9 Av 5778‎ | 21 juillet 2018

Quelques exemples d’Haggadot historiques

La Haggada de Pessa’h date de l’époque de la Michna, soit d’il y a environ deux millénaires, mais on ignore la date exacte de sa compilation. Au fil des générations, la Haggada a donné lieu à une vaste panoplie de publications tantôt illustrées, tantôt traduites et/ou commentées. Avraham Yaari (1899-1966) aurait dénombré, depuis le début de l’impression jusqu’en 1960, 2717 ouvrages différents d’Haggadot de Pessa’h. Et, plus tard, l’institut israélien de bibliographie en aurait recensé, pour la même période, 4730 ! La version la plus ancienne de la Haggada, telle que nous l’avons aujourd’hui, figure dans le livre de prières de Rabbi Saadia Hagaon (10ème siècle) avec pour seule différence qu’elle ne contient pas de chants liturgiques qui, eux, ont été ajoutés au Moyen-Age. Haguesher vous propose un petit tour d’horizon de certaines Haggadot historiques. – Des fragments d’une Haggada de Pessa’h datant d’il y a 900 ans ont été découverts dans la Guéniza du Caire et ont été exposés, il y a quelques années, à la bibliothèque nationale d’Israël à Jérusalem. Cette Haggada, écrite à la main sur du parchemin, date du 12ème siècle. -La « Haggada de Sarajevo » serait, selon les historiens, un cadeau de mariage d’un jeune couple juif de Barcelone, datant du 14ème siècle. Lors de l’Expulsion des Juifs d’Espagne, un réfugié emporte le livre en Italie. Plus tard, un Rabbin transfère cet ouvrage en Bosnie et l’un de ses descendants, Joseph Kohen, la vend au musée national en 1894. Pendant la Seconde Guerre Mondiale, le précieux manuscrit juif aurait été caché dans la grande Mosquée de Sarajevo et, une fois les nazis chassés, la Haggada rejoint le musée national. En 1992, au début du siège de Sarajevo, les forces serbes bombardent le musée national et d’innombrables trésors sont à jamais perdus mais certains, comme cette Haggada, sont sauvés. Elle passe cette guerre dans le coffre d’une banque et en 2002, le musée national l’accueille dans un écrin de verre. – Une autre Haggada exclusive date de 1794. Sa particularité provient du fait qu’elle est la première Haggada ‘hassidique à avoir été imprimée. Après avoir formé leurs communautés et imprimé leurs livres de prières, les ‘Hassidim se préoccupèrent d’avoir leur propre Haggada. Intitulée « ‘Helkat Binyamin », elle fut publiée par l’élève du Maguid de Mézéritch et eut l’approbation du Rabbi Lévy Its’hak de Berditchev. -La « Haggada de Bordeaux », parue en 1813, est la première qui fut produite en France au19ème siècle et qui fut manuscrite, enluminée et accompagnée d’une traduction en ancien français. Elle fut écrite par Isaac Soreph et illustrée par son frère Jacob, à l’occasion du mariage de leur neveu et fils Isaac Sorpeh (1793-1861) avec Léa Lévy Alvarés.
– Lors de la Première Guerre Mondiale, plus d’un million de Juifs faisaient partie des armées d’Angleterre, de France, d’Allemagne, de l’Empire Austro-hongrois, de Russie et des Etats-Unis. Les Juifs étaient présents dans un camp comme dans l’autre et avaient tous leur propre Haggada de Pessa’h. Ainsi, « la Haggada de la guerre » qui avait été publiée pour les soldats des armées allemande et austro-hongroise, contenait le texte hébraïque et la traduction allemande ainsi que les portraits de l’Empereur autrichien François-Joseph et de l’Empereur allemand Guillaume II. Quant aux soldats Juifs qui combattaient sur le front opposé, ils étaient équipés de « la prière du soir du Séder » qui avait été imprimée à Calcutta, en Inde. – Des Haggadot illustrées spécialement conçues pour les enfants. Si de nos jours, les merveilleuses Haggadot illustrées et colorées ne manquent pas, elles ne sont tout de même pas le fruit de l’invention moderne. Une première Haggada pour enfants, intitulée « Haggadah Létinokot chel Beth Rabban », aurait été imprimée en 1865, à Salonique, se trouvant à cette époque sous l’Empire Ottoman. Une autre Haggada intéressante coloréeavec images amovibles a été imprimée en 1936 à Berlin.- L’histoire qui se cache derrière la Haggada de celui qui fut nommé « Le Dreyfus portugais ». Cette Haggada, parue en 1928 au Portugal, fut intitulée « la Haggada des descendants des Marranes ». Elle fut publiée par Avraham Israël Ben-Roch (1887-1961). Ce dernier était un officier de l’armée portugaise, un héros de la révolution de 1910 et de la Première Guerre Mondiale. Dans sa jeunesse, il a découvert ses origines juives et s’attacha progressivement à la pratique du judaïsme. Il fonda une communauté à Porto et devint le chef de file des descendants des Marranes. Il fut poursuivi en justice pour une accusation qui avait été montée de toutes pièces contre lui, et il fut également rejeté de l’armée pour des motifs antisémites. Ce n’est que depuis quelques années que son innocence a été officiellement reconnue et que son titre de héros lui fut à nouveau réattribué ! – Parfois, la Haggada historique ne tire pas sa particularité du lieu et/ou de la date de son impression, de son fond ou de sa forme mais ce qui la rend unique, c’est l’identité de son propriétaire. Ainsi, deux Haggadot datant de 1914 ont acquis leur célébrité du fait qu’elles ont appartenu à des grands maîtres de la ‘Hassidout ayant tous deux péri durant la Shoah, l’une appartenait au Rabbi Avraham Dantziger, Admour des ‘Hassidim d’Alexander à Lodz, et la seconde au Admour Rabbi Israël Shapira de Grodinsky.

Yokheved Levy