9 Tammuz 5781‎ | 19 juin 2021

Deux miracles inédits de Yom Kippour

 

Le miracle de Hanna Hofman, Mannheim – Allemagne, septembre 1940.

La poignée de Juifs qui restaient encore dans cette ville allemande avait échappé au sort terrible subi par leurs frères, dans les prisons de la Gestapo ou dans les camps de concentration. Toutefois, tous n’avaient pas eu la chance, de trouver refuge chez des proches parents à l’étranger. De fait, cette communauté de Mannheim était désormais principalement composée de pauvres, de malades et de personnes âgées. Parmi eux, la famille de Jacob Hoffman qui avait une jeune fille muette, nommée Hanna.

La veille de Roch Hachana, les Hoffman avaient reçu une convocation au consulat américain de Berlin et ce, grâce à leur fils qui vivaient alors aux Etats- Unis. Cette convocation constituait pour ces Juifs l’unique planche de salut pour échapper aux griffes nazies car elle offrait la possibilité aux personnes concernées de quitter le vieux Continent pour la Terre de la Liberté qu’était New York. Cependant cet espoir n’était pas total puisque Hanna, vu son mutisme, n’avait aucune chance d’être acceptée par le consul. Et, sans elle, le couple Hoffman ne consentirait jamais à partir. Que de fois Hanna avait tenté, par ses grognements et gestes, de convaincre ses parents de quitter l’Allemagne mais, pour eux, il était impensable de se séparer de leur fille.

La peine de Hanna était immense… ses parents avaient une occasion en or pour sauver leur vie mais, à cause d’elle, ils allaient la rater… Que pouvait-elle faire si ce n’est de demander à Hachem de les aider ? Elle ne cessait de prier avec beaucoup de ferveur.

Roch Hachana passa… Tout au long des 10 jours de pénitence, l’ambiance était tendue et maussade chez les Hoffman. Chacun d’eux évitait le regard de l’autre comme s’il avait été coupable de ce qui leur arrivait. La convocation du consulat était posée sur la table mais ne servait qu’à amplifier leur détresse.

Yom Kippour arriva et la crainte des Juifs de Mannheim se lisait sur leurs visages. Les Nazis allaient-ils faire irruption dans leur synagogue ? Ces fidèles, et parmi eux Hanna, passèrent toute la nuit à prier et réciter des Psaumes dans l’espoir d’un miracle. Soudain, les sirènes d’alerte retentirent et peu après la ville fut bombardée. Les explosions assourdissantes ébranlèrent la petite synagogue dont les vitres se brisèrent. Hanna, elle était immobile, et tremblait de peur. On entendait des cris et la panique était totale face aux flammes qui déchiraient l’obscurité.

Peu à peu, les bombardiers s’éloignèrent et le calme revint permettant aux fidèles de se replonger dans leurs prières.

Soudain, lorsque la lumière fut rétablie… un cri traversa la synagogue : celui de Hanna. Le visage inondé de larmes, elle répétait : « Je peux parler ! Je peux parler ! » Il s’avère que le traumatisme causé par le bombardement avait libéré ses cordes vocales. Hanna pouvait enfin s’exprimer librement.

En cette journée de Kippour, les Juifs de Mannheim venaient d’être témoins d’un véritable miracle. Et inspirés par Hanna qui ne cessait de remercier le Tout Puissant pour son immense bienfait, ils prièrent ce jour-là avec une kavana sans précédent. Désormais Hanna, libérée de son handicap, allait pouvoir quitter le pays

Quatre semaines plus tard, la famille Hoffman, au complet, quitta Mannheim à destination du Portugal pour embarquer sur le bateau qui allait les conduire jusqu’aux Etats-Unis !

Yokheved Levy

 

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L’enfant sauvé grâce au Kol Nidré

L’histoire suivante s’est produire à Darmstatd en Allemagne et elle remonte au 19e Siècle, à l’époque où le Rav Tsvi Binyamin Auerbach était le guide spirituel de la ville.

