8 Iyyar 5778‎ | 23 avril 2018

Quelques réflexions autour des révélations sur la centrale nucléaire syrienne

Les Israéliens ont parfois un incroyable talent… pour gâcher leur propre plaisir et piétiner leur propre succès. Alors qu’ils auraient pu enfin savourer avec une certaine fierté l’officialisation de la destruction de la centrale nucléaire syrienne de Dir AZour en septembre 2007, les responsables de cette brillante opération ont préféré passer les deux jours qui ont suivi à s’invectiver : l’entourage d’Ehoud Olmert a prétendu que le ministre de la Défense d’alors, Ehoud Barak avait tout fait pour retarder l’opération militaire dans l’espoir que le Premier ministre, alors empêtré dans ses affaires judiciaires, serait contraint à la démission. Ce qui lui aurait permis alors de récupérer à son compte, quelques instants de gloire pour cette opération audacieuse. Barak aurait même déclaré qu’il était toujours possible de détruire la centrale même lorsqu’elle serait devenue « active », ce qui ne paraît pas sérieux. Quant aux patrons du Mossad et des Renseignements militaires, alors qu’ils avaient les raisons les plus légitimes de se congratuler, ils se sont livrés à un stupéfiant pugilat verbal : l’ex patron du Mossad Tamir Pardo a affirmé que sans les agents secrets israéliens qui ont dérobé le contenu « top secret » du patron de l’agence syrienne à l’énergie atomique, Ibrahim Otman, personne n’aurait jamais eu vent de l’existence de cette centrale et ce alors qu’il suffisait aux Renseignements militaires de bien quadriller l’est de la Syrie pour y découvrir une activité anormale. Ces critiques ont pris tellement d’ampleur que même l’actuel ministre de la Défense Avigdor Lieberman a affirmé qu’il regrettait, au bout du compte, d’avoir accepté de lever la censure militaire sur cette affaire. Il faut donc espérer que dans les pages d’histoire qui seront écrites autour de cette opération, le courage des pilotes, l’audace des agents secrets et le résultat final, sauront éclipser les querelles d’ego des dirigeants politiques et militaires israéliens. Ceci étant, ces révélations permettent tout de même de susciter quelques rapides réflexions : -La première est que le principal crédit de cette opération revient sans conteste à Ehoud Olmert. Ce même Olmert qui avait été totalement pris de court, un an auparavant, par la seconde guerre du Liban, a parfaitement géré ce très délicat dossier d’un nucléaire syrien qui aurait pu menacer l’existence même d’Israël. Olmert a pris le risque d’une telle opération en sachant que celle-ci avait 80 % de chances (ou de risques) d’aboutir à une confrontation directe entre la Syrie et Israël. Olmert a commis suffisamment d’erreurs d’appréciation, et sa conduite a suffisamment été condamnable pour que lorsqu’il a agi comme il le fallait, nous n’ayons pas la moindre hésitation à lui rendre hommage. -La seconde réflexion, est que face à des défis existentiels, Israël doit toujours savoir qu’il ne pourra compter que sur lui-même. En effet, lorsqu’Olmert a révélé à George Bush l’existence d’une centrale nucléaire en Syrie, il pensait que ce dernier n’hésiterait pas à la détruire lui-même. Mais Bush empêtré dans ses problèmes en Irak n’a pas donné suite, laissant Olmert seul face à une décision capitale.
– La troisième réflexion est que si Israël n’avait pas agi, Daech ou Al Qaïda seraient peut-être aujourd’hui en possession de l’arme nucléaire et que celle-ci serait pointée en direction du territoire israélien avec toutes les conséquences que cela pourrait impliquer. – Enfin dernière précision : à ceux qui se demandent encore pourquoi la Censure militaire a-t-elle été levée précisément jeudi dernier à 5 heures du matin, une réponse claire comme de l’eau de roche : cela n’a rien à voir avec la conjoncture régionale actuelle, ou très peu. La véritable raison, c’est que le jour même, l’autobiographie de l’ancien Premier ministre sortait en librairie et que celle-ci relatait, avec l’aval de la Défense Nationale, l’opération israélienne dans ses moindres détails…

Daniel Haïk

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