12 Kislev 5780‎ | 10 décembre 2019

Supplément Torani : Une allusion à la résurrection des morts

Rav Yé’hiel Brand

Pendant que Yaacov dormit à l’endroit où sera construit le Temple, D.ieu lui apparut et lui dit : « Je donnerai la terre sur laquelle tu es couché à toi et à ta postérité. T a postérité sera comme la poussière de la terre ; tu t’étendras à l’ouest et à l’est, au nord et au sud… Je te garderai partout où tu iras, et Je te ramènerai dans ce pays… » Yaacov se réveilla et « il donna à ce lieu le nom de Béthel, mais Louz était le nom hayir – de la ville – auparavant. Yaacov fit un vœu : Si D.ieu… me garde badérékh hazé acher anokhi holékh – sur le chemin sur lequel je vais, s’Il me donne du pain à manger et des habits pour me vêtir, et si je retourne bechalom – en paix – à la maison de mon père… et cette pierre que j’ai dressée pour monument sera la maison de D.ieu. Et de tout ce que Tu me donneras, assér aasserénou lakh – je Te donnerai un dixième de dix » (Beréchit 28, 13-22).

L’acquisition de la terre

Selon le sens premier du texte, le retour de Yaacov fait référence à son retour vivant de la ville de ‘Haran. Soulevons alors plusieurs points. Comment D.ieu a-t-Il promis de donner à Yaacov la terre sur laquelle il est couché, vu que le pays fut donné aux juifs seulement à l’époque de Yehochoua ? Pourquoi Hachem bénit-Il sa descendance d’être comme la poussière de la terre et non pas comme le sable de la mer, comme Il l’avait fait pour la descendance d’Avraham après le sacrifice d’Isaac ? Pourquoi Yaacov souhaite t-il revenir bechalom – terme utilisé pour bénir un mort, et pas léchalom, usuel pour un vivant (Bérakhot 64/a) ? Pourquoi dit-il : « sur le chemin sur lequel je vais », et pas simplement « sur mon chemin » ? Pourquoi double-t-il l’expression « un dixième de dix » ? Comme réponse à la première question, les sages disent : « Les morts ressusciteront et Yaacov lui-même acquerra la terre d’Israël » (Sanhédrin 90/b). La promesse stipulant que Yaacov recevra la terre sur laquelle il est couché se réalisera après à sa mort. Quant au retour promis, il s’agit aussi de son retour d’Égypte, après sa mort, lorsqu’il fut enterré en terre d’Israël. D.ieu lui promet de lui donner comme sépulture la terre sur laquelle il est couché maintenant, c’est-à dire à l’endroit de l’Autel à Jérusalem. Bien qu’il soit enterré à ‘Hévron, « tout celui qui est enterré en terre d’Israël est considéré comme étant enterré à l’emplacement de l’Autel du Temple » (Kétoubot 111/a). D.ieu promet aussi le retour de « sa descendance » : ses douze fils furent aussi transportés d’Égypte et enterrés en Erets Israël, et sont considérés comme étant enterrés sous l’Autel. D.ieu précise une descendance « comme la poussière de la terre », car après l’enterrement, le corps se transforme en poussière, condition qui lui permet de se réveiller à la résurrection (Chabbat 152/b). « L’homme vient de la terre et retourne vers la terre » (Beréchit 3, 19), à partir de laquelle fut créé le corps d’Adam, de l’endroit de l’Autel (Yérouchalmi Nazir 7/b ; Rambam, Lois du Temple 2, 2), là où Yaacov était couché. Relisons alors ce texte entière
ment dans une forme de rémèz , d’allusion.

Le retour des Temps futurs

« Tu t’étendras à l’ouest et à l’est, au nord et au sud » – lors de la Résurrection des morts. « Je te garderai partout où tu iras » signifie qu’il sera préservé des souffrances tout au long du chemin qui le conduit de la tombe vers le Jardin d’Eden, et spécifiquement du danger des « Chérubins avec une lame d’une épée tourbillonnante, qui gardent le chemin de l’arbre de vie » (Beréchit 3, 24). « Yaacov se réveilla » signifie qu’il se réveillera à la Résurrection des morts. « Il nomma ce lieu Béthel » est une allusion au troisième Temple, et « Louz était le nom hayir – de la ville – auparavant » fait allusion à la Résurrection des morts. Louz est l’appellation d’une vertèbre, d’où commencera la Résurrection (Béréchit Raba 28, 3). Selon le Sefer HaAroukh, c’est la dernière vertèbre en forme d’amande, louz en hébreu. Selon l’Ari zal, c’est un os parmi les vertèbres cervicales, à l’endroit des Tefilin. Hayir – qui se traduit aussi « réveil » – fait référence au réveil des morts (Tehilim 72, 16 ; voir Sanhédrin 90/b). Le début de la construction du troisième Temple est lié à la Résurrection des morts, car les grands Justes comme Moché et Aharon y seront présents (Yoma 5/b ; Ritva Roch Hachana 16/b ; Radbaz 3, 1069, 644). Yaacov dit : « Si Tu me gardes badérékh hazé acher anokhi holékh – sur le chemin sur lequel je vais » – c’est le chemin vers la mort, comme l’exprime David à son fils :
« Je vais dans le chemin de tout un chacun » (Rois 2, 1). « Si Je retourne bechalom – en paix – à la maison de mon père » – il dit bechalom, car il retournera après sa mort en paix vers la maison de son père, le Jardin d’Eden, lieu de résidence de son premier aïeul, Adam. « S’Il me donne du pain à manger et des habits pour me vêtir » fait allusion aux récompenses des Justes dans le monde futur, comparées au pain (Zohar Michpatim 101/b) et aux vêtements (Zékharia 3, 4). « Cette pierre que j’ai dressée pour monument sera la maison de D.ieu » désigne l’aboutissement du troisième Temple, « et de tout ce que Tu me donneras, assér aasserénou lakh – je Te donnerai un dixième de dix » – allusion au dixième millénaire, qui sera transformé en monde éternel (Ram’hal, Kla’h Pit’hé ‘Hokhma, 98). Pour cette raison, le Livre consacré au culte du Bet Hamikdach, Vayikra, se conclut avec la mitsva du « dixième », la finalité de la Torah : « Toute dîme de la terre, soit des récoltes de la terre, soit des fruits des arbres, appartient à D.ieu, c’est une chose consacrée à D.ieu… Toute dîme de gros et de menu bétail, de tout ce qui passe sous le bâton du décompte, sera le dixième [millénaire] consacré à D.ieu… Tels sont les commandements que D.ieu donna à Moché pour les enfants d’Israël, sur la montagne de Sinaï » (Vayikra 27, 30-34).

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