14 Heshvan 5779‎ | 23 octobre 2018

Elections au Liban : nette victoire du ‘Hezbollah

Même si le Hezbollah enregistre une victoire aux élections pour le parlement libanais, les électeurs ont exprimé la volonté d'un parti qui s'occupe des intérêts du Liban et pas à la botte d'un autre pays.

Supporters of Lebanon's Hezbollah leader Sayyed Hassan Nasrallah gesture as they hold Hezbollah flags in Marjayoun, Lebanon May 7, 2018. REUTERS/Aziz Taher - RC1AB2C7A9C0

Le Liban ne veut pas d’une confrontation entre le Hezbollah et Israël, commanditée par l’Iran. Et c’est ce qu’il a exprimé lors des dernières élections au parlement qui se sont tenues la semaine dernière. Si le groupe chiite, mené par le Hezbollah, l’a largement emporté, grignotant des mandats au parti du Premier ministre, Saad Hariri, la victoire n’a pas été aussi large que l’espérait le Hezbollah.
Deux grands blocs se sont affrontés : « le camp de l’opposition du 8 mars » dirigé par le Hezbollah, face au bloc « des forces révolutionnaires du 14 mars », mené par Hariri et soutenu par les Saoudiens et plusieurs pays occidentaux.
Le parlement libanais comprend 128 membres, la moitié est musulmane, l’autre chrétienne. Mais dans la constitution libanaise, afin de garantir une part de contrôle à chaque bloc, il existe certains garde-fous. Ainsi, si un bloc ne remporte pas le nombre de voix suffisant, exigé par la constitution, il ne peut détenir tous les rênes du pouvoir. Pour exemple, lors de l’élection du Premier ministre, deux tiers des voix des députés sont nécessaires, ce qui est pratiquement impossible à obtenir. Il a ainsi fallu plusieurs années au parlement libanais pour se mettre d’accord sur la nomination de Hariri comme Premier ministre. Et ce scénario pourrait bien se reproduire. La principale confrontation au parlement, oppose les musulmans chiites aux sunnites, sous l’arbitrage du groupe chrétien. La coalition entre le Hezbollah et les chrétiens, formée aux élections précédentes, devrait perdurer. Mais cela ne plaît pas aux Iraniens qui suivent cela de près. Les résultats montrent que les Libanais s’opposent aux attaques militaires au Liban, et contre Israël, ce qui pourrait mener au refus du Hezbollah d’effectuer des missions pour le compte de la république islamique contre Israël. Le résultat du Hezbollah ne devrait ainsi, pas changer le statu quo politique installé au Liban.
Les discussions pour former une coalition s’annoncent compliquées, alors que différents éléments extérieurs tentent de pousser vers leurs intérêts tels que l’Arabie Saoudite, l’Iran, mais aussi la France et les Américains. Beyrouth est loin de pouvoir se doter d’un nouveau gouvernement rapidement.
Les dernières élections remontaient à neuf ans, et les Libanais ne se déplacent plus pour voter. Pour la plupart d’entre eux, tous les dirigeants sont corrompus. Les jeunes se plaignent du chômage élevé même pour les plus diplômés, les plus âgés accusent tous les dirigeants libanais de corruption. La situation économique est compliquée.
Le Liban a accueilli durant ces dernières années, plus d’un million de réfugiés, principalement syriens. Tous ceux qui ont fui les combats ont envahi les parcs des grandes villes libanaises. Ils acceptent tous les travaux même pour le quart du salaire réel, ce qui fait baisser le salaire de tous les Libanais. Lors des élections, de nombreux petits partis indépendants au sein des deux blocs se sont formés, et chacun pourrait avoir des revendications qui pourraient changer la façon de diriger le pays.
Même si Israël n’est pas présent dans la gestion des différends entre blocs, il est clair que tous les Libanais pourraient pâtir d’une confrontation avec ce voisin, et ils ne veulent en aucun cas se retrouver des dizaines d’années en arrière, à feu et à sang comme la Syrie après sept ans de guerre. Israël fait bien comprendre aux Libanais que ce serait le cas s’ils agissaient contre Israël. Pour le Liban, l’Iran peut bien faire ce qu’il veut contre Israël, tant qu’il ne le fait pas depuis son territoire.