5 Av 5777‎ | 28 juillet 2017

Profession : orfèvre au carré

À la vérité, j’aurais dû te raconter cette histoire déjà la semaine dernière afin que tu puisses la lire avant la hilloula du Or Ha’haïm Hakadoch et, ainsi, apprécier encore davantage ce grand jour.

Le premier problème, c’est que je ne l’ai moi-même découverte qu’après la hilloula, qui s’est tenue dimanche dernier (15 Tamouz). Le deuxième problème, c’est que je suis trop impatiente pour la conserver dans un petit coin de ma mémoire fatiguée jusqu’à la prochaine hilloula de ce tsadik. C’est la raison pour laquelle je vais te la raconter cette semaine, avec un peu de retard. Et te demander à toi, mon cher lecteur (qui est déjà en vacances tandis que moi, je bosse encore) une petite faveur : la conserver bien au chaud dans un petit coin de ta mémoire fraîche et dispose jusqu’au 15 Tamouz prochain. C’est bon ? Je peux compter sur toi ?

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Quiconque a eu le privilège d’étudier son célèbre commentaire sur le ‘Houmach te le dira : Rabbi ‘Haïm Ben Attar, l’auteur du Or Ha’haïm Hakadoch, était un orfèvre de paroles de Torah. En effet, à l’image d’un bijou serti de mille diamants et pierre précieuses, chacune de ses explications abrite un trésor de sagesse et de profondeur. Mais ce que beaucoup ignorent, c’est qu’en plus d’être un orfèvre des mots, Rabbi ‘Haïm ben Attar était aussi un orfèvre tout court !

Bien que sa sagesse, son sérieux et l’étendue de ses connaissances aient pu lui permettre de décrocher les plus prestigieux postes de Rav, Roch Yéchiva ou Roch Kollel, Rabbi ‘Haïm ben Attar ne voulait pas retirer le moindre bénéfice de son étude de la Torah. C’est la raison pour laquelle, dans sa jeunesse, alors qu’il étudiait dans la Yéchiva de son grand-père (dont il portait d’ailleurs le nom), il apprit tous les secrets de la confection de bijoux précieux.

À l’image de ses lèvres qui émettaient de magnifiques perles de sagesse sur la Torah et la Kabbala, ses mains façonnaient les plus splendides parures et ornements. D’ailleurs, si tel avait été son souhait, Rabbi ‘Haïm Ben Attar aurait pu gagner de véritables fortunes en vendant au prix fort ses créations exquises. Mais aux yeux de ce tsadik, l’étude de la Torah d’Hachem revêtait bien plus de valeur que des milliers de pièces d’or et d’argent. Il avait donc l’habitude de consacrer le moins de temps possible à son travail. Dès qu’il avait en poche assez d’argent pour subvenir aux besoins de sa famille, il posait ses ciselets et ses bigornes et retournait à la maison d’étude pour confectionner des bijoux d’une tout autre espèce.

En outre, ne voulant pas attirer trop de clients, Rabbi ‘Haïm n’ouvrit jamais son propre atelier. Il préféra travailler sous les ordres d’un orfèvre arabe qui était plus qu’heureux de l’employer. Cet artisan n’aimait pas particulièrement les Juifs, mais il aimait particulièrement l’argent et savait combien l’habileté de Rabbi ‘Haïm Ben Attar pouvait lui en rapporter. Il réussit donc à mettre sa haine de côté et à accepter les horaires très irréguliers de son employé.

Il essaya même de lui augmenter son salaire en espérant que cela l’encouragerait à fournir davantage d’heures de travail. Mais il ne tarda pas à s’apercevoir que sa hausse de salaire produisit l’effet inverse ; ses poches plus vite remplies pour la journée, Rabbi ‘Haïm Ben Attar se mit à quitter l’atelier encore plus tôt qu’à l’accoutumée !

