15 Iyyar 5779‎ | 20 mai 2019

ISRAEL-POLOGNE : Lorsque la vérité historique provoque une crise hystérique

Israeli Prime Minister Benjamin Netanyahu poses for pictures with Poland's Prime Minister Mateusz Morawiecki during the Middle East summit in Warsaw, Poland, February 14, 2019. Agencja Gazeta/Slawomir Kaminski via REUTERS ATTENTION EDITORS - THIS IMAGE WAS PROVIDED BY A THIRD PARTY. POLAND OUT. NO COMMERCIAL OR EDITORIAL SALES IN POLAND. - RC1580162E30

Cela peut paraître incroyable mais c’est vrai : jeudi soir dernier Binyamin Nétanyaou et son homologue polonais Moraviecki dînaient convivialement
lors de la soirée de clôture de la Conférence internationale de Varsovie. Et
pourtant lundi matin, à peine trois jours plus tard, le Premier ministre polonais annulait sa visite en Israël prévue cette semaine dans le cadre du forum Visegrad et menaçait même de rompre les relations diplomatiques entre Jérusalem et Varsovie. Comment un tel retournement a-t-il pu se
produire ? La réponse est simple et complexe à la fois : d’abord Binyamin Nétanyaou a lui-même déclaré en aparté alors qu’il était encore à Varsovie, que « les Polonais avaient collaboré avec les nazis »,enfreignant ainsi la très controversée loi sur la Shoah adoptée par le Parlement polonais. Mais en diplomate expérimenté, il a pris soin d’apaiser les autorités polonaises
en demandant à l’ambassadrice d’Israël en Pologne de « rectifier le tir ». La colère polonaise, à fleur de peau s’est certes calmée. Mais dimanche soir pour sa première intervention médiatique en tant que chef de la diplomatie israélienne, Israël Katz a rajouté de l’huile sur le feu en rappelant, dans les studios d’I24news, la déclaration de l’ancien Premier ministre Its’hak Shamir qui avait accusé les Polonais d’avoir puisé l’antisémitisme au sein de leur mère. En entendant ces propos, le sang de Moraviecki n’a fait qu’un tour. Il a accusé Katz de déclaration raciste, a exigé qu’il présente ses excuses et a annulé son séjour en Israël, provoquant ainsi l’annulation du sommet de Visegrad à Jérusalem. Dans cette crise grave entre les deux pays il faut d’abord admettre qu’Israël Katz a commis une véritable bévue en tenant ces propos : ce qui prouve que la diplomatie ne s’improvise pas et que ce qui est tolérable de la part d’un ministre des Transports, l’activité principale d’Israël Katz, ne l’est plus pour celui qui endosse la responsabilité de la diplomatie israélienne. Il faut ensuite comprendre qu’en tant que fils de rescapés de la Shoah, Israël n’a pas voulu contribuer à la réécriture de l’histoire imposée par les dirigeants polonais. Lundi les historiens du Yad Vashem l’ont dit et répété : même si tous les Polonais n’ont pas collaboré avec les Nazis, même si plusieurs milliers ont reçu le titre de Justes des Nations, beaucoup d’entre eux ont spolié les Juifs de leurs biens, certains ont massacré de leurs mains des Juifs pendant, et même après la Shoah. Et vouloir disculper les Polonais de toute responsabilité dans la mort de plus de 3 millions de citoyens juifs de ce pays serait une cruelle déformation de l’Histoire. Enfin, il faut bien avouer que cette crise ouverte entre Israël et la Pologne embarrasse considérablement Binyamin Nétanyaou et ce pour deux raisons essentielles : d’abord, le Premier ministre a dû se mordre les doigts d’avoir attribué le portefeuille des affaires étrangères à Israël Katz. En effet, en cette période électorale, il est évident qu’il ne pouvait exiger de Katz qu’il s’excuse pour calmer la colère polonaise. En pleine campagne, le nouveau chef de la diplomatie préfère de loin passer pour un mauvais diplomate que pour un mauvais patriote. Mais ce n’est pas tout : au cours des derniers mois Mr Nétanyaou avait investi de nombreux efforts pour consolider l’axe formé de la Pologne, la Hongrie, la Tchéquie et la Slovaquie et de l’Etat d’Israël. Pour le Premier ministre, cet axe lui permettait d’ébranler la politique relativement hostile de l’Union Européenne à son gouvernement. Et la réunion du Forum de Visegrad cette semaine à Jérusalem devait être pour Mr Nétanyaou l’expression du succès de sa démarche. Malheureusement le dérapage, contrôlé ou pas, d’Israël Katz l’a privé de ce plaisir et l’oblige désormais à entamer des démarches visant à apaiser les Polonais sans pour autant, remettre en cause la vérité
historique sur leur pays durant la Shoah.
Daniel Haïk