7 Tevet 5779‎ | 15 décembre 2018

Voilà 30 ans éclatait le premier soulèvement populaire palestinien, l’« Intifada des pierres »

**FILE** Young Palestinian men burn tires and throw rocks when clashing with Israeli army in the West Bank city of Ramallah, during the first intifada. March 28, 1997. Photo by Nati Shohat/Flash90 *** Local Caption *** ???????? ?????? ???????? ???? ??? ??? ???? ????? ???? ???????? ??? ????? ????? ??????? ?????? ?????? ???????? ????????? ??????? ???????? ???????? ????????? ??????? ???????? ??????? ???????? ??????? ???????? ???????? ????????? ???????? ????????? ???????? ????????? ???????? ??????? ???????? ??????? ????????? ???????? ??"? ??"?

Les troubles intervenus en Judée-Samarie après la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël par le président Trump, ont quelque peu occulté le 30ième anniversaire du début de l’Intifada des pierres : la première insurrection populaire palestinienne sur une large échelle qui devait durer près de six ans – du 9 décembre 1987 au 13 septembre 1993, date des premiers Accords d’Oslo.

 

Alors que les mois de septembre et octobre 1987 avaient été marqués par une recrudescence d’attaques terroristes meurtrières contre des soldats et des civils israéliens – suite auxquelles Tsahal avait riposté en multipliant les arrestations préventives dans les territoires palestiniens –, ce qui met vraiment le feu aux poudres de cette révolte, ce sont de fausses rumeurs diffusées par la radio de Gaza, selon lesquelles un conducteur de camion israélien aurait volontairement percuté, le 8 décembre, une voiture civile arabe, tuant 4 Palestiniens.

Le 9 décembre, commence alors dans le camp de réfugiés de Djébalya à Gaza, un soulèvement populaire, surtout mené par des jeunes, qui va s’étendre les jours suivants en Judée-Samarie et à Jérusalem-Est sous la forme d’une quasi-guérilla urbaine avec jets massifs de pierres, cocktails Molotov et de grenades, voire même avec des tirs à l’arme automatique contre Tsahal dans certaines manifestations très violentes – ce qui sera surtout le fait du Hamas, un nouveau mouvement (voir notre article) créé à Gaza, à la même période, par le Sheikh Ahmed Yassine pour supplanter le Fatah et l’OLP de Yasser Arafat (exilé à Tunis depuis 1982).

Comme c’était la 1ère fois, en 40 ans de conflit israélo arabe, que les Palestiniens étaient en guerre ouverte contre Israël, Tsahal et l’establishment politico-sécuritaire du pays (dont Itzhak Rabin, alors ministre de la Défense) ont été surpris par l’ampleur et la durée de cette révolte ; ils se sont donc retrouvés, du moins au début, sans stratégie cohérente. Mal préparée à riposter à cette sorte de guérilla urbaine débordante et tous azimuts, l’armée ripostera aux jets de pierres et de bouteilles incendiaires par des gaz lacrymogènes, des déploiements de chars, ainsi que par des tirs à balles en caoutchouc et, parfois aussi, des balles réelles.

En moins de six ans, plus d’un millier de Palestiniens et 160 Israéliens seront tués lors de ces affrontements, sans cesse radicalisés par le Hamas et le Djihad islamique. Hyper-couvert par les médias internationaux, qui mettent en scène – par des images tournées du côté israélien où l’on voit toujours les soldats de Tsahal de dos et les émeutiers de face –, la révolte du « David palestinien » contre le « Goliath israélien », ce soulèvement s’interrompra brièvement, en septembre 1993, avec la signature des Accords d’Oslo et la création de l’Autorité palestinienne (AP). Laquelle lancera, en septembre 2000, une 2ième révolte fort bien organisée et beaucoup plus meurtrière, l’Intifada Al Aqsa, marquée par des centaines d’attentats-suicides au cœur d’Israël et des tirs contre des soldats et des civils israéliens.

