15 Iyyar 5779‎ | 20 mai 2019

Intel: dans les coulisses du grand consortium qui a choisi Israël

Il y a quelques semaines on a appris que le consortium international Intel allait investir 40 milliards de shekels dans la construction d’une immense usine dans la région de Kiriat Gat dans le sud du pays. Cette décision déterminante a été prise en partie après que le ministère des Finances ait accordé à Intel de tres substantielles réductions d’impots. Certains protestent mais d’autres affirment que c’est bien la moindre des choses pour un consortium qui emploie directement 12.000 fonctionnaires et indirectement plus de 50.000 autres, en Israël! Vous avez dit dilemne ? Après des mois de négociations, le ministre des Finances, Moshé Kahlon,
a annoncé qu’Israël allait accorder une subvention de 3.5 milliards de
shekels au consortium international Intel au-delà des avantages fiscaux qu’il lui accorde, et ce en contrepartie de la somme fabuleuse de 40 milliards de shekels qu’Intel a décidé d’investir dans la construction d’une nouvelle usine à Kyriat Gat. Derrière cette généreuse subvention, se cache une compétition féroce entre divers pays tels que l’Irlande, Singapour, les
États-Unis et d’autres encore qui étaient prêts à offrir un pont d’or à Intel afin qu’elle vienne s’installer chez eux. De facto, Intel n’a pas choisi Israël par pur amour du sionisme, mais parce que c’est bien dans la région sud d’Israël qu’elle a reçu les meilleures conditions. Intel s’est engagée à recruter mille nouveaux employés dans cette «périphérie». Le directeur général du ministère du Trésor Shaï Bahabad reconnaît que c’est relativement peu, mais il affirme qu’une vision à long terme permet de mieux apprécier ce que représente un tel accord, notamment les avancées technologiques et les emplois créés en aval. L’investissement d’Intel est avant tout une marque de confiance en Israël quant à la productivité de ses usines et donne un rayonnement de réussite dans le monde, facteur indispensable pour attirer de nouveaux investisseurs. Israël sait se montrer
très généreux avec les grands investisseurs. Mais cela ne plait pas à tous: le ministère s’est retrouvé sous le feu des critiques, alors que les accords avec Intel paraissent disproportionnés, au détriment d’autres entreprises moins importantes. Mais le ministre garantit que si un nouvel investisseur se présentait, Israël n’hésiterait pas à garantir les mêmes avantages. Mais quelle autre compagnie serait capable d’employer près de 12000 personnes, soit 4% de l’ensemble des emplois industriels ? L’usine existant déjà à Kyriat Gat fournit, à elle seule, 3 300 emplois et accroît considérablement le niveau des exportations du pays. De plus, elle utilise de nombreux fournisseurs dans plusieurs secteurs de l’économie et elle enrichit le pays de connaissances technologiques importantes qui font progresser les entreprises locales. Si l’apport d’une telle entreprise pour l’économie israélienne semble incontestable, la rapidité avec laquelle l’état accorde des
avantages peut inquiéter. Il semble que l’état cherche ici la facilité, alors que l’élargissement d’un site de production est la seule solution pour améliorer la situation de la périphérie et celle de l’économie en générale. Les interrogations pour l’avenir sont nombreuses. Si les chiffres de l’entreprise de 2018 sont bons, les prévisions pour les années à venir semblent marquer le pas, alors que la guerre commerciale entre la Chine
et les États-Unis fait rage. Israël fait-il le bon choix en mettant tous les oeufs dans le même panier au lieu de diversifier ses investissements et permettre aux plus petites entreprises qui peuvent rapporter plus et créer plus d’emplois de se développer ? Mais Intel est devenue un enjeu stratégique et politique, qui se retrouve au coeur de la campagne pour les prochaines élections. Intel fabrique des puces électroniques plus petites qu’un virus. L’acquisition de Mobile Eye par Intel pourrait également avoir un effet prometteur pour l’avenir et le développement de nouvelles usines en Israël.
Selon Mouli Eden, ancien président d’Intel Israël, le moyen pour ne plus être dépendant d’une seule entreprise n’est pas de réduire Intel, mais d’attirer d’autres entreprises par des incitations positives.
Yaacov Reinitz