8 Kislev 5779‎ | 16 novembre 2018

Voir plus clair avec le Rav Lionel Cohn Echec à la démocratie

Le titre de cette chronique ne doit pas être compris comme un échec DE la démocratie, mais comme une mise en garde : Attention : ECHEC A la démocratie, comme on le dit dans le jeu d’échecs : Echec AU Roi. La démocratie est en danger, un peu partout dans le monde. Il est intéressant de relever que, alors que les dictatures disparaissent, c’est le processus des élections démocratiques qui a « du plomb dans l’aile ». La démocratie, « le plus mauvais système politique à l’exception  de tous les autres » (boutade célèbre de Churchill), est aujourd’hui en échec, même dans les pays les plus ouverts à la vie démocratique. Ainsi, aux Etats-Unis, pays exemplaire de la démocratie, le Président actuel nullement dictateur, élu de  façon démocratique est constamment critiqué, et, ce qui est plus grave, les décisions qu’il prend ne sont pas suivies et sont même critiquées au niveau de leur exécution. Dans un autre grand pays démocratique, le Brésil, le candidat à la Présidence a été grièvement blessé dans un attentat, et l’on pourrait multiplier les exemples. Un peu partout, dans le monde, la démocratie est en recul. Y a-t-il un grand dommage à cela ? Assurément, quand les régimes dictatoriaux de gauche comme de droite se sont effondrés, une ère de paix semblait s’annoncer pour l’humanité. Ce fut une cruelle désillusion, surtout après la Révolution islamique, en Iran, qui a donné naissance à un régime dictatorial. La dictature est entre les mains des ayatollahs (chefs religieux) qui dirigent le pays. Où aller ? En fait, ce n’est pas le profil démocratique qui doit alimenter notre réflexion, mais ce qui présente un intérêt à ce niveau, c’est de découvrir le sens d’une affirmation spirituelle : puisque nous admettons et croyons que la Hachga’ha dirige les événements de l’Histoire, tentons de réfléchir à la valeur éthique de la démocratie. Expression de la volonté du peuple (« démos » en grec signifie « peuple »), elle s’applique, bien sûr, librement, et elle traduit une intention. Quand elle est majoritaire, cette intention peut et doit être exécutive. Soumise aux circonstances, cette majorité risque d’être fautive : une Assemblée élue démocratiquement en 1933 a élu Hitler comme Chancelier du Reich ! De même, c’est l’Assemblée Nationale élue en France en 1936, sur une majorité de gauche (elle a créé le Front Populaire, avec Léon Blum), qui a voté, en 1940, les
pleins pouvoirs au Maréchal Pétain ! Il est évident que, ne reflétant pas l’Absolu, la démocratie ne saurait être que relative. Il importe, toutefois, de constater qu’elle peut être le vecteur d’une volonté populaire. Le contenu de cette volonté populaire, en d’autres termes, l’expression démocratique, mérite certes d’être signifiant. Dans la perspective de la Torah, ce sont les Sages de chaque génération qui doivent éclairer, et orienter les choix. Le but éducatif de cet éclairage est d’aider à donner un contenu spirituel à l’action individuelle. A ce niveau, quelle doit être la formule à suivre pour éviter les échecs de la démocratie ? L’influence des médias ne peut être négligée, mais si l’on suit les conseils des Sages, on peut espérer savoir y résister. Comme l’affirme le Talmud, en citant le prophète Ochea (Osée) : « Les voies de l’Eternel sont droites, les justes y marchent, mais les pécheurs y trébuchent » (Ochéa, Osée, 14,10), et Rabbi Yéhouda Halévy développe cette idée, en soulignant l’importance de la convergence de l’expression démocratique avec l’autorité du Rav, qui représente la Loi divine : « L’édifice du judaïsme est construit sur les deux piliers qui sont l’autorité divine (le Rav) et la libre expression de la volonté du peuple ». Citant ce texte du Kouzari (3,23), le Rav Elie Munk conclut dans son Commentaire sur Chemot (23,5) : « La coexistence des deux principes, indispensable à toute société organisée, assure une large place au principe démocratique, tout en garantissant, par l’organe et l’autorité du chef suprême, la souveraineté absolue de la Loi divine ». N’y a-t-il pas ici l’antidote nécessaire, afin d’éviter « l’échec à la démocratie » ?