15 Adar II 5779‎ | 22 mars 2019

Les pêcheurs de Gaza font les frais des provocations du Hamas

Palestinian fishermen prepare their nets near the sea in Rafah in the southern Gaza Strip on August 15, 2018. Photo by Abed Rahim Khatib/ Flash90 *** Local Caption *** ãééâéí ñéøä òæä øöåòú òæä ðòø ôìñèéðé ôìñèéðéí âáåì éí çåó ãééâ

Les pêcheurs de Gaza sont pris en étau : devant eux, les navires de l’armée israélienne leur bloquent le passage, derrière eux, les organisations terroristes les poussent à franchir la ligne interdite, alors que, dans leurs foyers, leurs familles attendent que les résultats de la pêche leur permettent d’amener quelques centaines de shekels pour subvenir aux besoins alimentaires immédiats. De facto, l’important secteur de la pêche sur le littoral gazaoui est devenu un enjeu du conflit entre Israël et le Hamas. C’est à deux heures du matin que les pêcheurs gazaouis rejoignent leurs
petits bateaux et naviguent quelques minutes pour aller jeter leurs filets dans l’obscurité de la Méditerranée. On appelle cela la pêche nocturne et elle permet de récupérer les poissons au petit matin, avant qu’ils ne soient affectés par la chaleur, lorsque la température de l’eau peut atteindre les 23 degrés. Des containers sur la plage servent d’aire de repos aux pêcheurs en attendant que la nature fasse son travail. Une cuisine improvisée, quelques chaises et un petit chauffage pour se réchauffer en hiver. La pêche est imprévisible et, chaque jour, apporte un lot de poissons : parfois le pêcheur ne retrouve qu’une dizaine de poissons en train de se démener dans les filets, d’autres jours, ces mêmes pêcheurs peuvent en remplir plusieurs
caisses. Jusqu’à l’été 2005, Oudi vivait dans l’une des localités du Gouch Katif avant d’être évacué dans le cadre du plan d’expulsion des habitants de cette région située au sud de Gaza-ville. Oudi se souvient qu’il travaillait
en bon voisinage avec les pêcheurs palestiniens de Gaza. Une quarantaine de navires sortaient chaque matin et rapportaient plusieurs tonnes de poissons que se partageaient Juifs et Arabes ou, si l’on préfère, Israéliens et Palestiniens. « A l’époque, Juifs, Arabes et Bédouins travaillaient ensemble.
Nous ne nous battions que contre les vagues », affirme Oudi avec une pointe de regret. « Les pêcheurs palestiniens de Gaza étaient de grands professionnels mais seulement sept familles se partageaient l’ensemble du secteur et leurs bateaux travaillaient sans relâche. » Aujourd’hui, Oudi ne peut plus pêcher dans la zone contrôlée par le Hamas et, lorsqu’il entend qu’Israël a décidé d’élargir la zone de pêche de Gaza, il comprend que la zone de pêche attribuée aux pêcheurs israéliens va, elle, se réduire. Le problème se reflète dans le prix du poisson. Si tous les pêcheurs attrapent de grandes quantités d’une même espèce, le prix baisse automatiquement. « La distance autorisée pour la pêche est déterminante », explique Ahmed,
pêcheur palestinien de Gaza. « Lorsque Israël nous permet de nous éloigner des côtes, il y a du travail pour tout le monde. Aujourd’hui, à Gaza, nous ne cherchons pas la richesse, juste de pouvoir survivre. Quand les bateaux restent à quai, le Hamas les utilise pour faire des… bêtises », ajoute-t-il sans vouloir détailler plus encore ses propos. Selon les Accords d’Oslo, la zone de pêche de Gaza s’étend à 20 miles des côtes, ce qui laisse 12 miles restants pour les Israéliens. Depuis l’opération Bordure protectrice de l’été 2014, la zone de pêche a été réduite à six miles et elle est surveillée par les navires israéliens. Selon la situation, Israël peut augmenter la zone. Aujourd’hui, seuls 2 000 pêcheurs sortent en mer, contre 3 700 officiellement enregistrés. Selon le colonel Abou Rokoun, coordinateur de l’action du gouvernement, l’augmentation de la zone de pêche est directement liée au conflit entre Israël et le Hamas. En effet, le mouvement terroriste utilise les plages pour atteindre la barrière de sécurité et des bateaux sont envoyés pour franchir et dépasser la zone de pêche autorisée, mais ils se font renvoyer par la marine israélienne. Le Hamas utilise les pêcheurs et leurs embarcations pour provoquer l’armée israélienne. Conséquence directe de ces provocations : Israël se voit contraint de réduire la zone de pêche à trois miles. Ce qui a des conséquences