29 Av 5777‎ | 21 août 2017

En quoi l’attentat sur le Mont du Temple est-il hors-norme ?

Des tirs sur le Mont du Temple ! Qui aurait pu imaginer un tel scénario ? C’est pourtant ce qui s’est produit vendredi, lors d’une attaque qui a coûté la vie à deux gardes-frontières israéliens de la communauté druze. Comment cela a-t-il pu se produire et pourquoi cet acte sort-il d’un cadre plus « ordinaire » de confrontation entre Israéliens et Palestiniens ? Voici quelques tentatives des réponses à ces questions.
Depuis plusieurs mois, le Mont du Temple paraissait avoir retrouvé un calme serein. A tel point que Binyamin Nétanyaou avait même annoncé son intention d’autoriser, à nouveau, après plus d’un an d’interruption, la visite sur la Montagne sainte des députés israéliens, juifs et arabes. Et de facto, cette autorisation devait entrer en vigueur en début de semaine prochaine. Pour les forces de sécurité, le plus dur, à savoir le mois du Ramadan, était passé, et l’on espérait bel et bien que la sergente Hadass Malka zal, assassinée il y a un mois devant la porte de Damas, serait pour longtemps la dernière victime de la Troisième Intifada. C’est dire si l’attentat qui a coûté la vie vendredi dernier, sur le Mont du Temple, aux deux gardes-frontières druzes Ayl Staoui, 30 ans et Kamil Shaanan 22 ans, a pris de court la police, le Shin Bet, Tsahal et l’ensemble de la classe politique israélienne et s’il a surpris par son caractère hors-norme. En quoi cet acte qui menaçait en début de semaine d’embraser à nouveau la région est-il si exceptionnel ? Pour répondre à cette question avec une certaine clarté, il convient de séparer les domaines d’impacts et de répercussions que cet acte inhabituel a eus et pourrait encore avoir.
Sur le plan géographique : En deux ans d’Intifada des couteaux, et après plus de 20 ans d’attentats suicidaires qui l’ont éprouvée, Jérusalem avait déjà le sentiment d’avoir tout vu et tout subi en matière d’actions terroristes. C’était une erreur : jamais des terroristes arabes n’avaient osé tirer à l’arme à feu en direction de policiers israéliens sur l’esplanade du Mont du Temple. Même aux premiers jours de la seconde Intifada, peu après qu’Ariel Sharon y était monté, cela ne s’était pas produit. Ce qui donne à ce méfait une dimension d’exception. Car si un attentat est commis porte de Damas ou bien même au cœur de Jérusalem, il a une résonnance certaine dans la rue palestinienne. Par contre, lorsqu’un attentat se produit sur l’un des sites les plus « explosifs » au monde, il touchera et sensibilisera l’ensemble du monde arabo-musulman comme cela s’est confirmé vendredi dernier.
Sur le plan humain, cet attentat est une véritable tragédie que l’on peut résumer en une douloureuse phrase : des arabes citoyens israéliens ont assassiné sur un lieu saint des policiers druzes citoyens israéliens, et ce pour assouvir leur haine des Juifs… ! Les trois terroristes, les cousins Djabarin, appartenaient à une grande famille arabe israélienne dont l’un des membres est aujourd’hui député à la Knesset. Quant à Kamil Shanan, l’un des deux policiers druzes assassinés, il était le fils d’un ancien député druze qui avait siégé par deux fois au Parlement israélien ! Ce simple mais terrible énoncé du drame, est l’un des reflets de la complexité de la réalité en Israël.
Sur le plan sécuritaire : L’attentat de vendredi a mis en exergue l’étonnante précarité sécuritaire existant sur le Mont de Temple. Alors que l’on estimait légitimement que ce site hautement « explosif » serait ultra-protégé, il s’est avéré que, de facto, tout fidèle musulman pouvait y introduire assez librement des armes et que les accès à l’esplanade n’étaient pas sécurisés. Déjà en 2014, un rapport avait mis le doigt sur cette grave carence mais apparemment le ministre de la Sécurité intérieure de l’époque n’avait pas jugé nécessaire de la réparer. L’attentat de vendredi et les scènes ahurissantes d’échanges de feu sur l’esplanade ont fini de persuader les responsables sécuritaires de la nécessité de déployer des portiques électroniques capables de déceler le moindre métal introduit sur le Mont. Cette décision a été perçue par le Wakf (qui administre les lieux religieux musulmans du Mont du Temple) comme une violation du sacro-saint statu quo instauré de longue date. La mauvaise foi de cette réaction est criante. Et pour plusieurs raisons : d’abord parce que ces portiques ne sont pas déployés sur le Mont mais à son entrée. Ensuite, parce que ces mêmes responsables du Wakf savent pertinemment que lorsqu’ils se rendent en pèlerinage à la Mecque, ils doivent eux aussi franchir, pour des raisons de sécurité, ces mêmes portiques. Et enfin : ces responsables du Wakf qui se révèlent, ces derniers jours, être plus des incitateurs à la violence – des armes ont été retrouvées dans leurs bureaux – que d’inoffensifs hommes de foi, ne doivent pas et ne peuvent pas oublier que si ces portiques ont été installés, c’est parce que trois de leurs « fidèles » ont profané leur lieu saint en assassinant deux policiers…

