15 Kislev 5781‎ | 1 décembre 2020

Aix a mis les petits plats dans les grands pour le rav Weingort

 

Le rav Daniel Dahan, grand rabbin de la cité provençale, était fier d’accueillir pour le Chabbat Michpatim un spécialiste en droit hébraïque, figure emblématique de la yéchiva de Montreux puis de son héritière, Ekhal Eliahou, située à Kokhav Yaakov.

 

Ce fut un Chabbat plein réussi et mémorable pour la communauté d’Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône), qui compte plusieurs centaines de familles. Le rav Daniel Dahan, grand rabbin de la ville depuis trois ans, a convié le rav Abraham Weingort à s’exprimer pour la première fois dans le cadre des activités régulières qu’il organise à la synagogue. Habituellement, elle rassemble environ deux cents fidèles le samedi matin. Ils étaient trois cents le 10 février et nombre d’entre eux ont participé à la séouda collective qui a suivi l’office.

« Le rav Weingort avait toute sa place ici pour ce Chabbat Michpatim, explique le rav Dahan à Haguesher, dans la mesure où Aix est par excellence la cité des juristes, avec une faculté réputée et la deuxième cour d’appel de France, par son importance, après celle de Paris. Or, notre invité est docteur en droit et anime toujours un séminaire de droit hébraïque à la Sorbonne, même s’il vit surtout en Israël où il s’est installé en 1981 ».

Cet érudit a longtemps enseigné à la yéchiva Etz Haïm de Montreux (Suisse) fondée par son grand-père, le rav Eliahou Botschko zatsal. Aujourd’hui, c’est une figure de la yéchiva Ekhal Eliahou située à Kokhav Yaakov, dans la périphérie de Jérusalem. Elle est l’héritière directe du prestigieux établissement de Montreux qui a fermé ses portes en 1985.

Thème des divré Torah et chiourim délivrés par le rav Weingort : « La fin justifie-t-elle les moyens ? » La réponse est clairement négative et cet homme discret, qui allie modestie, humanité et connaissance profonde de la Halakha, a souligné que l’accomplissement d’une mitsva ou le kirouv ne sauraient en aucun cas excuser quelque « chemin nébuleux » que ce soit. Il a fait l’éloge du derekh erets et de la rectitude morale en toutes circonstances.

Le public aixois, ravi ce jour-là, est avide de cours de kodech – les jeunes en particulier, comme un peu partout dans l’Hexagone.

C’est pourquoi le rav Dahan a créé début janvier un beth halimoud dans la choule, permettant d’étudier à des heures variées. Il accueille déjà temporairement des professeurs de Marseille ou Strasbourg et devrait booster le judaïsme local, plutôt stable démographiquement, avec des départs et des arrivées.

La communauté est dotée d’un mikvé, de deux magasins casher et d’une école de quatre-vingts élèves, du gan au primaire, dans un espace jouxtant le lieu de prière. Après l’âge de onze ans, les enfants fréquentent souvent les collèges et lycées juifs marseillais tout proches.

C’est le grand rabbin de France, Haïm Korsia, qui a prononcé la leçon inaugurale du beth halimoud, le 18 février.

Dans la journée, il s’est rendu avec les petits de l’école au Mémorial voisin de l’ancien camp d’internement des Milles. Il a planté un arbre parmi les soixante-dix prévus en l’honneur du futur Yom Haatsmaout et également du soixante-dixième anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme inspirée par René Cassin. Des élus et personnalités locales étaient présents. L’établissement scolaire a fêté en outre ses dix bougies.

Axel Gantz

 

Rav Abraham Weingort :

 

« L’apport spirituel des olim de France est encore impalpable »

 

L’invité de la communauté aixoise a profité de son séjour pour commenter à l’intention d’Haguesher les évolutions en cours du judaïsme francophone et… de l’orthodoxie.

 

Haguesher : Comment analysez-vous le parcours du judaïsme français ? L’érosion démographique due à l’alyah a-t-elle selon vous des conséquences négatives en termes de dynamique et d’élévation spirituelles ?
Rav Abraham Weingort :
J’habite Israël depuis des décennies et si je viens en France assez souvent pour enseigner, il m’est tout de même difficile de répondre. Je ne prétends pas à une vue d’ensemble. Je remarque néanmoins, à chacun de mes déplacements, une indéniable vivacité et une vraie soif d’apprendre. Lorsque je me trouve en région parisienne, je suis hébergé par la communauté Etz Haïm de Saint-Maur animée par le rav Adam Ouaknin. Quelle énergie ! J’ai rencontré également beaucoup de vigueur ici, à Aix-en-Provence, et il y a quelques jours à la Yéchiva des étudiants de Marseille dirigée par le rav Yoël Benhamou. L’attention était tout aussi forte et le public nombreux quand j’ai été convié au débotté (ce n’était pas prévu) à la séouda chlichit collective du kahal séfarade de la grande synagogue de Strasbourg, en janvier. J’étais en visite privée dans la ville, où réside ma fille, et je me suis laissé convaincre… Je ne le regrette pas.

