15 Tishri 5780‎ | 14 octobre 2019

A l’origine du bilan catastrophique de sa politique au Moyen-Orient : Les conceptions naïves et erronées de Barack Obama dans son « discours du Caire »

U.S. President Barack Obama delivers a speech in the Grand Hall of Cairo University June 4, 2009. Obama told the world's Muslims on Thursday that violent extremists had exploited tensions between Muslims and the West, and that Islam was not part of the problem but part of promoting peace. REUTERS/MENA/Pool (EGYPT POLITICS) - RTR249KS

Prenant la parole le 5 juin 2009 à l’université Al-Ahzar du Caire afin de battre en brèche les positions jugées « hostiles à l’islam » de son prédécesseur G. W. Bush, le nouveau président américain, Barack Hussein Obama, qui venait d’entrer à la Maison à peine cinq mois plus tôt, voudra convaincre dans ce discours diffusé en 13 langues auprès de 1,5 milliard de Musulmans qu’avec lui, commence « un nouveau moment de dialogue et de respect dans les relations entre les Etats-Unis et le monde musulman ». Considérée comme le discours le plus important de sa carrière, cette « profession de foi » idéaliste tracera la voie aux échecs de sa politique moyen-orientale et à la perte de crédibilité des USA dans toute la région…Commençant ce discours plutôt « déclaratif » que programmatique par la fameuse formule musulmane de salut « Salam Alikoum !  » (Que la paix soit avec vous), Obama, qui citera lui-même plusieurs fois « le Saint Coran », a voulu convaincre les Musulmans que les Etats-Unis ne sont pas leur ennemi, qu’ils ont des intérêts communs et qu’ils doivent se respecter « dans la plus parfaite tolérance » qui caractériserait, selon lui, leur « esprit commun » :« Je suis venu chercher un nouveau commencement entre les Etats-Unis et les musulmans du monde entier, déclare-t-il d’emblée, qui se fonde sur un intérêt et un respect mutuels ; qui se fonde sur le fait que lAmérique et lislam ne sont pas exclusifs lun de lautre et ne sont pas voués à se faire concurrence. Au lieu de cela, ils se chevauchent et partagent des principes communs : justice et progrès ; tolérance et dignité de tous les êtres humains ». Puis, Obama se met à lancer un vibrant appel au retour des « riches heures » de la civilisation musulmane qui auraient « montréla voie en Europe à la Renaissance et aux Lumières » : « Ce fut lesprit dinnovation qui soufflait sur les communautés musulmanes qui a produit lalgèbre, nos compas et outils de navigation, notre maîtrise de limprimerie, notre compréhension de la transmission des maladies et des moyens de la soigner. La culture musulmane nous a donné des arches majestueuses et des spirales élancées, une poésie éternelle et une musique magnifique ; une calligraphie élégante et des endroits de paisible contemplation. Dans son histoire, lislam a fait la preuve, par les paroles comme par les actes, que la tolérance religieuse et légalité raciale étaient possibles. Lislam a une tradition de tolérance fière delle-même. Nous le voyons dans lhistoire de lAndalousie et de Cordoue ». Obama dénonce « le racisme et le colonialisme » de l’Occident Poursuivant sa critique idéologique en règle du « colonialisme et du racisme » qui auraient monopolisé les relations entre le monde occidental et le monde musulman, Obama se prend à faire publiquement état de cette culpabilité pour annoncer de manière volontariste et naïve l’arrivée d’une ère nouvelle : « Dans la relation entre lislam et lOccident, il y a eu des siècles de coexistence et de coopération, mais aussi un conflit et des guerres religieuses. Plus récemment, cette tension a été nourrie par le colonialisme qui a privé de nombreux musulmans de leurs droits et de leurs chances, et par une guerre froide où des pays à majorité musulmane ont été trop souvent considérés comme des sous-traitants, sans égard pour leurs propres aspirations. (…)De violents extrémistes ont exploité ces tensions chez une minorité réduite mais puissante de Musulmans. Les attentats du 11 septembre 2001 et les violences continuelles de ces extrémistes contre des civils ont conduit certains, dans mon pays, à percevoir lislam comme irrémédiablement hostile, non seulement à lAmérique et aux pays de lOccident, mais aussi aux droits de lhomme. Cela a renforcé encore la peur et la méfiance.Ce cycle du soupçon et de la discorde doit cesser !  Il doit y avoir un effort soutenu pour sécouter, apprendre lun de lautre et chercher des terrains dentente. Comme le dit le saint Coran : Sois conscient de Dieu et dis toujours la vérité. Cest ce que je me propose de faire. A Ankara, jai dit clairement que lAmérique nest pas et ne sera jamais en guerre contre lIslam ».Comment « changer » les relations Occident-Islam sur le terrain ?Dans cette seconde partie de son discours, Obama énonce l’essentiel de son credo géopolitique : « Lislam ne fait pas partie du problème dans le combat contre la violence extrémiste, il a au contraire un rôle important à jouer dans la promotion de la paix ! »…Puis, il fait part de son « plan d’action  » moyen-oriental, à la fois anti-interventionniste et pacifiste –ille mettra méthodiquement en pratique tout au long de ses huit années passées à la Maison Blanche, y compris lors de ces tout derniers jours ! – afin d’opérer nombre de reculs et de retraits qui ont fait perdre en 8 ans aux USA, 5 de leurs alliés traditionnels dans la région (Arabie Saoudite, Egypte, Irak, Yémen et Turquie) : -1/ Allègement progressif des effectifs des troupes américaines déployées en Afghanistan contre les Talibans (« Il est très douloureux pour lAmérique de perdre nos jeunes femmes et nos jeunes hommes et il est coûteux et difficile politiquement de poursuivre ce conflit ») ;

