12 Kislev 5781‎ | 28 novembre 2020

A la barre, les mensonges de la mère des Merah

Zoulikha Aziri n’hésite pas à prendre le contrepied des témoignages concordants sur la radicalisation de son fils Abdelkader. Cette femme, décrite comme viscéralement antisémite, veut le sauver de la prison, mais sa version des faits ne convainc pas.

 

La mère de la fratrie Merah, Zoulikha Aziri, s’est livrée le 18 octobre à une défense acharnée de son fils Abdelkader, jugé aux assises spéciales de Paris pour complicité dans les crimes de son frère Mohamed.

En complète contradiction avec le dossier et les témoignages entendus jusqu’alors, elle a dépeint, à l’intention des magistrats, l’image idyllique d’un accusé « gentil à la maison » et pratiquant « un islam normal » – quand des proches ont décrit son extrême violence et son prosélytisme salafiste.

Sur son second mariage (en 2011) avec Mohamed Essid, père de Sabri Essid, parti combattre en Syrie dans les rangs de Daesh, elle a prétendu que « c’est Mohamed qui l’a voulu », alors qu’Abdelkader lui-même a reconnu l’avoir organisé.

Cette attitude, jugée insupportable, a attisé la colère des parties civiles et l’indignation du public. « C’est la mère d’un mort », a plaidé sans convaincre, l’avocat d’Abdelkader Merah, Eric Dupond-Moretti, provoquant en retour de vives protestations dans le prétoire. Zoulikha Aziri a quitté la salle sous les huées, escortée par des gendarmes.

Entre-temps, le député apparenté FN du Gard, Gilbert Collard, a lancé une polémique en se plaignant par écrit auprès du Premier ministre, Edouard Philippe, du « favoritisme » dont aurait bénéficié la mère du terroriste de Toulouse et Montauban. En effet, la mairie de Tremblay-en-France (Seine-Saint-Denis) a accordé ce qui ressemble à un passe-droit à Zoulikha Aziri, en lui attribuant un logement social en un temps record. Motif de la demande : se rapprocher d’Abdelkader, à l’époque en détention préventive à Villepinte, commune proche de Tremblay.

Par ailleurs, le témoignage de la compagne d’Abdelghani Merah, frère aîné de Mohamed qui a renié sa famille et milite depuis des années contre le djihadisme, a beaucoup impressionné. Selon Anne Chenevat, la complicité d’Abdelkader et Mohamed ne fait aucun doute. « Au début, a-t-elle confié, je les considérais comme mes petits frères. Ils me voyaient comme « la Française » mais m’aimaient bien quand même. C’est leur mère qui, la première, m’a traitée de « sale Juive » (elle a un grand-père juif – NDLR). Puis, ils sont devenus salafistes, leur sœur Souad aussi, et seul Abdelghani m’adressait la parole ». Le témoin a daté la « conversion » à l’islamisme d’Abdelkader du jour où il a asséné sept coups de couteau à Abdelghani lors d’une dispute. « Dans la cité, il a été qualifié de fou et s’est trouvé isolé », a-t-elle raconté.