 

Un ensemble de causes et de facteurs

 

Parmi les diverses causes de ce soulèvement, répertoriées par les experts et les historiens : la libération galvanisante par Israël, au printemps 1985, de quelque 1 150 détenus palestiniens lors d’un échange de prisonniers très inégal ; la chute du prix du baril de pétrole de 27 dollars à 10 dollars qui a entraîné la suspension des aides financières à la « cause palestinienne », ainsi que des licenciements en masse de Palestiniens travaillant dans les pays du Golf et qui sont revenus chez eux sans travail ; l’incapacité parallèle d’Israël à créer des emplois en Judée-Samarie et Gaza, qui a obligé des dizaines de milliers de Palestinien à franchir tous les jours la « Ligne verte » pour aller se faire sous-employer dans les villes israéliennes ; mais aussi le désintérêt manifesté à leur égard par les participants à un grand sommet arabe tenu juste avant l’Intifada, ce qui aurait poussé leur désespoir à bout.

De plus, au plan politique, la direction de l’OLP en exil à Tunis fut accusée de ne pas prendre suffisamment en compte les besoins de la population locale – ce dont profitera le Hamas.

 

Une guerre de 30 ans qui se poursuit…

 

S’il est vrai que les Arabes palestiniens ont combattu l’Etat juif naissant de 1947-1948 en attaquant des quartiers juifs comme à Haïfa, Jérusalem et Safed, puis en remplissant, plus tard, les rangs des commandos de feddayin pour aller massacrer des civils juifs dans leurs villages agricoles lors des années 1950-70, les Palestiniens sont restés sur la touche pendant les trois grandes guerres israélo-arabes de 1956, 1967 et 1973. Or, tout cela a changé du tout au tout en décembre 1987, car ce sont les masses palestiniennes qui sont alors parties en guerre contre Israël.

Résultats : ces trois décennies de conflit ouvert – de surcroît aggravé par les Accords d’Oslo – ont toutefois permis aux Palestiniens de s’autonomiser avec un gouvernement levant des impôts, un parlement élu, des forces de sécurité et des tribunaux. Elles ont aussi poussé une majorité d’Israéliens à vouloir se séparer d’eux (comme en témoigne la barrière de sécurité), et ont amené au retrait unilatéral de Gaza, sous Sharon (ce que Olmert a proposé en Judée-Samarie à Abbas), ainsi qu’à l’acceptation par Nétanyaou du principe de la création d’un Etat palestinien entre le Jourdain et la Méditerranée.

Alors qu’Israël a appris peu à peu à contenir cette guerre chronique, le lâchage de la cause palestinienne par les pays arabes, en proie depuis 2011 à la vague islamiste, montre bien que la non-résolution de ce conflit n’est pas la « cause » des déséquilibres du Moyen-Orient, mais bien leur conséquence…

 

Une incessante guerre palestinienne contre Israël

 

En fait, la guerre palestinienne démarrée contre Israël en décembre 1987, n’a pas vraiment pris fin, comme certains le croient, avec la Conférence de Madrid de décembre 1991, ni avec les Accords d’Oslo de 1993. En effet, comme l’a expliqué l’analyste israélien Amotz Asa-El en retraçant les grands événements intervenus depuis fin 1987, « la 1ère et la 2ième Intifada, le sommet Barak-Arafat à Camp David en l’an 2000, la rencontre Sharon-Abbas de 2003 à Akaba, le retrait israélien de Gaza en 2005, le sommet Olmert-Abbas d’Annapolis en 2007, le discours « Bar-Ilan » de Nétanyaou en 2009 et les cycles d’embrasements décrétés par le Fatah et/ou le Hamas, ne sont pas seulement les épisodes d’une « guerre de 30 ans » qui a fauché en tout 10 000 vies et qui se poursuit ! Car le dénominateur commun à tous ces événements résulte du choix avéré du leadership palestinien pour la guerre contre Israël, dont le fondement est son refus mental de reconnaître la légitimité de l’Etat juif et la négation du fait que les Juifs constituent un peuple ». Ce que stipulent, noir sur blanc, les constitutions – prétendument « réformées » – de l’OLP comme du Hamas !

Richard Darmon