6 Kislev 5779‎ | 14 novembre 2018

« Comme souvent l’Europe a réagi avec faiblesse aux opérations israéliennes en Syrie »

Trois événements ont marqué la scène proche-orientale ces derniers jours : le retrait de l'accord de Vienne par les Etats-Unis, la riposte israélienne massive contre les positions iraniennes en Syrie après une agression des brigades Al Qods, et enfin l'inauguration de l'ambassade des Etats-Unis à Jérusalem. Le député Meyer Habib qui prône depuis longtemps au sein de l'Assemblée une politique de fermeté envers Téhéran réagit pour Haguesher à ces trois développements.

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-Haguesher: Meyer Habib, vous n’avez jamais cessé d’affirmer que l’Iran est un facteur majeur d’instabilité régionale au Proche-Orient et que l’accord de Vienne était un mauvais accord, comment réagissez-vous à la décision du Président Trump d’en sortir ?
– Meyer Habib: Je constate qu’un certain consensus s’est formé en France et en Europe pour préserver l’accord sur le nucléaire iranien suite à la décision de retrait du Président des Etats-Unis et je le regrette. Donald Trump a eu raison et, comme avec la Corée du Nord, il a fait montre de vision et de responsabilité. Ce retrait ne produira ni chaos ni guerre. Au contraire, il clarifie les enjeux et préservera la paix. L’Histoire le démontrera.
-D’où vient votre opposition à l’accord de Vienne ?
-L’accord de Vienne du 14 juillet 2015 est un mauvais accord car il ne permet pas de garantir que la République islamique ne développera d’armes nucléaires, a minima après 2025. Le 1er mai, le Premier ministre israélien a démasqué le régime des Mollahs et mis au jour l’entreprise persistante des Iraniens à développer des armes atomiques. Pire, l’Iran reste le premier sponsor du terrorisme islamiste et mène une politique agressive dans tout le Moyen-Orient pour étendre son hégémonie de Kaboul à Beyrouth, de Bagdad à Sanaa. Le régime poursuit un programme balistique, qui ne peut que mener à une guerre dévastatrice à court ou moyen terme avec Israël et/ou l’Arabie Saoudite. Quand on voit ce que les Iraniens, parrains de Bachar El-Assad, font en Syrie, imaginez s’ils avaient l’arme atomique ! Or, les ayatollahs au pouvoir à Téhéran, ouvertement négationnistes, menacent d’« effacer Israël de la carte », Israël, où résident 150 000 de nos compatriotes que j’ai l’honneur de représenter à l’Assemblée nationale. Jamais les Israéliens ne prendront le risque d’une nouvelle Shoah. En toute cohérence, nous devrions en faire autant. Ce régime djihadiste, liberticide et belliciste prend depuis 40 ans en otage le grand peuple iranien, dépositaire d’une immense civilisation plurimillénaire. Il déstabilise depuis des décennies toute la région. Seule la poursuite des sanctions pourra conduire à un changement de régime en Iran et ouvrir la voie à la paix et à la stabilité.
-Meyer Habib, l’armée israélienne a riposté dans la nuit de mercredi à jeudi dernier à une tentative de tirs de missiles iraniens vers Israël au départ de la Syrie. Que pensez-vous de cette opération et que dites-vous de la réaction de l’Europe à celle-ci ?
-Seule la dissuasion fonctionne avec ces gens-là, c’est-à-dire que la riposte doit être disproportionnée. Celle d’Israël fut rapide, puissante et efficace puisque le jour-même le Président iranien disait dans un entretien téléphonique avec la chancelière allemande Angela Merkel ne pas vouloir de « nouvelles tensions » au Moyen-Orient. Les experts estiment que plus de la moitié des capacités militaires iraniennes sur le sol syrien ont été détruites en une série de frappes ce qui montre la supériorité militaire écrasante d’Israël, Baroukh Hachem, et le niveau de préparation de Tsahal.
Au lieu de soutenir d’une seule voix Israël, à l’instar des Etats-Unis, l’Europe a hélas réagi de manière faible et dispersée, comme souvent. Si les principales puissances européennes ont appelé à l’apaisement, la France, par la voix du Président Macron, s’est contentée d’appeler à la « désescalade », renvoyant dos-à-dos Iran et Israël, ce que je regrette vivement. L’Allemagne a fermement condamné les provocations iraniennes, quand le Royaume-Uni a défendu vigoureusement le droit d’Israël de se défendre.
Député de la République, je me suis désolidarisé de la position française dans plusieurs médias, soulignant qu’Israël était un pays ami, allié, qui partage nos valeurs et protège sa population alors que l’Iran est un régime islamiste, expansionniste et liberticide, dont les ambitions ne menacent pas seulement Israël mais le monde libre dans son ensemble.
-Meyer Habib, l’ambassade des Etats-Unis en Israël a été transférée cette semaine de Tel Aviv à Jérusalem, quelle appréciation faites-vous de cette inauguration et pourquoi la France semble avoir tant de mal à suivre la voie tracée par les Américains.
-La reconnaissance de Jérusalem capitale d’Israël le 6 décembre dernier et le transfert de l’ambassade américaine le 14 mai 2018 sont des décisions historiques. Elles ne font pas qu’acter une réalité politique et historique, elles sont une reconnaissance de la centralité de Jérusalem dans l’Histoire et la conscience juives depuis 3500 ans.
L’écrivain et rescapé de la Shoah Elie Wiesel zal a su parfaitement exprimer ce sentiment par ces mots très forts : « Quand un Juif visite Jérusalem pour la première fois, ce n’est pas la première fois ; c’est un retour chez soi […] Jérusalem est le cœur de notre cœur, l’âme de notre âme. » 
A ce jour, la France est totalement réfractaire à l’idée de suivre la voie historique ouverte par le Président Trump. Hélas, la politique française au Moyen-Orient en général, en Israël en particulier, reste prisonnière d’une doctrine du Quai d’Orsay totalement dépassée, plutôt anti-israélienne et anti-américaine et, surtout, qui a montré son inefficacité. Je le regrette évidemment mais – ne sait-on jamais – je ne désespère pas qu’Emmanuel Macron suive l’exemple de son homologue américain. Je le connais bien et je l’encourage régulièrement à aller dans le sens de la vérité historique et de la morale universelle.
 
Propos recueillis par Daniel Haïk