8 Tammuz 5781‎ | 18 juin 2021

Du négationnisme à la contestation des chiffres

Alors que la presse marocaine et européenne vient de démentir l’annonce selon laquelle le roi du Maroc, Mohammed VI, aurait décidé le 26 septembre dernier, lors de l’AG. de l’ONU, de faire enseigner la Shoah dans les établissements scolaires de son pays – ce qui aurait constitué une « grande première » pour un pays arabe -, Haguesher fait le point sur les perceptions les plus répandues du génocide nazi dans les pays arabes très souvent fondées sur le pire négationnisme.

La nouvelle, au départ assez encourageante, diffusée la semaine dernière de manière peu claire par le site marocain Le Desk annonçant que les manuels scolaires du pays devront désormais inclure l’enseignement de la Shoah, a donc été démentie en ce début de semaine par des articles de presse et des textes parus sur Internet. « L’histoire que nous enseignons à nos enfants devrait contenir une gamme d’opinions et d’histoires pluralistes, et présenter les plus grands moments de l’humanité comme les plus sombres, aurait au départ expliqué le roi Mohammed VI cité par Le Desk. L’éducation a le pouvoir de lutter contre la discrimination et le racisme, et contre le phénomène horrible de l’antisémitisme».
Mais si, dans son discours du 26 septembre à l’ONU, le roi a bien vu dans l’antisémitisme « la négation de l’Autre » et appelé de ses voeux « l’enseignement de l’Histoire à nos enfants dans la pluralité de ses récits », il n’a guère pas annoncé concrètement une telle mesure. Et ce, même si Mohammed VI, qui a impulsé divers plans de réhabilitation des cimetières, synagogues et quartiers historiques juifs dans son pays – où vivent quelque 3 000 Juifs sur les 250 000 que comptait cette communauté durant le 20e siècle – met souvent en avant cet héritage. Or, qu’en est-il plus généralement de la perception et de l’enseignement de la Shoah dans le monde arabe ? La Shoah dans le monde arabomusulman d’aujourd’hui On se souvient qu’avant et pendant la Seconde guerre mondiale, l’Allemagne nazie fit d’énormes efforts pour séduire les Musulmans en utilisant des moyens de propagande parmi lesquelles des émissions sur ondes courtes de Radio Berlin en arabe et en persan. Mais la sympathie pour les nazis affichée alors dans la plupart des pays arabes venait surtout des sentiments très antibritanniques souvent répandus dans leurs populations. Or aujourd’hui, au contraire de l’Europe où la Shoah a pris une place importante aux plans historique, politique et moral avec l’obligation du « devoir de mémoire», très peu d’informations fiables sont disponibles dans le monde arabe sur cette tragédie : ce qui explique que la plupart des Musulmans – qui n’ont jamais reçu un enseignement sur la Shoah – ont une vision erronée ou très mal définie de ce génocide oscillant entre un négationnisme pur et dur et des attitudes de contestation du nombre de ses victimes Ainsi, peut-on s’en faire une claire idée en parcourant la version française, le site Memri – un observatoire très complet et fort utile des médias du monde arabe – qui publie chaque jour les discours délirants mais récurrents d’« experts » musulmans et de chefs religieux (intégristes ou pas) accusant les Juifs d’avoir « inventé » la Shoah pour « justifier l’entreprise sioniste » puis la création de l’Etat d’Israël, ou bien encore d’avoir « considérablement exagéré » le nombre des victimes afin de « culpabiliser l’Europe » et la pousser ainsi à soutenir la fondation de l’Etat juif. Des assertions négationnistes – dont les racines se trouvent en fait en Europe – très répandues depuis les années 1970 dans la vie publique, la presse et les médias de pays sunnites comme l’Egypte, la Syrie, le
Liban, la Jordanie, l’Irak et l’Arabie Saoudite, sans parler de l’Iran chiite qui en fait quotidiennement ses choux gras en organisant à Téhéran des colloques internationaux avec des négationnistes (comme Robert Faurisson et des membres du Ku Klux Klan américain), ainsi que des expositions en tous genres ayant pour thème « La Shoah n’a pas existé » ou bien « Que serait le monde sans Israël ? ». Et ce, alors qu’on sait bien que le nationalisme juif moderne est apparu au moins 60 ans avant la Shoah et que ce n’est pas ce génocide qui aurait « engendré » » Israël ! Il faut dire que nombre de négationnistes occidentaux ne cessent de cibler directement les publics moyen-orientaux alors que beaucoup de gouvernements de pays arabes soutiennent cette propagande. Cependant, on relève le fait assez récent
qu’un très petit nombre d’intellectuels arabes dévoués à la cause palestinienne estiment que les Musulmans ne sauraient rester indifférents face au projet des nazis d’annihiler tout un peuple en recourant au meurtre de masse perpétré de manière industrielle du fait de son appartenance à une religion et une ethnie (voir notre article ci-après). Des positions qui restent encore extrêmement minoritaires dans le monde arabe.

Richard Darmon