17 Tishri 5779‎ | 26 septembre 2018

Le Hamas a fêté son 30e anniversaire

Hamas Chief Ismail Haniyeh (2nd R) attends a rally marking the 30th anniversary of Hamas' founding, in Gaza City December 14, 2017. REUTERS/Mohammed Salem - RC17C6C8A1E0

Alors que la tension ne cesse de monter au sud d’Israël suite à la reprise de tirs sporadiques de missiles depuis Gaza dans le sillage de la « déclaration Trump », le Hamas – pourtant en perte de vitesse – a pu réunir 100 000 Palestiniens pour célébrer les 30 ans de sa création.

 

Des centaines d’autobus venus de toute la Bande de Gaza ont permis, le 14 décembre dernier, de rassembler sur la grande esplanade du Square Ak-Katiba à Gaza-City une importante foule d’hommes, de femmes et d’enfants de tous âges, agitant de nombreux drapeaux verts du Hamas venus célébrer le 30ième anniversaire du mouvement islamiste intégriste. Mais à l’heure où le processus de réconciliation avec le Fatah, initié par l’Egypte, marque le pas, ce rassemblement – malgré son relatif succès – n’a pu occulter la crise politico-économique dans laquelle se trouve aujourd’hui le Hamas, en charge du gouvernement de l’enclave palestinienne depuis presque 11 ans suite à son coup de force contre son rival du Fatah, en 2006.

Pas étonnant donc, que les chefs du Hamas s’en soient pris, dans leurs discours, au blocus frontalier imposé par Israël et l’Egypte, aux tentatives de Mahmoud Abbas, le président de l’AP installé à Ramallah, de leur imposer ses volontés, et au manque flagrant de soutien des pays islamiques. Le tout sur fond d’incessantes coupures d’électricité à Gaza et d’un taux de chômage atteignant les 43%.

 

Comment le Hamas fut fondé en 1987

 

Rappelons que, lorsque « l’Intifada des pierres » a fait irruption à Gaza en décembre 1987, les disciples du Sheikh Ahmed Yassine lui demandèrent de participer à cette révolte, en adoptant une « ligne dure » opposée à celle de l’OLP-Tunis. Or, persuadé qu’une confrontation directe avec Israël serait dangereuse, Yassine refusa au départ d’appeler à des actions armées, qu’il proscrit même à ses partisans…

Mais à mesure que le soulèvement palestinien s’étendait à Gaza et en Judée-Samarie, il changea complètement d’avis et fit circuler un tract signé par une faction inconnue jusque-là – le « Mouvement de Résistance islamique » –, appelant à participer aux rassemblements violents. Puis, le déclic qui poussa juste après Yassine à créer le Hamas, fut la création par l’OLP du « Commandement unifié de l’Intifada » dans lequel Yassine vit une manœuvre d’Arafat pour contrôler le soulèvement.

Aussitôt, les membres gazaouis des Frères musulmans rejoignirent le Hamas pour le noyauter et l’absorber, transformant, dès janvier 1988, cette nouvelle organisation en un acteur primordial et radical de l’Intifada. Lequel s’attaqua directement aux soldats de Tsahal avec des armes à feu ou par des attentats-suicides, et incendia des champs et des commerces appartenant à des Israéliens dans la Bande de Gaza. Puis l’été suivant, réussissant à mobiliser de plus en plus massivement la rue palestinienne, le Hamas étendit ses activités en Judée-Samarie.

 

Les menaces actuelles du Hamas cachent mal son désarroi

 

Fait illustrant les difficultés actuelles du Hamas après les trois guerres successives qu’il a dû mener à ses dépens contre Israël en 2008, 2012 et 2014 : ses chefs restent en complet désaccord avec ceux du Fatah sur ce qui adviendra des forces armées du Hamas, avec leurs 25 000 hommes fort bien équipés et leurs milliers de roquettes. « Les armes de la Résistance constituent une « ligne rouge » et ne sont l’objet d’une quelconque négociation, vient de déclarer Khalil al-Hayya, le bras droit de Yahya Sinwar, l’homme fort du Hamas à Gaza. On déplacera donc ces armes en Cisjordanie pour combattre l’occupation jusqu’à ce qu’elle s’achève ».

Il reste que, malgré ses appels tout récents à une 3ième Intifada suite à la déclaration de Trump sur Jérusalem et en dépit des menaces précitées de transférer ses arsenaux – dont des milliers de missiles – en Judée-Samarie si les Egyptiens parviennent à lui imposer à Gaza un désarmement partiel comme l’exige l’AP, le Hamas, même actuellement soutenu et renforcé par l’Iran (qui l’a poussé à laisser tirer, depuis dix jours, une trentaine de roquettes sur le sud du Néguev), n’est pas du tout intéressé à déclencher une nouvelle guerre ouverte contre Israël. Du moins pour l’instant.

Richard Darmon