Une terrible nouvelle frappa de plein fouet la communauté juive locale : un enfant juif avait été kidnappé par des membres d’un couvent. En dépit des supplications des parents, d’une part, et de l’intervention des responsables communautaires, d’autre part, les Chrétiens refusèrent catégoriquement de restituer l’enfant à ses parents. Ces derniers tentèrent d’obtenir gain de cause, en déposant plainte auprès des instances judiciaires. Cependant, la direction du couvent, stipula qu’il s’agissait d’une accusation mensongère et que l’enfant en question était chrétien de naissance… Pour le juge, l’affaire avait été classée… C’est ainsi que de longs mois passèrent sans que l’enfant ne puisse avoir le bonheur de regagner le cocon familial. Au couvent, tous les efforts étaient déployés pour lui faire oublier ses origines, sa religion et sa famille. On le gâtait et le comblait de tout ce dont un enfant de cet âge pouvait rêver afin que l’espoir de retourner vivre au sein de sa famille ne lui effleure point l’esprit.

Les parents, quant à eux, étaient loin de baisser les bras. Ils essayèrent à maintes reprises de faire appel devant la cour de justice pour protester contre le verdict. Au final, ils parvinrent à persuader un second juge, qui lui, manifestait un peu plus de sympathie à l’égard des Juifs, de réviser le dossier…

Après avoir entendu les plaidoyers des plaignants et de l’accusé, il s’adressa ainsi aux parents : « Pour savoir qui dit vrai je vous accorde une chance unique : je propose que vous puissiez voir l’enfant à condition que votre visite ne dure pas plus de cinq minutes !! Si pendant ce court laps de temps vous et/ou vos proches, réussissiez à ce que l’enfant exprime de son plein gré le désir de quitter le couvent, sa décision prouvera que vous êtes effectivement les véritables parents de cet enfant. Le cas échéant, l’enfant restera au couvent ».

Les parents quittèrent le tribunal bouleversés. Certes, ils avaient une lueur d’espoir qui se profilait à l’horizon mais comment allaient-ils parvenir à convaincre leur enfant de les suivre, après une période de séparation si longue ?? Ils savaient pertinemment que leur enfant avait subi un lavage de cerveau et qu’il était énormément gâté au couvent, comment pourraient-ils lui promettre de lui assurer un tel standing de vie ?  Allaient-ils réussir leur mission ?

Sans hésiter, ils se présentèrent chez le Rav de la ville, Rav Tsvi Binyamin Auerbach, pour lui demander conseil. Le Rav les réconforta et renforça leur foi en Hachem puis il leur annonça qu’il se joindrait à eux pour cette visite décisive.

Le jour J arriva et l’heure du rendez-vous sonna.

Le Rav Tsvi Binyamin Auerbach se para de son Kittel blanc, qu’il avait l’habitude de porter le jour de Kippour, se coiffa d’une Kippa blanche et s’enveloppa de son Talith.

Le Rav et les parents, le cœur battant, s’apprêtaient à pénétrer dans la pièce où ils allaient rencontrer l’enfant. L’instant était crucial.

On ouvrit la porte, l’enfant s’y trouvait là, assis… Son apparence extérieure était, en tout point, similaire à celle des enfants chrétiens. Le silence était total. Puis, les yeux fermés, le Rav entama la mélodie du Kol Nidré… Peu à peu le jeune garçon paru attiré par cet air et de plus en plus. Mais il ne restait plus que deux minutes. Le rav, lui, poursuivait la prière de Kol Nidré, « depuis le dernier Kippour jusqu’à celui-ci… ». A un moment, il remarqua qu’une larme coulait sur la joue de l’enfant. Les prières des parents s’intensifièrent. Soudain, moins d’une minute avant la fin du décompte, l’enfant bondit de sa place et se jeta dans les bras de ses parents en s’écriant : « Faites-moi sortir d’ici, je ne veux pas y rester un instant de plus… je veux venir avec vous à la synagogue, là où j’ai entendu cette prière qui m’a tant ému !! ». Voilà comment sans avoir recours à des discussions philosophiques, mais uniquement avec le souvenir gravé dans son cœur de cette prière de Kol Nidré, un enfant délibérément éloigné du judaïsme put rejoindre ses parents.