. En creusant un petit peu dans la Paracha de cette semaine, nous allons également découvrir une preuve (et une application) toranique à cette règle révolutionnaire. (Eh oui, on n’allait tout de même pas vous priver de Dvar Torah !)

Le coin Paracha
La paracha de Nasso contient l’épisode de la Sota, cette femme soupçonnée d’adultère par son époux. Conduite au Beth Hamikdach, on la soumet à un choix terrible : admettre son tort (si tort il y a) ou boire les eaux amères qui agiront comme un test de fidélité de nature miraculeuse. Si elle a mal agi, elle mourra sur-le-champ.Mais si elle est innocente, elle peut retrouver son mari et méritera de nombreuses bénédictions.
L’épisode qui suit ce pénible passage est celui du Nazir, l’individu qui fait le vœu de s’abstenir de boire du vin, couper ses cheveux et entrer en contact avec un mort pendant un certain laps de temps. Et nos maîtres de s’interroger sur la juxtaposition de ces deux thèmes qui n’ont à première vue aucun lien.
Rabbi enseigne : pourquoi la paracha du Nazir est-elle juxtaposée à celle de la femme soupçonnée ? Pour t’apprendre que quiconque voit la femme soupçonnée dans son humiliation s’éloignera du vin (qui entraîne le libertinage). (Traité Sota, p. 2/a)

De l’inspiration…
Pour le ravNoa’h Weinberg, la réponse de nos sages a quelque chose de surprenant. Comme il s’en étonne dans l’ouvrage Wisdom for Living, l’individu ayant assisté à l’opprobre de la Sota n’est-il pas le dernier à devoir devenir Nazir ? En effet, le spectacle choquant de cette femme n’est-il pas suffisant pour lui prouver les terribles conséquences d’un excès de vin ?
La réponse, nous ditle légendaire fondateur des institutions AishHatorah, se cache dans une maxime de Rabbi ‘Hanina ben Dossa : « Celui dont les bonnes actions excèdent la sagesse, sa sagesse se maintient ; mais celui dont la sagesse excède les bonnes actions, sa sagesse ne se maintient pas. » (Avot, 3, 10)
Autrement dit, si une personne comprend l’importance d’un acte ou d’un comportement vertueux, mais qu’elle ne la traduit pas immédiatement dans l’action, sa sagesse ne lui saura d’aucune utilité. Et finira par lui faire défaut.
Nous avons tous des moments d’inspiration, des moments d’exaltation. Certains sont agréables comme une conférence éloquente, une superbe réflexion entendue à la table du Chabbath ou encore uneémouvante histoire de tsadikim. D’autres le sont beaucoup moins, comme une tragédie personnelle, communautaire ou nationale, Dieu nous en préserve. Le point commun entre ces moments est le fait qu’ils nous encouragent à l’action. Nous sommes prises d’une envie impérieuse de prendre de bonnes résolutions. De nous engager à mettre en application ce que nous venons d’apprendre. D’adopter un comportement vertueux pour le mérite de personnes en attente d’une délivrance.

… à l’action !
Mais comme nous met en garde le rav Weinberg, si nous ne transformons pas immédiatement ces pieuses résolutions en action, l’instinct de changement finira par s’émousser. Jusqu’à s’envoler.
Revenons à présent au cas de l’individu témoin du drame de la Sota. Il ne fait aucun doute qu’une scène aussi bouleversante l’a remué en profondeur, qu’elle lui a enlevé toute envie d’abuser de la bouteille. Mais la Torah sait pertinemment que cet élan est dangereusement éphémère. Voilà pourquoi, elle l’encourage à faire un changement immédiat dans sa vie en devenant Nazir. Sinon, cette opportunité de changement sera vouée à disparaître aussi vite qu’elle ne s’est présentée… D’où la juxtaposition entre la section de la Sota et celle du Nazir.

Ici & maintenant !
Alors oui, notre tradition ne nous enjoint peut-être pas de compter à rebours ces fatidiques 5 secondes pour faire en sorte qu’inspiration rime avec action. Mais une chose est certaine ; elle n’a pas attendu la très en vogue règle de Robbins pour nous transmettre ce message crucial à notre développement spirituel : ne sacrifions surtout pas nos pieuses résolutions sur l’autel de la procrastination. Passons à l’action. Ici et maintenant. Car il suffit parfois de quelques secondes pour changer la trajectoire de toute une vie…

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