11 Av 5778‎ | 23 juillet 2018

Israël-Syrie : oui à une aide humanitaire, non à une présence iranienne

Israeli soldiers seen near Israeli tanks near the Israeli-Syrian border in the Golan Heights on May 10, 2018. Photo by Basel Awidat/Flash90 *** Local Caption *** øîú äâåìï ñåøéä âáåì éùøàì öäØì çééìéí ëåçåú èð÷éí

La progression de l’armée régulière syrienne dans son offensive lancée à partir du 19 juin contre les forces rebelles dans la province de Daraa préoccupe de plus en plus les responsables de la Défense nationale en Israël. Pour comprendre l’importance des changements intervenus sur le terrain au cours des deux dernières semaines, il faut rappeler qu’au cours des dernières années, les Israéliens ont, tout en évitant soigneusement de s’immiscer dans les combats, pris soin de venir en aide aux rebelles syriens dans le seul et unique espoir que ceux-ci représenteraient un ultime rempart face à une pénétration de l’armée loyale à Assad sur la partie syrienne du plateau du Golan, c’est-à-dire aux abords de la frontière israélo-syrienne. Or la puissance de cette offensive a eu raison des forces rebelles qui se sont totalement effondrées en quelques jours, provoquant un exode massif de plusieurs dizaines de milliers de réfugiés syriens dans le sud du pays aux abords des frontières israéliennes d’une part et jordaniennes de l’autre. Face à ces développements majeurs et dramatiques, Israël a réagi à plusieurs niveaux. En début de semaine, le Premier ministre Nétanyaou a résumé très clairement la position d’Israël : Oui à une aide humanitaire en faveur des réfugiés mais non à une entrée, même sélective, de réfugiés syriens en territoire israélien. Sur le plan humanitaire on a rappelé que, depuis 2013, l’Etat d’Israël avait fourni une aide médicale précieuse à près 3600 civils syriens dont 1600 enfants qui avaient été admis dans les hôpitaux israéliens du nord du pays en particulier au sein des hopitaux Ziv à Safed et de Galilée à Naharya. A cela il faut rajouter quelques 6000 civils supplémentaires qui ont été soignés dans un hôpital de campagne déployé le long de la frontière. De ce point de vue là, il n’est pas exagéré d’affirmer que l’Etat d’Israël a fait montre d’une solidarité humaine exemplaire en particulier envers des réfugiés venus d’un pays ennemi et cela a incontestablement permis de tisser des liens entre ces civils syriens qui ont découvert l’humanisme des soldats israéliens et les autorités israéliennes. Et au cours de ces derniers jours cette aide s’est accentuée à travers l’acheminement de milliers de tentes et de dizaines de tonnes de denrées alimentaires et de médicaments à l’intention de ces réfugiés fuyant la zone des combats et naturellement se rapprochant de la frontière israélienne.
Sur le plan purement sécuritaire, les dirigeants israéliens ont multiplié les messages destinés à faire comprendre aux forces d’Assad qu’ils ne tolèreront pas l’arrivée au milieu des forces régulières syriennes de dizaines de terroristes du Hezbollah ou encore de gardiens de la révolution qui ont été durement touchés ces deux derniers mois par plusieurs opérations israéliennes de bombardement. Au sein des Renseignements militaires on craint que très discrètement des cellules terroristes pro-iraniennes s’installent dans la zone libérée par l’armée syrienne. Et il va sans dire que si Tsahal se rend compte d’une telle présence à proximité de sa frontière il n’hésitera pas à tout tenter pour la neutraliser. C’est d’ailleurs pour faire passer un tel message que le chef d’état-major de l’armée israélienne, le général Gady Azencot s’est rendu d’urgence le week-end dernier à Washington pour des consultations intensives avec le commandant en chef des forces américaines, le général Joseph Dunfort. Il était en effet très important pour le général Azencot d’expliquer à son homologue qu’en cas de menace immédiate de sa frontière, Tsahal s’autorisera à riposter pour neutraliser toute présence iranienne ou pro-iranienne dans cette zone à haut risque. En effet si avec l’armée russe la coordination semble parfaite, elle avait besoin d’être mieux définie avec les Américains. Et c’est désormais chose faite. Ceci étant les Israéliens ont fait passer une second message selon lequel l’armée régulière syrienne pourra se déployer dans cette région à condition qu’elle respecte, comme elle l’a toujours fait jusqu’au début de la guerre civile en 2011, les accords de désengagement conclus en 1974. Et pour bien prouver le sérieux de ses exigences, Tsahal a déployé des blindées et des pièces d’artillerie le long de sa frontière avec la Syrie non loin de la ville fantôme de Quneitra.
Daniel Haïk