10 Kislev 5781‎ | 26 novembre 2020

Rav Wertenschlag : « Même aux pires moments, nos aïeux respectaient les Mitsvot »

Le grand rabbin de Lyon et de sa région explique à Haguesher l’importance qu’il attache à l’affaire des corps inhumés sous l’ancien Hôtel Dieu.

 

Haguesher : Comment avez-vous vécu cette aventure, à titre personnel ?
Rav Richard Wertenschlag :
Avec beaucoup d’émotion, parce qu’elle témoigne de l’importance de la communauté juive lyonnaise, de sa longue histoire et surtout du fait que nos aïeux, même aux pires moments, ont tenu dans cette ville à respecter les Mitsvot. Au 18ème siècle, ils étaient inhumés de nuit, presque secrètement, leur existence légale n’était pas reconnue et pourtant, les enterrements étaient conformes à la Halakha. Cela nécessitait une organisation remarquable. Je voudrais d’ailleurs rendre hommage au grand rabbin Josy Eisenberg zal à ce sujet en particulier. Il a consacré, il y a quelques années, une série d’émissions au destin du judaïsme dans notre région. L’universitaire Francine Kaufmann, experte en langue et civilisation hébraïques, s’est déplacée alors et a réalisé un reportage où les cimetières israélites clandestins de l’Hôtel Dieu étaient mis en exergue. Cela a renforcé ma détermination lorsque j’ai appris, en 2015, que le chantier lancé par la mairie risquait de mettre en péril le repos éternel des corps inhumés à cet endroit.

 

– Les deux fosses n’ont pas connu le même sort au cours des dernières années…
– En effet. La première était menacée par les excavations nécessaires aux travaux. Nous avons récupéré méticuleusement les ossements de dix Juifs enterrés ici dans les années 1700, en veillant à reconstituer au maximum le squelette de chacun. Je vous laisse imaginer la complexité de l’entreprise ! Puis, nous avons exhumé les corps et les avons réenterrés au cimetière juif de La Boisse, lors de trois cérémonies successives qui se sont déroulées discrètement, sans médiatisation, mais en présence d’un minyan. Le processus était parfaitement casher, sous la surveillance de notre dayan, le rav Yehia Teboul. Quant à la seconde fosse, mise à jour sous l’ancien hôpital, elle n’a pas été endommagée par le chantier. Nous l’avons conservée, avec quelques aménagements garantissant une séparation totale entre la quarantaine de sépultures et les entrepôts commerciaux, situés désormais au-dessus.

 

– Quel rôle la stèle mémorielle, bientôt inaugurée devant les bâtiments neufs remplaçant l’Hôtel Dieu, devrait-elle jouer dans votre esprit ?

– Le rôle d’une piqûre de rappel constante sur la difficulté d’être juif dans ce pays avant la Révolution (à cette époque, la communauté lyonnaise a pu enfin acquérir de plein droit, le terrain qui allait devenir le cimetière israélite de la Mouche), et sur notre volonté pluriséculaire de rester ce que nous sommes en dépit des obstacles.

 

Propos recueillis par Axel Gantz