16 Elul 5779‎ | 16 septembre 2019

Pourquoi Nétanyaou veut-il durcir la loi sur les muezzins ?

La loi sur les muezzins est en stand-by et c’est le Premier ministre israélien qui est le principal responsable de ce retard pris dans la validation de ce projet, car il souhaite le voir entériné dans sa version la plus ferme. Pourquoi ? Tout simplement pour rappeler à son aile droite qu’il reste bel et bien le chef de file de la Droite nationaliste. Lui et pas son rival Naftali Bennett. Analyse
Cela fait plusieurs semaines que le projet de loi sur les muezzins qui doit interdire les bruyants appels à la prière musulmane doit être soumis au vote de la Knesset. Mais de facto, il demeure toujours en suspens. Pourquoi ? Jusqu’à la semaine dernière, c’est Naftali Bennett qui avait menacé de ne pas soutenir, avec son Foyer Juif, cette loi controversée, et ce, pour une simple raison : parce que la coalition n’avait pas voté la loi sur la légalisation des implantations. Depuis lundi 6 novembre, cet argument n’est plus d’actualité et la loi sur les muezzins aurait dû déjà être soumise à l’aval des députés. Or, il s’avère que le principal responsable de ce retard n’est autre que Binyamin Nétanyaou. Et pour comprendre ses motivations, il convient de rappeler que depuis plusieurs mois, le Premier ministre israélien se livre à un véritable bras de fer politique et idéologique avec son turbulent ministre de l’Éducation, Naftali Bennett. Les deux leaders se disputent le titre de chef de file de la droite nationaliste israélienne. Bennett qui n’a guère apprécié l’arrivée au ministère de la Défense de son rival Avigdor Lieberman a décidé de rendre la vie de Mr Nétanyaou plus amère qu’elle ne l’était, et il ne rate aucune occasion de lui prouver qu’il est le plus pur défenseur de cet axe idéologique sur l’échiquier politique israélien. C’est dans cette optique que l’on doit interpréter les âpres négociations entre les deux hommes pour tenter de trouver une issue à la crise d’Amona. En début de semaine dernière, Binyamin Nétanyaou a compris qu’en donnant son feu vert au vote de la loi sur la légalisation des implantations sauvages, même sans qu’Amona n’y figure et même uniquement en première lecture, il a fait de Bennett, à son corps défendant, l’ange gardien des localités juives en Judée-Samarie et le leader du Foyer Juif ne s’en est pas privé : il a clamé que ce c’est grâce à son positionnement qu’il a réussi a faire voter cette loi « historique » de régularisations des implantations sauvages. Comprenant qu’il s’était retrouvé là, en position d’infériorité, Binyamin Nétanyaou a cherché la meilleure occasion pour se rattraper et prétendre, lui aussi, qu’il œuvrait, avant tout et surtout, en tant que véritable chef d’une droite nationale totalement décomplexée. Cette occasion, il l’a très vite saisi au travers de la loi sur les muezzins : alors que l’on s’acheminait, la semaine dernière, vers un compromis interdisant l’appel amplifié des muezzins de 23 heures à 7 heures le lendemain matin, Binyamin Nétanyaou a exprimé son intention de durcir le projet de loi, afin qu’il stipule que les appels des muezzins seront interdits de jour comme de nuit ! Une manière donc pour le Premier ministre de se rappeler aux bons soins de l’aile droite de son parti le Likoud, et ce, alors que le député considéré comme le plus radical du grand parti de Droit, Yéhouda Glick œuvrait lui-même de concert avec le député du Camp sioniste Zoher Bahloul afin de trouver un compromis autrementqu’en obligeant la Knesset à légiférer (voir ci-contre l’article de David Jortner). Et pour compléter le tableau, citons la réaction du chef de Yèch Atid, Yaïr Lapid qui a déploré que le gouvernement Netanyaou ait la fâcheuse tendance de vouloir résoudre les problèmes les plus complexes en les confinant dans un projet de loi imposé par la majorité parlementaire, au lieu de favoriser un dialogue entre représentants des deux communautés juives et musulmanes. Une recommandation sage que Yaïr Lapid n’avait pourtant pas pris la peine d’appliquer lorsqu’il avait, en 2013, imposé par la force, son projet de loi sur l’enrôlement des élèves des yéchivot dans Tsahal, sans même avoir tenté d’entamer un dialogue avec le monde orthodoxe. Histoire de prouver une fois de plus qu’en politique israélienne, les conseilleurs ne sont pas toujours les payeurs… Daniel Haïk