Sur le plan diplomatique : cet attentat a provoqué une réaction inattendue et exceptionnelle : quelques heures après l’attaque, Mahmoud Abbas a téléphoné à Binyamin Nétanyaou pour lui exprimer sa condamnation ! Du jamais vu de sa part depuis le début de l’Intifada des couteaux, il y a près de deux ans. En fait, Abbas n’a pas réagi ainsi de sa propre initiative : il a fait l’objet dans la matinée de vendredi des pressions de l’administration Trump et apparemment de Jason Greenblatt en personne. Il convient de rappeler ici qu’il y a un mois, le tandem Jared Kushner-Jason Greenblatt avait sermonné le rais palestinien pour n’avoir pas condamné l’attentat qui avait coûté la vie à Hadass Malka. Cette fois, l’administration Trump aurait sommé Abbas de condamner sans délai cet attentat sur le Mont du Temple, ce qu’il a fait. Qui plus est, Abbas a eu peut-être un peu plus de facilité à condamner cet acte parce qu’il avait été commis par des terroristes arabes israéliens et non par des Palestiniens des territoires. A noter que parallèlement à ces pressions sur Abbas, la Maison Blanche a félicité Binyamin Nétanyaou pour sa manière de gérer la crise et pour sa promesse de ne pas modifier le statu quo.
Outre ces paramètres qui font de cet attentat un acte hors-norme, il convient d’insister sur un point particulièrement important : ceux qui pensaient que depuis la mise hors-la-loi, en novembre 2015, de la branche nord du mouvement islamiste israélien conduite par l’anti juif Raed Salah, le calme était revenu sur le Mont de Temple, se sont trompés. L’influence de Salah – qui activait jusqu’en 2015 les mouvements subversifs Morabitoun et Morabitat sur le Mont du Temple et ne cessait d’attiser grâce à eux la tension – demeure très forte. Salah qui était en prison pendant un an et demi pour incitation a été relâché en janvier dernier et il continue certes discrètement à enflammer, en particulier grâce aux réseaux sociaux, les jeunes arabes israéliens. Ce n’est pas un hasard si les trois cousins terroristes de la famille Djabarin sont originaires de cette ville d’Oum El Fahm, considérée comme le bastion religieux de Salah. C’est à Oum El Fahm que se déroulent depuis de nombreuses années les rassemblements les plus impressionnants « pour la défense d’El Aksa » et même s’il faut prendre soin de ne pas jeter l’anathème sur tous les Arabes israéliens, il est évident que l’on assiste à une radicalisation d’une partie de cette population. Ainsi au Shin Bet, on estime que même Daech qui n’était pas du tout populaire dans le secteur arabe israélien, il y a deux ans, l’est devenu ces derniers mois et l’on considère que le simple fait que ces terroristes aient usé d’armes à feu prouve qu’ils sont influencés par ce mouvement cruel qui ne respecte aucune loi.
Daniel Haïk

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