 

– L’émiettement des offices et la multiplication des petites communautés indépendantes au détriment des synagogues consistoriales sont-ils des handicaps ou des atouts ?
– C’est une réalité incontournable et naturelle. Le temps des choules de taille imposante, sur le modèle franco-allemand d’avant-guerre, est révolu. A la Victoire comme dans les vastes lieux de culte provinciaux, la foule ne se presse qu’à Kippour ! Les Juifs d’aujourd’hui veulent prier et se réunir dans une atmosphère qu’on qualifie en yiddish de « heïmish » ou familiale.

 

– Vous êtes à la fois un érudit en matière de kodech et un universitaire. L’école de pensée juive française, celle d’Emmanuel Levinas zal, d’André Neher zal ou de Léon Ashkenazi zal, dit Manitou, pourrait-elle renaître ou cette effervescence intellectuelle est-elle définitivement enterrée ?

– Elle correspondait à un moment précis de la vie juive de ce pays. Après la Shoah, il fallait absolument démontrer qu’Amalek n’avait pas vaincu, il fallait un sursaut… C’est ce qui explique, à mon sens, cette effervescence globale qui en effet appartient à l’Histoire. J’ajoute que la communauté française a le sentiment que les choses, désormais, se passent en Israël et beaucoup moins dans l’Hexagone. C’est pourquoi je ne crois guère à une telle renaissance intellectuelle, si ce n’est à l’échelon local, là où enseigne un rav discret mais exceptionnel. Ce genre d’endroit existe encore, j’en suis sûr. Cela dit, je serais heureux qu’une figure de l’envergure d’Emmanuel Levinas zal émerge de nos jours à Paris.

 

– Quel est l’apport spirituel de l’alyah française de ces cinq dernières années ?

– Il est trop tôt pour le dire car nous faisons face à des difficultés d’intégration non résolues. Ce n’est pas un phénomène nouveau, d’ailleurs, puisque Manitou lui-même a eu un mal fou à s’insérer dans le paysage israélien. Nous tentons de divulguer sa pensée et son œuvre, aujourd’hui encore, mais c’est une tâche ardue. Quant aux arrivants de cette décennie 2010, ils se divisent en deux groupes, me semble-t-il : les plus nombreux restent dans leur coquille et vous savez que les chiourim en français pullulent à Jérusalem, Ashdod ou Netanya. Ces olim n’étudient pas dans un contexte israélien et donc leur apport est… invisible. Les autres veulent s’intégrer à tout prix et sont plus royalistes que le roi : ils oublient leur culture française et ne souhaitent plus, hélas, en entendre parler. Leur objectif est l’assimilation. Ces démarches extrêmes et opposées ne sont pas encourageantes pour le moment. Mais je crois que c’est une question de temps. L’apport que vous évoquez sera palpable un jour.

 

– Les orthodoxes israéliens donnent à certains le sentiment de se radicaliser en raison de tels ou tels propos attribués à des rabbanim. Qu’en pensez-vous ?

– Les médias montent en épingle des phrases parfois malheureuses mais rarissimes, ou sorties de leur contexte – ou encore désavouées par la suite, l’auteur des propos incriminés n’hésitant pas à s’excuser. La vérité est que l’immense majorité (silencieuse) du monde ‘harédi a des réflexes raisonnables et des idées parfaitement respectables. Ce qui attise les passions est plutôt le poids démographique de cette communauté, bien plus important qu’à l’époque où j’ai réalisé mon alyah, au début des années 80. Du coup, les orthodoxes pèsent davantage politiquement. Que cela plaise ou non, il est normal qu’ils aient eux aussi leur mot à dire.

 

– Comment cette communauté peut-elle évoluer, à votre avis ?

– Dans les yéchivot hesder comme celle d’Ekhal Eliahou où j’enseigne, qui conjuguent enrôlement militaire et étude de la Torah, on planche forcément sur les écrits et paroles des guedolim de l’univers ‘harédi. Mais l’inverse n’est pas vrai. Cela va changer, ce « sens unique » ne saurait durer éternellement. Je constate que le rav Avraham Its’hak Kook zatsal lui-même, totalement ostracisé il y a trente ans, est cité ici ou là par des rabbanim de Méa Shearim. Un mouvement timide mais réel. On ne peut ignorer si longtemps une telle puissance de pensée ! Souvenez-vous que le Rambam était jugé trop « moderne » par ses contemporains. On connaît la suite. Bref, je suis convaincu que des échanges fructueux entre orthodoxes et héritiers du courant mizra’hi sont possibles, à terme, et même probables.

 

Propos recueillis par Axel Gantz

 

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