8 Iyyar 5778‎ | 23 avril 2018

Pessa’h : la centralité du récit dans le Temps

Nous voici enfin à la soirée du séder de Pessa’h. Autour de cette table splendidement dressée, toute la famille est réunie. Cette table est un meuble magique qui nous permet (enfin) de nous regarder les uns et les autres et où tout le monde est traité de la même manière. Ces sentiments d’égalité et de fraternité qui se dégagent autour de la Table du Séder vont nous permettre de célébrer la Liberté de notre peuple et sa Sortie de l’Esclavage. Une table comme celle-là ne se refuse pas. Au contraire : elle nous attire. Elle nous interpelle. Elle nous subjugue. Parmi les nombreuses Mitsvot que nous accomplirons ce vendredi soir, la lecture de la Haggada est la plus centrale. Elle va nous occuper durant toute la soirée pascale et accaparera toute notre attention. Et surtout, elle concernera la famille au complet. La Torah nous prescrit cette Mitsva par l’expression « Véhigadta lébinkha bayom hahou (tu raconteras à ton enfants ce jour là…) ». On découvre le principe du récit. La Haggada ira jusqu’à nous enjoindre de nous considérer comme étant sortis d’Egypte nous-mêmes. On insiste par ailleurs sur le Zman (temps) dans la prière des fêtes. Nos maîtres expliquent que l’expérience est attachée au temps « dans » lequel elle se déroule. Elle n’aurait pas pu avoir lieu à un autre moment, et ce moment n’aurait pas pu être différent. En d’autres termes, vivre un événement n’est possible que lorsque tous les paramètres sont réunis. Le récit est permet de revivre un épisode appartenant au passé. Ce récit possède cependant une autre vertu. Il a la capacité d’émerveiller. Qui n’a pas au moins une fois eu le plaisir de captiver un auditoire accroché aux mots qui révèlent lentement le dénouement attendu ? Quand, en plus, ceux qui vous écoutent sont des enfants… Les enfants adorent les histoires. Sont-ils plus curieux que les adultes ? Mon père zatsakal aimait rappeler que les enfants posent de questions en attendant des réponses. En grandissant, on a toujours autant d’interrogations, mais l’adulte se lasse de ne pas avoir de réponse. Ne pas recevoir de réponse peut signifier soit qu’il n’y en a pas, soit que mon interlocuteur ne m’accorde pas assez d’attention. Voilà peut-être une seconde différence entre l’enfant et l’adulte. Le curieux est en attente et le blasé un peu déçu.Et voilà que le temps d’une soirée, nous sommes invités à questionner, et obligés de répondre. Le revendicateur est roi et nous sommes ses sujets. Priorité à la question, réponse obligatoire. Il y aura d’un côté celui ou celle qui désire à tout prix comprendre et vivre pleinement l’événement, et celui qui sera tenu de partager ce qu’il aurait peut-être gardé pour lui.Ce moment si particulier de l’année est celui pendant lequel tout le monde a le droit à de l’attention. Chacun est important. On aura tous le double privilège de parler en étant écouté, et d’écouter ceux qui nous font la gentillesse de s’adresser à nous. Un véritable bonheur quoi !
Profitons de cette soirée magnifique pour accorder l’attention et l’importance à ceux qui les valent bien, c’est-à-dire à l’ensemble de nos prochains. Soyons les parents dignes et les enfants nobles libérés dans ce « Zman ». Peut-on rêver d’une plus belle délivrance ?

Rav Yaacov Sitruk

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