Furieux, l’orfèvre arabe lui diminua son salaire tout en veillant à ce qu’il demeure à peine supérieur à celui proposé par son concurrent pour éviter que celui-ci ne le débauche. Rabbi ‘Haïm ne s’en plaignit jamais ; il ne cherchait en aucun cas à faire fortune, seulement à avoir de quoi nourrir les siens pour être à même de s’adonner, l’esprit tranquille, à l’étude de la Torah.

Un jour, l’orfèvre arabe reçut une prestigieuse commande : le Sultan mariait très prochainement sa fille et il désirait lui offrir un splendide bijou à cette occasion. Or il s’avéra qu’à cette même époque, Rabbi ‘Haïm Ben Attar possédait encore des économies des derniers bijoux qu’il avait confectionnés et ne venait donc plus travailler. N’ayant pas d’autre choix, l’orfèvre entama la conception du bijou royal mais ce dernier était si sophistiqué qu’il ne parvint pas à l’achever à la date convenue.

Quand le Sultan apprit que le cadeau qu’il souhaitait offrir à sa chère fille ne serait pas prêt à temps, il entra dans une terrible colère et promit de jeter le paresseux artisan dans la fosse aux lions. Rusé comme il était, l’orfèvre arabe se défendit en prétendant que ce retard incombait à son ouvrier juif qui ne s’était pas présenté au travail depuis l’arrivée de la commande royale. Ce qui était bien sûr un véritable mensonge car Rabbi ‘Haïm Ben Attar ne s’était jamais engagé à se présenter à heures fixes pour travailler dans l’atelier de l’orfèvre. Pourtant, sans même donner au tsadik la possibilité de défendre son point de vue, le Sultan ordonna à ses gardes d’arrêter Rabbi ‘Haïm Ben Attar et de le donner en pâture aux lions.

Quand les gardes se présentèrent au domicile de Rabbi ‘Haïm, celui-ci leur demanda la permission d’emporter avec lui son Talit, ses Téfilines et plusieurs séfarim, chose qu’ils acceptèrent. Le jour de son arrestation, tous les commerçants de la ville fermèrent leurs boutiques et l’accompagnèrent en pleurant jusqu’au palais du Sultan. Mais Rabbi ‘Haïm s’efforça de les consoler : « Seul Hachem décide du sort de l’homme. S’il le souhaite, il me sauvera de la gueule des lions. Ayez confiance en Lui. »

Quelques instants plus tard, les gardiens de la fosse à lions placèrent une corde autour de la taille de Rabbi ‘Haïm et le firent descendre, accompagné de ses précieux talit, téfilines et séfarim. Ils étaient persuadés que les fauves ne feraient qu’une bouchée de lui…

Trois jours plus tard, ces mêmes gardiens ouvrirent la fosse pour nourrir les lions. Quelle ne fut leur surprise d’apercevoir Rabbi ‘Haïm Ben Attar installé au centre de la fosse, enveloppé de son talit et ses téfilines, en train d’étudier ses séfarim. Tout cela, sous le regard empreint de respect des lions affamés qui, accroupis autour de lui, l’écoutaient en silence…

Alerté par les gardiens, le Sultan accourut lui-même pour être témoin de cette scène surnaturelle. Aussitôt, il ordonna à ses serviteurs de le faire remonter à l’aide d’une corde puis il se jeta à terre pour implorer son pardon : « Je sais à présent qu’il y a un D.ieu qui est le gardien d’Israël ! »

Et c’est une foule en liesse composée de Juifs comme de non-Juifs qui raccompagnèrent Rabbi ‘Haïm Ben Attar chez lui, sain, sauf et plus vénéré que jamais…

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Je doute qu’après un tel incident, Rabbi ‘Haïm Ben Attar soit retourné chez le perfide orfèvre pour mettre les touches finales au bijou de la fille du Sultan… Mais une chose est sûre ; il est retourné à la maison d’étude et a achevé l’un des bijoux les plus précieux de tous les temps ; celui qui t’attend dans les pages du Or Ha’haïm.

Ora Marhely

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