9 Iyyar 5778‎ | 24 avril 2018

Un entretien avec le géo-stratège israélien Manfred Gesternfeld

 « Israël et les Juifs d’Europe font désormais face à de nouveaux défis ! »

 

Haguesher a demandé à Manfred Gesternfeld, expert des relations Israël-Europe et de l’antisionisme, d’analyser la montée actuelle des extrémismes et de l’antisémitisme en Europe, doublée de la démonisation permanente d’Israël.

 

-Haguesher : L’une des données les plus préoccupantes de la situation en Europe est selon vous la « démonisation d’Israël », le lynchage permanent de l’Etat juif sur la place publique…

 

-Manfred Gesternfeld : Effectivement, c’est un problème central pour le Vieux-Continent. Les sondages effectués ces dernières années dans neuf pays européens ont montré qu’une partie significative de leurs populations (38 % en moyenne) estimait qu’Israël « traite les Palestiniens de la même manière que les nazis avaient traité les Juifs » sous le IIIe Reich et que l’Etat juif « mène une guerre d’extermination » contre les Palestiniens – un chiffre qui atteint 63% en Pologne et 41% en Allemagne ! Ce qui atteste de l’ampleur de « l’Israël bashing » diffusé par les médias dominants et certains faiseurs d’opinion ayant des buts précis à atteindre en ciblant Israël et les Juifs…

 

-Alors que l’antisémitisme s’étend dans nombre de pays européens, l’establishment fait tout pour amoindrir le rôle central joué par les Musulmans dans les agressions et la haine contre les Juifs et Israël. Cet aveuglement volontaire qui évite le constat du réel ne risque-t-il pas en fait d’empirer les choses ? 

 

-Tout à fait ! La plupart des études faites en Europe montrent que le niveau d’antisémitisme chez les immigrants musulmans et leurs descendants dépasse celui des populations autochtones qui plafonne en moyenne à près de 4 %. Ainsi, il a été établi qu’au Royaume-Uni, 34,7 % des Musulmans sont très hostiles à Israël pour seulement 9 % du reste des Britanniques. De surcroît, les derniers sondages effectués auprès des migrants arrivés en Allemagne d’Irak et de Syrie attestent eux aussi d’un grand décalage entre la population locale et les nouveaux venus. Cerise sur le gâteau : la plupart des gouvernements européens ont pris ces dernières années de sévères mesures anti-israéliennes qui sont en fait de pures décisions antisémites !

 

-La situation en Allemagne vous inquiète tout particulièrement…

 

-Il faut dire que la situation dans la société allemande ne cesse de se dégrader depuis deux ans en raison de l’attitude irresponsable de la Chancelière Merkel en matière d’immigration des réfugiés. Résultats : aux élections de septembre 2017, son parti démocrate-chrétien et le parti social-démocrate ont chuté à leur plus bas niveau depuis 1949, pendant que l’AfD – une formation nationaliste anti-Islam – devenait le 3e parti allemand. Ce qui ne peut qu’inquiéter Israël et les Juifs…

Ceci dit, on a aussi assisté à une explosion d’antisémitisme au sein même du parti travailliste britannique dont le leader, Jeremy Corbyn, un antisémite notoire considérant le Hamas et le Hezbollah comme ses amis, pourrait fort bien remporter les prochaines élections qui verraient la chute de Teresa May, du parti conservateur, en raison des difficultés du Brexit. A noter aussi qu’en Suède, le poids et l’influence grandissante de l’immigration musulmane a beaucoup boosté les agressions antisémites, comme on vient de le voir à Gothenburg, 2e ville du pays avec la récente agression contre la synagogue et surtout à Malmö, la 3e cité suédoise, devenue la capitale de l’antisémitisme européen !

 

-N’est-ce pas aussi le terrorisme musulman qui frappe aussi bien en France, en Espagne, en Allemagne et en Angleterre qui fait le lit des partis d’extrême-droite ?

 

-Alors que tous les Juifs tués en Europe depuis l’an 2000 pour des raisons idéologiques ont été assassinés par des Musulmans, le terrorisme ravageur de ces islamistes radicaux a effectivement beaucoup accéléré la montée des partis ultra-nationalistes. Comme certains d’entre eux désirent ardemment participer aux nouvelles coalitions gouvernementales qui se forment dans leurs pays, ils dissimulent souvent leur profond antisémitisme pour composer avec les autres formations : ce à quoi on vient d’assister en décembre dernier en Autriche avec l’entrée du parti d’extrême droite FPÖ dans le cabinet !

 

-Quelles conclusions devraient tirer de cette situation Israël et le leadership juif européen ?

 

-Je crois que ce constat constitue en fait un outil – à compléter – qui devrait pousser l’Etat hébreu et les organisations juives de d’Europe occidentale à définir ensemble des objectifs communs pour faire face, avec des réponses adéquates à cette nouvelle situation. D’autant que sur ce continent où les nazis eurent tant de collaborateurs dans les pays qu’ils occupèrent et où ils massacrèrent les Juifs, c’est le plein droit de l’Etat d’Israël que de leur demander des comptes sur l’attitude souvent hostile et ambiguë à son égard de leurs gouvernements actuels !

Propos recueillis par Richard Darmon

 

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