5 Av 5778‎ | 17 juillet 2018

Les 60 ans de Mitspé Ramon : entre rêve et désillusion

De toutes les villes d’Israël en général et du Néguev en particulier, Mitspé Ramon se distingue par la beauté de son paysage exceptionnel. Au moment de sa création en 1956, Mispé Ramon est un village collectif planté au bord du cratère, en plein désert. L’année suivante, il obtient le statut de localité. Au bout de 5 ans, celle-ci compte 370 habitants dont 160 enfants. La localité se développe lentement et laborieusement. En 1963 éclate la « Rébellion des Mitrasim » (barricades) : les résidents bloquent l’accès vers Eilat pour protester contre leurs conditions de vie difficiles. En 1967, la nouvelle route de la Arava, voie principale vers la Mer Rouge passant par Mispé Ramon, est inaugurée. Ce qui suscite de grands espoirs. Mais quatre ans plus tard, la fermeture de l’usine d’argile et de sable constitue pour les habitants le « début de la fin » de la ville de développement. Démographiquement, entre 1957 et 1989, Mitspé Ramon sert de ville d’intégration aux immigrants d’Afrique du Nord, du Moyen-Orient, d’Amérique du Sud et de Roumanie, dans le cadre du programme de peuplement du Néguev si cher à Ben Gourion. Ce creuset forme une mosaïque de populations, de cultures et de modes de vie très divers. Après la grande vague d’immigration des Juifs d’ex URSS de 1992, la ville se développe et passe de 3 000 à 5 000 habitants. Les résidents sont principalement des familles, de jeunes couples et des retraités. Toutes les tendances religieuses se côtoient. Coté institutions, il existe un grand Centre ‘Habad inauguré en 2012, plusieurs synagogues et une yéchivat Hesder.Du point de vue orthodoxe, il n’y a pas à proprement parler de « communauté ‘harédite » à Mitspé Ramon. Il s’agit plutôt de quelques familles de ‘hassidé Breslev et d’une seule famille véritablement ‘Habad, celle du Rav Zvi ‘Haïm Slonim, responsable du Centre. Par contre, la ville compte beaucoup de familles chomré chabbat, ainsi que des baalé techouva. Ce qui permet à l’Espace ‘Habad qui comprend une auberge et une grande synagogue, d’offrir de nombreuses activités à tous les publics : kollel le matin, cours de Torah (sidra de la semaine, halakha, Michna, Talmud, Aggada, Kabbala, ‘Hassidout), séminaires religieux pour garçons et filles, chabbatot organisés, mélavé malka, accueil de touristes, activités pour les soldats, visites aux prisonniers, aides aux olim ‘hadachim et vatikim. Sa vocation : rapprocher tous les Juifs de la Torah, de l’étude et de leur prochain.

Economiquement, 40 % des résidents de la localité dépendent de l’activité touristique. Ce secteur s’avère donc vital pour la ville et son développement. La municipalité tente ainsi de favoriser un environnement culturel et attractif : le jardin des sculptures est créé en 1962 et restauré en 1986. En 2013, un musée et un mémorial Ilan Ramon, du nom du premier astronaute israélien, sont inaugurés au nouveau Centre des visiteurs. La petite ville compte également un observatoire. Elle veut par là devenir une attraction touristique et artistique, un lieu d’inspiration et de découverte. Mais fin 2016, l’argent du gouvernement investi dans les infrastructures ne semble pas suffire. L’hôtel haut de gamme « Béréshit » construit sur le bord du cratère ne sauve pas Mitspé Ramon de sa faillite. Les rêves de grandeur s’effondrent. En dépit de son paysage naturel spectaculaire et de sa faune sauvage, de son air pur et de son cadre bucolique qui auraient pu transformer la bourgade en un site touristique important, la localité du sud n’échappe pas au sort des villes de développement. Son statut socio-économique reste faible, en dessous de la moyenne nationale, avec un salaire moyen également inférieur à celui de la moyenne nationale.

Mitspé Ramon symbolise de la sorte le drame de la périphérie et les villes de développement en Israël. Malgré tout, le lieu demeure un site géographique hors du commun qui encourage la conservation de son environnement naturel unique. Mais seul le renforcement de son essor économique pourra accroître son potentiel social.

Noémie Grynberg