18 Iyyar 5779‎ | 23 mai 2019

Chabbat Vayéchev ‘Hanoucca Yonathan Bendennoune Les lumières de ‘Hanouka et les Quatre coupes de Pessa’h

Le devoir d’allumer des lampes pendant les huit jours de ‘Hanouka relève d’une ordonnance rabbinique. En effet, c’est suite à la victoire des ‘Hachmonaïm sur l’Empire grec et au miracle de la fiole d’huile que nos Sages ont instauré ce précepte.

Si l’allumage de ces lampes relève d’un « simple » devoir d’ordre rabbinique, celui- ci occupe pourtant une importance capitale dans la tradition juive. On peut ainsi lire dans les décisions du Rambam :             « Même un homme n’ayant pas de quoi manger et subvenant à ses besoins à partir des caisses de charité, devra emprunter ou vendre ses vêtements pour s’acheter de l’huile et des veilleuses et
les allumer » (Hilkhot ‘Hanouka 4, 12). Le Rambam insiste encore sur ce point en soulignant (ibid. § 13) que si une personne démunie doit choisir entre acheter du vin pour le kiddouch de Chabbat, ou de l’huile pour la ‘hanoukia, il optera pour celle-ci, « car elle vient rappeler le miracle ». Le Maguid Michné indique que le Rambam a établi cette règle par un rapprochement avec les Quatre coupes de Pessa’h. A leur sujet également, on retrouve le même principe selon lequel même le plus démuni doit tout faire pour se procurer le vin nécessaire pour la soirée du Séder. Comme le font remarquer les décisionnaires, ces deux préceptes constituent en cela une exception par rapport  aux autres mitsvot, pour lesquelles on
doit généralement dépenser seulement jusqu’à un cinquième de son avoir pour pouvoir les accomplir. Pourquoi donc les lumières de ‘Hanouka et les coupes de Pessa’h se distinguent-elles de la sorte ? Le premier des Dix Commandements énonce : « Je suis l’Eternel, ton D.ieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Egypte » (Chémot 20, 2). Nous savons que ce commandement constitue le fondement de toute la Torah : il énonce notre devoir de croire en un D.ieu unique, éternel et omnipotent. Cela étant, n’aurait-il pas été plus cohérent de rappeler que D.ieu n’est pas seulement Celui qui nous a libérés d’Égypte, mais aussi le Créateur de l’univers tout entier ? En effet, en dépit de son importance capitale, la sortie  d’Egypte constitue somme toute un événement parmi des milliers d’autres témoignant de Son pouvoir… Dans son introduction au onzième chapitre du traité Sanhédrin, le Rambam énonce dans l’ordre ses fameux « treize articles de foi » – c’est-à-dire les treize principes formant le credo essentiel du judaïsme. Selon le Séfer HaYikarim (première partie), ces treize principes se synthétisent eux-mêmes en trois axiomes fondamentaux, à savoir : 1. l’existence d’un D.ieu unique ; 2. la provenance divine de la Torah ; 3. le fait que les hommes méritent d’être récompensés ou punis en fonction de leurs actions. En d’autres termes, il s’agit là des trois modes d’interaction entre D.ieu et notre monde. Premièrement, l’Unicité divine nous apprend que le Maître du monde est le seul Détenteur de tous les pouvoirs,
et que nulle force au monde ne peut aller à l’encontre de Sa volonté : c’est là Sa qualité d’Omnipotent. Deuxièmement, la Torah est l’expression de Sa science et de Sa volonté : c’est à travers elle que se manifeste Sa qualité d’Omniscient. Enfin, les récompenses et châtiments qui font le sort des hommes
prouvent que D.ieu est en interaction constante avec eux, et qu’Il décide à chaque instant de leur destinée : en clair, le Créateur est aussi Omniprésent. Or, ces trois principes ont été démontrés
précisément pendant les événements de la sortie d’Egypte. Tout d’abord, les dix plaies qui se sont abattues sur la terre des Pharaon ont démontré que D.ieu maîtrise l’ensemble des éléments et qu’Il les manipule à Son gré. Ensuite, la délivrance des Hébreux avait pour objectif qu’ils « servent D.ieu sur cette montagne » (Chémot 3, 12) – celle du Sinaï où ils ont reçu la Torah. Il a ainsi été prouvé que la Science divine embrasse l’univers entier, et que Sa volonté s’exprime à travers chaque détail de l’existence. Enfin, le fait que les enfants d’Israël ont été libérés de leurs oppresseurs, pendant que ceux-ci ont été punis pour leurs persécutions, a prouvé aux yeux du monde que D.ieu récompense et châtie les hommes en fonction de leurs mérites. Or, il s’avère que ces trois principes fondamentaux se retrouvent également
dans les événements de ‘Hanouka. Premièrement, le miracle de la fiole d’huile – dont le contenu a brûlé pendant huit jours au lieu d’un seul – a démontré le pouvoir absolu de D.ieu sur les éléments et les lois de la nature. De plus, la victoire des ‘Hachmonaïm sur les puissantes armées grecques a prouvé aux yeux du monde qu’un Juge règne sur terre, et qu’Il punit les mécréants à la hauteur de leur perversion. Enfin, nous savons que derrière ces combats guerriers, se cachait également une lutte idéologique : c’était l’affrontement entre, d’une part, la culture hellénique et son culte de la matière, et d’autre part, la foi
pure et la soumission à D.ieu du peuple juif. D’ailleurs, l’allumage de la ménora évoque justement la Sagesse divine que le peuple hébreu représente ici-bas, et c’est pourquoi le miracle se déroula précisément avec cette fiole d’huile. Cette victoire idéologique prouva donc à son tour que la Science divine remplit l’existence, et que nul ne pourra jamais éteindre la « flamme » qui fait vivre la nation juive. C’est la raison pour laquelle précisément ces deux mitsvot – celle des Quatre coupes de Pessa’h et celle de la ‘hanoukia – méritent des égards particuliers,  au point qu’un indigent doit vendre son habit pour pouvoir les observer.