11 Tishri 5779‎ | 20 septembre 2018

La grande synagogue de Lyon résiste au crépuscule du « franco-judaïsme »

L’intronisation d’un séfer Torah sera célébré le 18 mars prochain dans l’enceinte de la grande synagogue de Lyon. Le président Marcel Dreyfuss espère réunir plus de cent cinquante personnes. Mais le déclin de cette grande communauté de rite ashkénaze est pour partie enrayé grâce au dynamisme du rav Nissim Malka.

La grande synagogue de Lyon, quai Tilsitt, a été bâtie de 1863 à 1864. Restaurée trois fois depuis dix ans (pour un montant d’un million cinq cent mille euros, octroyés par l’Etat – au titre des monuments historiques – et par les fidèles), elle est aussi splendide qu’à l’âge d’or consistorial aujourd’hui passé de mode. Elle accueille toujours les principales cérémonies communautaires à l’échelle de la métropole, comme celle du Yom Hashoah. Elle reste aussi le lieu de culte préféré de nos coreligionnaires lyonnais pour leur mariage. Cela dit, le nombre de participants aux offices est en baisse avec, le Chabbat matin, soixante-dix à quatre-vingts habitués (dont dix ou douze seulement ont moins de quarante ans) pour six cent cinquante places assises. « Nous avons tout de même six cents cotisants et serons cent cinquante à deux cents le 18 mars, pour l’inauguration du séfer Torah de Maurice Lebeau, fidèle et donateur du quai Tilsitt depuis un demi-siècle, indique le président de la synagogue, Marcel Dreyfuss. Cet homme de quatre-vingt-quinze ans entend ainsi honorer la mémoire des nombreux membres de sa famille, les Lebowitz, qui ont péri en déportation. Lebeau est évidemment un nom transformé… » Le grand rabbin régional, le rav Richard Wertenschlag, sera là, ainsi que le rav Moché Lewin, conseiller du grand rabbin Haïm Korsia : il le représentera à la cérémonie. Marcel Dreyfuss insiste sur le renouveau relatif de la vie cultuelle dans cette vaste salle de prière peu adaptée aux changements sociologiques en cours à Lyon comme ailleurs en France. « Il y a douze synagogues consistoriales dans l’agglomération et une vingtaine d’oratoires, notamment à Villeurbanne. L’émiettement est exponentiel, souligne notre interlocuteur. Et pourtant, nous résistons. Seule communauté de la ville de rite ashkénaze (alsacien ou plutôt rhénan avec quelques minhaguim polonais), nous bénéficions du dynamisme de notre nouveau et jeune rabbin, nommé en 2015 : le rav Nissim Malka, dont les origines séfarades ne l’empêchent nullement de se conformer à nos traditions ». Fils du rav Meyer Malka de Caen, il propose un panel d’activités nouvelles stimulantes : des cours de michna et de guemara, un « talmud Torah pour adultes » dédié à l’initiation au kodech pour les moins érudits… Il a organisé pas moins de quatre lectures de la méguila à Pourim et emmené quarante fidèles, début mars, à Budapest sur les traces des choules hongroises du passé et de tombes de tsadikim. Le résultat est tangible puisque le kahal du Chabbat matin était composé tout au plus de cinquante personnes il y a quelques années contre soixante-dix, on l’a dit, et parfois davantage ces derniers mois. Un effort d’autant plus méritoire que la démographie juive n’augmente guère dans ce quartier pourtant central de la presqu’île. Les très pratiquants se regroupent à Villeurbanne et les fortunés sur les hauteurs aérées du Mont d’Or ou dans le 6e arrondissement, huppé et doté du Beth ‘Habad performant du rav Mena’hem Mendel Nemanov.
Axel Gantz