économiques difficiles pour les pêcheurs de Gaza. Actuellement, peu de pêcheurs parviennent à vivre de leur métier, le prix de revient des poissons baisse et les variétés sont réduites en raison de la zone de pêche. Les restaurants de la bande de Gaza se vident. Lorsque l’on évoque l’argent des Qataris, Ahmed, le pêcheur, rit : « Il s’agit de cent dollars par famille, cela n’a aucune incidence sur notre vie. Il y a plus de 50 % de chômage. Si Israël veut faire entrer plus d’argent, il doit embaucher des ouvriers de Gaza et nous permettre de vendre nos poissons en dehors de Gaza. » Le plus célèbre restaurant de poissons de Gaza, celui de Youssef Hamid, se situe dans un bateau de 20 x 8 mètres, au bord de l’eau. Il peut accueillir 260 invités. Autrefois, Hamid sortait avec son navire en mer et rapportait des tonnes de poissons, aujourd’hui c’est économiquement impossible, le bateau est donc devenu un restaurant. Les restrictions de pêche ont pour conséquence le développement des élevages de poissons. Il en existe deux actuellement à Gaza qui élèvent des daurades uniquement. Ali détient l’un de ces élevages qui fournit son propre restaurant. Il explique que les clients sont plus rares et que les prix dépendent de la situation. « La réduction de la zone de pêche par les Israéliens change les prix du marché et la pollution des eaux à proximité de la côte ne favorise pas la pêche. Il vaut mieux élever les poissons. » Tout cela influe également sur le marché israélien. Israël importe de grandes quantités de poissons de la bande de Gaza, de façon directe ou indirecte pour améliorer la situation économique des pêcheurs. Mais les pêcheurs israéliens ne peuvent concurrencer les prix exercés à Gaza. Selon Shaï, les poissons de Gaza reçoivent les autorisations sanitaires du ministère de la Santé, alors qu’ils ne répondent pas aux critères de base. La chaîne du froid n’est pas respectée pendant les transports, «personnellement je ne me hasarderais pas à en manger », affirme-t-il. « Les poissons israéliens subissent des contrôles du ministère de l’Agriculture et de celui de la Santé, on veut aider les gazaouis au détriment de la santé
des Israéliens. » Les jeunes palestiniens de Gaza qui ne peuvent plus vivre de la pêche, se reconvertissent : certains d’entre eux s’enrôlent dans l’unité des commandos marins du Hamas qui ne cesse de se développer. Durant l’opération Bordure Protectrice, quatre terroristes avaient ainsi réussi à nager jusqu’à la plage de Zikim et placer un engin explosif sur un char israélien, avant d’être tués par Tsahal. Ils sont devenus de véritables héros à Gaza et ont suscité des vocations. Le Hamas a décidé d’investir dans ce commando et de recruter parmi les anciens pêcheurs. Aujourd’hui, cette unité compte plus d’une centaine d’hommes qui pourraient défier Israël et
ouvrir un nouveau front maritime. Pour faire face à cette nouvelle menace maritime, Israël a pris de nouvelles mesures de défense, notamment en construisant une barrière entre Israël et la bande de Gaza, équipée de toutes sortes de capteurs. Le Hamas tente également de faire passer
des armes par la mer vers Gaza, grâce à des navires importants venus d’Iran ou de petites embarcations qui passent la frontière maritime entre Gaza et l’Égypte. Aujourd’hui, Jérusalem et Le Caire travaillent main dans la main pour arrêter les trafics, dans l’intérêt commun de lutte contre le terrorisme. Au-delà des côtes de Gaza, un autre enjeu économique se joue depuis la découverte des réserves de gaz naturel, qui pourraient rapporter plusieurs milliards de dollars à l’économie de Gaza. Mais, pour l’instant, rien n’est exploité. Si le Hamas commençait à forer, ce serait une déclaration de guerre à l’Autorité Palestinienne. Israël n’est pas enthousiaste à l’idée que le Hamas puisse profiter de ces revenus. Israël cherche un équilibre entre une mer en face de Gaza qui représente une menace et, d’un autre côté, une mer qui représente une source de revenus potentielle pour améliorer la situation humanitaire de la bande de Gaza. Alors que la capacité du Hamas est freinée sous terre grâce aux nouvelles technologies qui repèrent les tunnels terroristes, ainsi que dans le ciel, les roquettes étant contrées par le Dôme de Fer, la mer pourrait devenir l’élément de surprise du Hamas contre Israël.