7 Elul 5778‎ | 18 août 2018

Une rescapée de la Shoah torturée et brûlée à Paris

Le crime a été rendu public le 25 mars, peu avant le « bouclage » de ce numéro. Les informations qui ont circulé alors sont donc à prendre avec circonspection. Le meurtre barbare de Mireille Knoll zal, quatre-vingt-cinq ans, retrouvée brûlée et lacérée de coups de couteau dans la soirée du 23 mars par les pompiers venus éteindre l’incendie qui s’était déclenché à son domicile parisien de l’avenue Philippe-Auguste (11e arrondissement), est-il antisémite ? Est-ce une nouvelle affaire Sarah Attal-Halimi zal, comme on a pu le lire sur certains sites Internet ? C’est possible, mais rien ne pouvait l’étayer au moment où ces lignes ont été écrites. Il n’empêche que les faits sont gravissimes. Les fils de la victime, qu’Haguesher a joint dans les heures suivant l’annonce du drame, expliquent que leur mère était rescapée de la Shoah : elle a fui la France avant les rafles de 1942 grâce aux passeports brésiliens de ses parents (leur grand-père les avait acquis au Portugal, où la famille s’est réfugiée jusqu’à la Libération). Elle était veuve et souffrait de la maladie très invalidante de Parkinson. On a recommandé aux Knoll une femme – non-juive – prête à s’occuper de la vieille dame en échange d’un hébergement provisoire pour elle et sa fille de douze ans. Toutes deux se sont donc installées dans son appartement. Mais la préadolescente a eu maille à partir avec le fils (né en 1989) d’une voisine d’origine maghrébine. Ce dernier a même tenté d’abuser d’elle, dans des conditions que nous n’avons pu déterminer précisément. Toujours est-il qu’il a été incarcéré quelques mois pour ce comportement. Il est sorti de prison en septembre 2017. « Trop tôt », commentent les enfants de Mireille Knoll zal, bouleversés. Plus de nouvelles depuis… Il ne serait pas réapparu dans l’immeuble. Cependant, immédiatement après le terrible assassinat du 23 mars, les policiers ont interpellé cet homme soupçonné d’avoir agi par vengeance, puisqu’il avait été dénoncé par les occupantes du logement. A l’issue de plusieurs heures de garde à vue, il niait formellement sa culpabilité. Barouh Dayan HaEmet.

Axel Gantz

La réaction du député (UDI) Meyer Habib: « Mon sentiment est que l’assassinat de Mireille Knoll revêt un caractère antisémite »

Au lendemain de l’annonce de l’assassinat de Mireille Knoll à Paris, le député des Français de l’Etranger Meyer Habib a déclaré : « Mireille Knoll, 85 ans, poignardée à onze reprises et brûlée à son domicile familial vendredi 23 mars avenue Auguste Blanqui Paris 11e, était juive. Elle avait échappé à la rafle du Vel’ d’Hiv’ en 1942. Je me suis entretenu avec ses fils et belles-filles, dont les enfants résident en Israël. Ils m’ont livré de très nombreux détails sur les circonstances du meurtre, que je ne peux évidemment pas divulguer à ce stade de l’enquête. Ils m’ont confié une photo et autorisé à la rendre publique, ainsi que le nom de la victime. Ce sont les noms et visages des bourreaux qui doivent être cachés, pas ceux des victimes.Après le meurtre barbare de Sarah Halimi le 4 avril 2017, l’émotion suscitée par cette affaire parmi les Français juifs est considérable, c’est le cauchemar qui continue pour les Français juifs.»Madame Knoll connaissait le principal suspect depuis qu’il était enfant: un voisin d’origine arabo-musulmane de 35 ans, qui savait qu’elle était juive. Il avait été condamné pour attouchements.Comme pour Sarah Halimi – assassinée, triste coïncidence, il y a un an à peine parce que juive à quelques centaines de mètres de là, rue des Vaucouleurs – pour la famille, il ne fait guère de doute que Mireille Knoll a été assassinée parce qu’elle était juive. Avec Sarah Halimi, il aura fallu attendre près de dix mois « pour reconnaître l’évidence », comme l’a rappelé le Président de la République le 7 mars dernier. J’en avais acquis la conviction deux jours après les faits, après avoir parlé à son frère… Mon sentiment, cette fois encore, est que le crime revêt un caractère antisémite ».