18 Tishri 5782‎ | 24 septembre 2021

La grande importance stratégique de la Vallée du Jourdain pour la sécurité d’Israël

Présentée par les médias comme « fracassante », l’annonce faite le 10 septembre dernier par Binyamin Nétanyaou – à peine une semaine avant les élections – que s’il était reconduit dans ses fonctions, il annexerait la Vallée du Jourdain et le littoral nordouest de la mer Morte n’était en rien un scoop. Voilà des décennies en effet que de nombreux hauts-responsables israéliens ont toujours voulu garder le contrôle de cette région hyper-stratégique.

Voilà plus de cinq décennies, le général Ygal Allon, alors chef de la diplomatie israélienne, résumait son projet très lucide de « frontières défendables pour Israël » – censées remplacer les lignes d’armistice très vulnérables de 1949 – en déclarant dans le préambule de son plan rédigé juste après la Guerre des SixJours de juin 1967 : « Si, en cas de retraits partiels de nos forces de certains territoires, Israël veut que ces zones demeurent démilitarisées, il doit sauvegarder la Vallée du Jourdain ». Une évidence qui reste absolument pertinente jusqu’à aujourd’hui encore. Et ce, malgré les très violentes critiques qui, comme on pouvait s’y attendre, ont aussitôt suivi l’annonce de Nétanyaou, notamment de la part de l’Autorité palestinienne, de la Jordanie, de la Russie, de l’Union européenne et de l’ONU qui, toutes, ont voulu mettre en garde contre « les hauts risques d’escalade de la violence dans toute la région suite à cette décision israélienne ». En fait, ces réactions négatives étaient prévisibles puisqu’hormis les Etats-Unis, la communauté internationale dans son ensemble exige un retrait d’Israël de « tous les territoires occupés en 1967, dont Jérusalem-Est ».

Pour Allon en passant par Rabin et Sharon, la Vallée du Jourdain doit absolument rester sous contrôle israélien !…

En fait, pour ancienne qu’elle soit, cette approche du Plan Allon est restée jusqu’à aujourd’hui la pierre angulaire de plusieurs Premiers ministres et l’axe de la stratégie de Tsahal sur le front oriental du pays.

« Dans tout accord sur le statut final des territoires palestiniens, avait ainsi déclaré le 5 octobre 1995 (deux ans après la signature des Accords d’Oslo) le Premier ministre Its’hak Rabin à la Knesset, les frontières de l’Etat d’Israël seront tracées au-delà des lignes qui existaient avant la guerre des Six Jours. (…) Nous ne reviendrons plus aux lignes du 4 juin 1967. La frontière de sécurité de l’Etat d’Israël sera située dans la Vallée du Jourdain dans son concept le plus large ». Quant au Premier ministre, Ariel Sharon, il avait aussi répété en 2005 que la Vallée du Jourdain était « stratégiquement vitale pour Israël ».

Fait intéressant : c’est précisément ce qu’avaient affirmé plusieurs généraux et stratèges de l’armée américaine. Lesquels ayant servi plusieurs mois en Irak pendant la Première Guerre du Golfe de l’hiver 1991 contre Saddam Hussein, étaient venus pour la 1ère fois en Israël pour se rendre compte sur le terrain des réalités topographiques de la région qu’ils ne connaissaient que sur le plan théorique. Leur conclusion avait été sans appel : le minuscule Etat d’Israël ne saurait assurer la défense de son existence face à tous les pays ennemis qui l’entourent qu’en conservant au nord les Hauteurs du Golan et à l’ouest la Vallée du Jourdain… D’autant que la protection militaire et sécuritaire de la plaine côtière israélienne où se trouvent concentrées les plus grosses agglomérations du pays et presque les trois-quarts de la population du pays a toujours été assurée depuis 1967 par un important et très diversifié dispositif de Tsahal déployé – non seulement le long même de la Vallée du Jourdain située à près de 500 mètres en dessous du niveau de la mer –, mais surtout sur les blocs montagneux dépassant en moyenne les 800 mètres d’altitude se succédant depuis les monts de Hébron au sud en passant par le Désert de Judée, puis, plus au nord, les collines de Samarie. Et ce, à partir d’un surplomb stratégique irremplaçable de quelque 1 300 mètres de hauteur en tout par rapport à la dépression du Jourdain qui marque la frontière-est du pays.

De plus, le contrôle militaire de la Vallée du Jourdain par Israël est incontournable non seulement pour déjouer d’éventuelles attaques par des forces conventionnelles, mais aussi – voire surtout – pour empêcher des infiltrations terroristes depuis la Jordanie ainsi que l’acheminement d’armes par contrebande à destination des groupes et milices terroristes pullulant en Judée-Samarie. Un large consensus israélien pour que la Vallée du Jourdain demeure la frontière-est du pays.

Autre donnée intéressante justifiant pleinement la décision de Nétanyaou d’annexer la Vallée du Jourdain : voilà des années que les sondages successifs d’opinion réalisés en Israël – dont, entre autres, le fameux « Index mensuel de la Paix » effectué par l’Université de Tel-Aviv – confirment l’existence d’un très large consensus chez les Israéliens (66 % dans la population générale et 76 % au sein de la population juive) pour conserver la Vallée du Jourdain en tant que « frontière de sécurité » du pays. Voilà pourquoi le prochain gouvernement israélien – quel qu’il soit – qui sortira des urnes après ce 17 septembre, devrait définir comme première priorité la définition puis l’adoption de « frontières défendables » pour le pays déjà si chères, voilà un demi-siècle, à Ygal Allon. D’autant que ni la Vallée du Jourdain, ni le littoral-ouest de la mer Morte, n’ont – pas plus que Jérusalem « Est » ou « Ouest » – jamais constitué de quelconques « territoires palestiniens »…

Richard Darmon.