15 Adar II 5779‎ | 22 mars 2019

Beth Loubavitch : cinquante années de réussite… exponentielle !

 

Soirée de gala géante le 13 février pour le jubilé du mouvement Habad français, fondé par le rav Shmuel Azimov zatsal. Récit et retour sur une aventure spirituelle hors norme, qui a réveillé la nechama de milliers de Juifs et de la communauté tout entière.

 

C’était le 13 février : le Beth Loubavitch de Paris, compétent pour l’Ile-de-France mais qui dispose d’une influence morale à l’échelon national, célébrait son cinquantenaire lors d’un grand dîner de gala aux docks Pullman d’Aubervilliers. Plus de deux mille personnes se sont déplacées. Une affluence d’autant plus remarquable que chaque couple devait se délester de six cents euros pour réserver une table. Sans oublier les innombrables promesses de dons qui ont émaillé la soirée, au moins équivalentes à celles des années précédentes. Un généreux contributeur a octroyé deux cent mille euros au mouvement Habad et le rav Binyamin Mergui – de la synagogue de la place des Fêtes -, qui animait les festivités, a souvent entendu crier « quarante mille » ou « cinquante mille » euros. Beaucoup ont dédié leur don au chalia’h qui les accompagnait. Les convives étaient en effet répartis autour de leurs rabbanim respectifs. D’où l’atmosphère d’extrême chaleur familiale et d’a’hdout (unité) qui entourait les intervenants. Qui dit mieux au sein des organisations juives de ce pays ?

La quasi-totalité des responsables communautaires étaient présents. Il n’y a pas eu de discours-fleuves mais quelques allocutions comme celle du grand rabbin de la capitale, le rav Michel Gugenheim, qui s’est félicité de la collaboration fructueuse entre les Loubavitch et le Consistoire. Le mouvement pallie notamment le manque de cadres associatifs et chacun sait qu’au siège de la vieille dame de la rue Saint-Georges créée par Napoléon, le sang neuf, en matière de ressources humaines, provient essentiellement des ‘Habadnikim. Il faut compter également avec les chlou’him mandatés pour soutenir spirituellement, en Eretz, les milliers d’olim fraîchement débarqués de l’Hexagone.

Le jubilé a été marqué par la remise d’une dizaine de trophées imaginés spécialement pour l’occasion. Le porte-parole du Beth Loubavitch l’a même reçu indirectement, puisque Radio J a été récompensée : le rav ‘Haïm Nisenbaum en est l’un des piliers. Le trophée destiné au rav Alain Goldmann, ancien grand rabbin de Paris, a été attribué en son absence à son fils Ariel Goldmann, président du Fonds social juif unifié (FSJU), et son petit-fils Matthias, tous deux très émus.

Deux orchestres étaient mobilisés : ceux de Yossef Brami et de Ishaï Lapidot, le second venu d’Israël, tout comme le chanteur Yoni Zerbib.

Après les remerciements du leader du mouvement, le rav Mendy Azimov, heureux de s’adresser à une foule aussi dense, une série de clips vidéo ont rappelé au public quelques moments-clés de ces cinquante dernières années placées sous le signe du kirouv – depuis ce fameux 3 mai 1968 où le père du rav Mendy Azimov, le rav Shmuel Azimov zatsal, et sa mère Batia ont posé le pied à Paris en provenance de New York pour réveiller la nechama des Juifs français, avec la bénédiction du Rabbi. Les troubles estudiantins débutaient en fanfare et le fondateur du futur Beth Loubavitch s’est immédiatement tourné vers la jeunesse.

A l’époque, la casherout était presque inconnue dans l’Hexagone et l’idée de lancer des chiourim pour les nouvelles générations paraissait… révolutionnaire. Le chalia’h de Brooklyn s’y est attelé dans des proportions difficilement imaginables à l’heure actuelle. Sur un terrain vierge, le rav Azimov zatsal a planté infatigablement. Des centaines d’étudiants ou de trentenaires élevés dans des foyers ashkénazes assimilés, souvent communistes ou proches de l’extrême gauche, ont épousé la Torah. Une opération de séduction sans moyens particuliers : le rav recevait chez lui, dans le quartier de la République, et ne fréquentait guère la seule synagogue ‘Habad de la capitale, située alors (et toujours) 17, rue des Rosiers. Ses initiatives, multiples, avaient pour cadres des locaux de fortune ou lieux de prière déjà existants. Un joyeux désordre qui a duré longtemps puisque le Beth Loubavitch n’a disposé d’une choule et de bureaux rue Lamartine, dans le 9e arrondissement, qu’à dater de la fin des années 70.

