18 Adar II 5779‎ | 25 mars 2019

« Je rêve que mon fils devienne… »

Si vous faites partie de ces parents qui ont plaisir à se projeter dans un avenir plus ou moins lointain ou plutôt qui ont tendance à vouloir « tracer le destin » de leur enfant… ces quelques lignes pourraient vous intéresser. Avant d’entrer dans le vif du sujet, nous citerons un commentaire qui servira de pilier à l’idée centrale que nous aborderons. Nous connaissons tous le passage (Béréchit 48,14) qui décrit le moment où Yaakov Avinou s’apprêtait à bénir ses deux petit-fils, Ephraïm et Ménaché,où il nous est précisé que Yaakov a croisé ses mains pour poser sa main droite sur la tête du plus jeune, à savoir Ephraïm, ayant vuque de lui sortira Yéhochoua bin Noun. Plusieurs commentateurs s’interrogent sur la raison pour laquelle Yaakov a croisé ses mains et n’a pas, par exemple, demandé aux enfants de changer de place ? L’une des réponses met l’accent sur la délicatesse et la sensibilité de Yaakov Avinou qui a tenu à agir avec finesse et discrétion par respect à l’égard de son petit-fils Ménaché. C’est une première leçon importante que cet épisode nous enseigne : le parent, l’éducateur ou l’adulte ne doit pas utiliser sa position de force pour se permettre de faire abstraction des sentiments ou de la sensibilité de l’enfant.
En outre, le « Bné Issaskhar » nous propose une autre approche qui nous apporte un nouvel éclairage sur ce passage. Il estime que la Torah a tenu, par-là, à nous indiquer la façon dont nous devons aborder l’enfant. En maintenant les deux jeunes garçons à leur place, Yaakov Avinou nous montre qu’il convient de considérer l’enfant à la place où il se trouve et non pas à la place où nous souhaitons qu’il soit. Autrement dit : le rôle du parent est d’atteindre l’enfant là où il est, en tenant compte de ses qualités et de ses défauts, de son âge et de son caractère, de ses capacités et de ses talents même si, bien souvent, le tableau ne correspond pas forcément à nos attentes ou à nos souhaits !Par exemple, les parents d’un enfant aux capacités intellectuelles moyennes ne pourraient exiger de sa part d’obtenir d’excellents résultats s’il n’en est pas capable. Certes, il ne faudrait pas perdre de vue de l’encourager à progresser en permanence et de le stimuler à faire mieux… mais on ne pourrait lui demander de devenir le premier de la classe ! Il en est de même au niveau du caractère, il est important de respecter la nature de chacun… on ne pourrait exiger d’un enfant introverti et timide de devenir le chef de file des activités extra-scolaires… Bien entendu, on doit essayer de favoriser les contacts, de l’aider à trouver sa place au sein de ses camarades mais on ne peut lui modeler son caractère à notre convenance ! Les deux cas cités en exemple auraient pour conséquence de causer des frustrations inutiles aux parents qui investiraient du temps et de l’énergie pour que leur enfant s’adapte au « carré » qu’ils ont tracé et, ceci risquerait de briser l’enfant.Ce principe s’applique à tous les domaines : résultats scolaires, autodiscipline, vie sociale, loisirs… Si nous avons évoqué les points faibles qui peuvent parfois faire défaut à nos enfants, il faudrait aussi, en parallèle, apprendre à découvrir et à apprécier le merveilleux potentiel unique qui se trouve enfoui chez chacun pour l’aider à le développer et à l’exploiter au mieux, dans un cadre et des conditions optimales. Et ce, même si parfois, il s’agit d’une qualité (l’humour, l’imagination…) ou d’un talent (le chant, la danse..) qui ne nous parle pas tellement.
En ayant toujours le souci de guider et d’orienter nos enfants dans le droit chemin, nous devons veiller à respecter le principe fondamental que nous a transmis le roi Chlomo dans Michlé 22,6 :
« חנוך לנער על פי דרכו… » – « éduque le jeune homme selon sa voie… »
Si nos souhaits et nos attentes sont souvent importants pour stimuler nos petits à viser vers le haut… cibler la nature et les aptitudes de nos enfants l’est tout autant ! Pour ne pas exiger de nos enfants à devenir ce qu’ils ne peuvent être…assurons-nous à ce que nos rêves soient en phase avec leur nature et leurs aptitudes !
Yokheved Levy
(Inspiré d’un article de Rav David Kaplan paru dans le « Inyan », Hamodia en Anglais)