23 Kislev 5778‎ | 11 décembre 2017

Enfin un rabbin à Sevran !

La communauté de cette ville de la banlieue nord ne disposait jusqu’à présent d’aucun rabbin, malgré une vitalité étonnante et… sécurisée dans une zone pourtant « sensible » d’Ile-de-France. Le rav Yoël Altabé a été intronisé le 5 mars.
Jour historique pour la communauté de Sevran : le rav Yoël Altabé a été nommé officiellement, dimanche 5 mars, rabbin de cette ville de Seine-Saint-Denis de quatre-vingt mille habitants où vivent environ cent cinquante familles juives. Une cérémonie a eu lieu à la synagogue avec le grand rabbin de Paris, le rav Michel Gugenheim, et le président du Consistoire, Joël Mergui. Le rav Altabé est en place depuis juillet dernier mais vient seulement d’être adoubé par l’institution cultuelle, car il n’est pas issu du Séminaire de la rue Vauquelin. Il a notamment étudié aux Etats-Unis et en Israël. Il n’a pas trente ans et c’est sa première affectation. Commentaire du président de la communauté (depuis un quart de siècle), Jacques Semoun : « Il est dynamique et n’a été marqué par nulle habitude particulière. Il est donc naturellement enclin à nous écouter ».
Aussi étonnant que cela paraisse, Sevran n’employait jusqu’à présent aucun rav. C’est le ‘hazan, Elie Hasson, qui assurait la charge de ministre-officiant. Il a réalisé son alya et les Juifs d’ici, dont le profil a changé avec le temps, ont poussé les administrateurs de la communauté à trouver un véritable rabbin pour le remplacer : leurs exigences en matière de prestations religieuses – divré Torah, chiourim, etc. – sont en effet différentes de celles de leurs parents et grands-parents. « La plupart de nos fidèles sont désormais de jeunes mariés qui ont fréquenté un établissement juif, par exemple l’école de l’Alliance dans la ville voisine de Pavillons-sous-Bois, explique Jacques Semoun. Leur niveau souvent élevé en kodech nous a conduit à nommer un rav capable d’assurer toute une série de prestations ». Yoël Altabé est aussi mohel, comme plusieurs membres de sa famille. Au demeurant, chez lui, tout le monde est rabbin ! Son père, Nissim Altabé, est le rav et mohel de Bonneuil-sur-Marne. Son oncle Aaron, qui exerce dans la capitale, a aussi les deux casquettes. Ses six frères sont tous… rabbins en région parisienne. Un cas unique en France. Ce qui a surpris le nouveau venu à Sevran honoré le 5 mars, c’est l’atmosphère de la cité. Il connaissait sa mauvaise réputation, du fait d’une présence musulmane impressionnante. Cette présence, ou plutôt cette omniprésence, est bien réelle. On a d’ailleurs beaucoup reproché au maire écologiste, Stéphane Gatignon, d’user et d’abuser du clientélisme et de fermer les yeux sur la radicalisation de certains. Quelques jours avant son élection, en 2014, il a autorisé l’ouverture d’une école coranique. « Un établissement modéré », précise Jacques Semoun, qui s’insurge contre ces attaques et estime que les fondamentalistes ne sont pas plus nombreux ici qu’ailleurs. Au contraire. Il note que les Juifs de cette banlieue réputée « sensible ne s’en vont pas, sauf en Israël et… pas plus que les autres. Si un membre de la communauté nous quitte, dit-il, c’est parce qu’il ou elle se marie et rejoint son conjoint ou sa conjointe à Créteil, Sarcelles ou dans un autre secteur de la région doté d’au moins un lieu de prière. Mais personne n’a peur au point de se réfugier en proche périphérie ouest ou dans le 16e, sauf ceux qui gagnent au loto ! » A Sevran, la coexistence entre la petite communauté juive et la grande communauté arabe est quasi-pacifiée. Le rav Altabé n’a jamais été pris à partie alors qu’il arbore la kippa tous les jours dans l’espace public – contrairement à son frère David, rav de la commune toute proche de Villepinte et souvent malmené.
Un autre frère de Yoël, Michaël, qui officie à Limeil-Brévannes, a demandé son chemin à un groupe de musulmans lorsqu’il s’est rendu pour la première fois à la choule de Sevran. Les jeunes Arabes présents lui ont répondu ceci : « Monsieur le rabbin, vous allez à la synagogue ? Pour être sûrs de ne pas vous perdre, nous jugeons préférable de vous accompagner ». C’est un service d’ordre musulman qui a assuré la sécurité lors du dernier allumage public de Hanoucca. Cent cinquante personnes y ont participé dans la joie et la quiétude. Qui dit mieux en « zone sensible » ?
Axel Gantz

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