Le premier Beth ‘Habad au sens où nous l’entendons aujourd’hui est né en 1978 : il fonctionne encore place des Fêtes. Ce secteur du 19e était en pleine rénovation urbaine et accueillait un grand nombre de familles juives originaires du Maghreb. On compte en 2018, quatre décennies plus tard, soixante-cinq choules ‘Habad en Ile-de-France et une dizaine en province – et deux cent cinquante chlou’him, au total, dans le pays ! Une croissance exponentielle, et à bien des égards spectaculaire depuis l’aube des années 90.

Avec le rav Azimov zatsal, les Juifs dont les mots d’ordre étaient la discrétion et l’oubli des références cultuelles ont découvert le bonheur de l’affirmation identitaire et la fierté d’accomplir les mitsvot.

Paradoxalement, le mouvement Loubavitch français n’a pas d’histoire. Contrairement aux institutions traditionnelles, il n’a pas été traversé par des conflits sérieux, scissions, avancées et reculs successifs. Car il ne gère rien directement, à l’exception des écoles pour filles et garçons Beth Hanna, respectivement installées dans les 19e et 20e arrondissements, avec deux mille élèves de sexe féminin et cinq cents de sexe masculin. La seconde est d’ailleurs trop petite et désormais inadaptée : elle devrait déménager non loin de la porte de Pantin dans un bâtiment moderne d’une capacité supérieure. Objectif à terme : au moins mille inscrits.

Les autres synagogues et groupes scolaires (Sinaï à Paris, Chné Or à Aubervilliers, Beth Rivkah à Yerres ou encore la yéchiva de Brunoy) sont indépendants. Par ailleurs, chez les Loubavitch, le kirouv précède les projets structurels. Le rav Nisenbaum insiste sur le fait qu’aucun Beth ‘Habad n’est créé s’il existe à proximité une synagogue, consistoriale ou non, à même de satisfaire les besoins des fidèles présents et à venir. C’est pourquoi le nombre de chlou’him excède largement celui des lieux de prière. C’est la méthode du rav Azimov zatsal qui se poursuit : on tisse des liens, on enseigne et on entretient la flamme spirituelle de chacun bien avant de construire. Le fils de notre interlocuteur, le rav Mena’hem Mendel Nisenbaum, s’est établi à Montigny-le-Bretonneux, une commune des Yvelines, il y a dix ans. Il a patiemment labouré le terrain et n’a ouvert son Beth Habad qu’en… 2015. Une prudence et une souplesse d’exécution qui évitent les jalousies et autres inimitiés caractérisant la vie associative quand elle est trop hiérarchisée ou institutionnalisée. Aux dires des chlou’him eux-mêmes, cela expliquerait cette ascension continue depuis un demi-siècle : chaque pas en avant prend une allure de croisière, quelles que soient les vicissitudes auxquelles notre communauté est confrontée au fil du temps.

Les exemples, qui sont autant d’étapes, abondent : les campagnes pour inciter chacun à mettre les tefilin qui ont commencé dès 1967, peu avant l’arrivée du rav Azimov zatsal en France ; les centres aérés pour jeunes « Gan Israël » depuis 1976 (six à l’époque, quarante-cinq aujourd’hui) et les séminaires d’été géants à la montagne depuis la même année ; les allumages publics de Hanoucca, en particulier celui du Champ de Mars, les parades et pique-niques de Lag Baomer (avec des milliers d’enfants) qui ont pris leur envol dans les années 90… Aucun de ces événements n’a connu de baisse de régime. Au contraire : ils n’ont fait que croître et embellir. Mazel tov !

 

Axel Gantz