Retrait programmé de l’US. Army d’Irak (« Nos troupes se retireront dIrak en 2012 »), un pays où le « relai » sera aussitôt pris par l’armée et les milices iraniennes;  -3/ « Dialogue constructif » avec le régime des mollahs de Téhéran (« Toute nation – y compris lIran – doit avoir le droit daccéder à lénergie nucléaire à des fins pacifiques si elle respecte ses obligations dans le cadre du Traité de non-prolifération ») qui aboutira en juillet 2015 à la capitulation occidentale du Traité nucléaire de Vienne. -4/ Sans oublier bien sûr son engagement à faire pression sur Israël afin de « stopper la colonisation juive en Cisjordanie », tout en prônant la naissance d’un Etat Palestinien « vivant en paix à côté dIsraël » : « Les Israéliens doivent reconnaître que, tout comme le droit dIsraël à exister ne peut être nié, celui de la Palestine ne peut pas lêtre non plus. Les USA nacceptent pas la légitimité de la continuation de la colonisation. Ces constructions violent les accords précédents et sapent les efforts vers la paix. Il est temps que ces colonies cessent. Israël doit aussi respecter ses engagements et assurer aux Palestiniens la possibilité de vivre, travailler et développer leur société ». Pour Obama, seule la Shoah justifie l’existence de l’Etat d’Israël Le président américain va ensuite développer sa désastreuse vision historique du « droit à l’existence » d’Israël en commettant la pire erreur que le monde juif ne lui pardonnera pas : justifier la création de l’Etat hébreu par la Shoah et en faire un parallèle avec « les souffrances palestiniennes » : « Six millions de Juifs ont été tués. Menacer Israël de destruction ou répéter des stéréotypes ignobles sur les Juifs est profondément mal et ne sert quà rappeler aux Israéliens les plus douloureux des souvenirs tout en empêchant la paix que les gens de cette région méritent. Dun autre côté, il est aussi indéniable que le peuple palestinien a souffert dans sa quête dune patrie. Pendant plus de 60 ans, il a enduré les douleurs du déracinement. Beaucoup attendent, dans des camps de réfugiés en Cisjordanie, à Gaza et aux alentours, une vie de paix et de sécurité quils nont jamais pu mener. Ils subissent les humiliations quotidiennes qui accompagnent loccupation. Alors, quil ny ait aucun doute : la situation du peuple palestinien est intolérable. LAmérique ne tournera pas le dos aux aspirations légitimes des Palestiniens à la dignité et à un Etat à eux »Or, c’est bel et bien ce programme là qu’Obama a voulu mettre en pratique in extremis à l’ONU et à la Conférence de Paris.Richard Darmon